L’Osagyefio KWAME NKRUMAH a dit « The secret of life is to have no fear » (1). Et son homologue guinéen, SEKOU TOURE ajouta « Que celui qui met sa vie au coffre fort l’a déjà perdu ». Je dis ce que je pense et refuse de craindre le commun des mortels. N’en déplaise aux perroquets de la nouvelle désespérance.

Le Congo rive-gauche est malade, malheureusement celui d’en face ne se porte guère mieux. Il nous faut redouter la contagion, de part et d’autre. L’heure de l’élection présidentielle a sonné à Brazzaville, les vieilles gloires de la politique se mobilisent. Ils soufflent, soufflent sur le feu, espérant obtenir un morceau de viande après la cuisson. A la mangeoire, la marmite est pleine de has been. Dépassés les 70 ans, ils sont tous cuits, c’est ce que stipule la constipation, pardon ! La constitution de la République bananière du Congo.

Mais qu’attendent les Congolais pour atomiser le cercle des roublards, ces ennemis d’hier devenus subitement des amis d’aujourd’hui ?

Si seulement, tout le monde avait réfléchi avant de déclencher les guerres, on aurait fait l’économie des vies humaines. Malheureusement, l’instinct animal de nos dirigeants avait prévalut sur le bons sens. Je me demande d’ailleurs, s’ils en ont ?

Tous sont rentrés d’exil, la sacoche et les poches vides. Ces pauvres malheureux ont un dénominateur commun, c’est d’avoir eu le même geôlier. Après avoir reçu chacun, une enveloppe assez épaisse, les anciens exilés ont dit amen à leur ancien geôlier. Aujourd’hui, c’est ceux-là que le pouvoir de Brazzaville désigne « opposition modérée », ces serpents venimeux que mes compatriotes suivent aveuglement ? Mawa (2)

Le Congo est vraiment malade de ses dirigeants. Dès qu’un leader sorti de nulle part, convoque une assemblée, mes compatriotes se déplacent en masse pour l’acclamer. Flatté par l’enthousiasme de ce peuple désespéré, le nouveau messie multiplie les prophéties, car au Congo les promesses ne se réalisent pas, il faut des miracles.

Le Congo est si malade qu’aucun exorciste professionnelle ne pourra le désenvoûter. Les pasteurs et tous les marchands d’illusions n’ont pas réussi. Chaque mensonge suscite un engouement populaire, comme si une nouvelle classe politique y a émergé. Les mêmes qui nous dirigent depuis l’indépendance ; les mêmes qui déclenchent des conflits sanglants et vont abriter leur famille à l’étranger ; les mêmes qui négligent nos hôpitaux pour aller se faire soigner à l’extérieur ; les mêmes qui détournent des sommes astronomiques et vont les convertir en lingots dans les paradis fiscaux. Pas plus tard que le mois dernier, le service d’immigration des Bahamas a enregistré une cinquante de nouveaux touristes congolais venus visiter les banques. Avec les comptes off-shore, on est à l’abri des regards indiscrets, telle est la leçon tirée par les anciens marxistes reconvertis au capitalisme à outrance.

L’amnésie s’empare de mes compatriotes, qui pourtant hier, savaient conspuer les spoliateurs : « L’impérialisme ? A bas ! Le néo-colonialisme ? A bas ! La révolution ? Oyé, viva, viva, soutien ! ».

Mais qu’ont-ils fait de leur mémoire ? « Vivre durement aujourd’hui, pour mieux vivre demain, ce vieux somnifère semble avoir été remplacé par « la nouvelle espérance ».

Demain est passé, nous sommes au surlendemain, c’est-à-dire en plein 21e siècle, et les Congolais croupissent dans une misère sans précédent, réalité qu’ils observaient autrefois, sur les écrans de leur télé. C’était l’époque de l’Etat providence, où tous les étudiants de l’université Marien Ngouabi avaient une bourse et se déplaçaient en 41 S ou 51 V (3) ; les lycéens collectaient du riz et du lait en poudre pour venir en aide aux populations de la corne de l’Afrique. Là-bas, la famine étranglait sévèrement ses proies, c’était il y a longtemps. Moi, je m’en souviens, pas vous, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, c’est le Congo qui a son tour, a besoin de dons, malgré sa pluviosité favorable et ses innombrables affluents. Les O.N.G pullulent du Nord au Sud. Au lieu de l’eau potable, les robinets font couler de la rouille à cause d’une sécheresse artificielle. Désormais pour prendre une douche au Congo, il faut faire des corvées auxquelles, seuls les Touaregs du désert sont habitués, alors que ces derniers n’ont pas le choix. Et pourtant, le Congo est arrosé par le ciel 10 mois sur 12. Pourquoi devrions-nous subir le sort des habitants du Désert ?

Le Congo est si malade, qu’à chaque scrutin présidentiel, nous avons droit aux prédications d’un nouveau prophète. La région du Pool a eu son Papa (Tata), père tellement indigne qu’il a abandonné ses militants pour savourer les délices du pouvoir avec sa progéniture. Celui-là, c’était le Tata du marché total qui pour mieux endormir ses partisans (ou ses adeptes), se permettait de leur recommander des versets bibliques. Cela se passait au Centre sportif de Bacongo, lors des meetings politiques. Moi, je m’en souviens encore, pas vous, n’est-ce pas ?

Mais depuis, un autre Tata a fait son apparition dans la région du Pool, celui-là s’appelle Tata Ntoumi. Tenue vestimentaire impeccable, lunette de soleil et valise satellitaire tombée du ciel pour communiquer sûrement avec les anges. Ce nouveau prophète, lui aussi, distille l’évangile du sacrifice, car les lendemains seront meilleurs dans l’au-delà. En attendant, il est seul à prendre son pied à Vindza entouré de son harem, tandis que ses Nsilulu se gavent du spectacle. Vive le Messie !

Les ressortissants du Nibolek (4) n’ont guère eu de chance. Au lieu d’un prophète, ils ont eu droit à un Professeur illuminé, qui en 5 ans de pouvoir, n’a pas pu planter le moindre palmier. L’huile de palme, il n’y a pas mieux, pour faire du bon saka saka. Les trois palmiers symbolisant l’U.P.A.D.S (le parti du Professeur) n’étaient qu’un mirage. Dieu seul sait, combien la terre des trois régions (Niari, Bouenza, Lékoumou) est fertile. La petite Suisse que notre Professeur voulait faire du Congo, s’est vite transformée en petite Somalie, et bientôt le Congo aussi, aura ses pirates. Après les élections présidentielles de juillet 2009, Ponton la belle deviendra Mogadiscio sur mer, car Cobras, Ninja et Cocoyes s’impatientent à manier les armes, faute d’avoir appris d’autres métiers, entre temps.

Quant aux régions des Cuvettes, de la Likouala et la Sangha, c’est à l’homme des masses, Papa « bonheur », Otchombé, que revient le leadership permanent. Personne ne peut y faire mieux, d’après les membres du Parti des Contentieux Tribaux. Il est le seul à détenir la clef de la paix qui préservera le Congo d’autres guerres fratricides. Tant que ce dernier sera au pouvoir, plus rien de mal n’arrivera au Congolais. L’eau, l’électricité, les écoles, les services d’hygiène, les hôpitaux, ça on peut s’en passer, disent ses partisans. C’est la paix, il faut à tout prix préserver la paix. Et pourtant, il suffit qu’une pluie diluvienne s’abatte à Brazzaville, pour que les tombeaux d’Itatolo (5) s’écroulent, les habitations avoisinantes avec. Malgré tout, on trouve encore des groupes folkloriques pour exciter l’orgueil d’Otchombé, esquissant quelques pas « d’okwakassa », ce rythme tant affectionné. « Ledza, lenua, Otchombé mwana bara, Oyé ! Oyé ! Soutien ! ».

Mes chers compatriotes, rassurez-vous. Pour ne pas faire de jaloux, j’ai décidé de faire le tour du Congo.

Que se passe t-il au Kouilou ? Là-bas, dès que les jeunes se révoltent, du fait de ne pas toujours avoir accès au fromage, le comité des « sages » autoproclamés, qui a fait allégeance à Mpila, va implorer le pardon de Papa malheur. Tant pis ! S’ils se font traiter de rats de jardin, l’essentiel, c’est d’être épargné par la guerre. Décidément, personne ne souhaite se mettre à dos l’homme des masses, tout le monde redoute sa punition. L’orgueil vili (mwana muvili, mwana tchibamba) n’existe plus, puisque les rats en sont dépourvus. Et pourtant, chômage et fromage ne font pas bon ménage dans cette région.

Dans les régions de la Léfini et des Plateaux, les ressortissants ont préféré confié leur destin à un roitelet, dont la réhabilitation a été décidée par le palais royal, pardon ! Présidentiel. Un roitelet féticheur, qui au lieu d’exiger la construction d’un mausolée pour son ancêtre Makoko, a préféré inaugurer avec son mentor, celui de Pierre Savorgnan DEBRAZZA, l’homme qui a spolié la terre de ses ancêtres. Il y a de quoi devenir dingue dans ce pays béni par la providence (pour ne pas heurter les athées) et maudit par les Hommes.

Au nom de la paix, prophètes et roitelets ont opté pour la muselière. La paix, ce mot qui est si sucré dans la bouche des Congolais, qu’il leur faudra du temps avant de réaliser que c’est un nouveau sédatif inventé dans les laboratoires militaires pour les endormir.

Mes chers compatriotes, j’ai l’intention de n’épargner personne, car le pays est vraiment malade de cette marmaille pourriticienne.

L’opposition dite radicale, compte un ancien ministre des finances potelé, qui n’a pas hésité, lorsqu’il gérait le portefeuille, à se servir allègrement. Son aisance financière actuelle, le prouve suffisamment. Le front de cette fameuse opposition compte en son sein, trois anciens généraux et un colonel à la retraite. Ne pouvant créer de rapport de force, ni diligenter de régiment composé de soldats patriotes, nos anciens officiers supérieurs, ont préféré troquer leur pistolet contre un micro, alors que c’est à eux que revient la tâche de délivrer le pays des griffes du tyran. Au lieu d’aller bourrer le crâne des Congolais de l’extérieur, ils feraient mieux de s’inspirer de leurs camarades d’armes d’Afrique de l’Ouest, tels qu’Amadou Toumani TOURE (Mali), Moussa Dadis CAMARA (Guinée-Conakry), John Jerry RAWLINGS (Ghana), Thomas SANKARA (Burkina Faso), Abdul Salami ABUBAKAR (Nigeria), Mohamed Ould VALL (Mauritanie). Nos officiers et opposants de pacotille n’ont pas le courage d’affranchir leurs concitoyens condamnés à une misère chronique, parce qu’eux perçoivent régulièrement un salaire confortable. « Patientez, disent-ils, nous allons libérer le pays ». Oui ! En ménageant le tyran, bien sûr !

Il n’y aura pas de paix au Congo, tant qu’une poignée de gens mangera à sa faim et le reste de la population se contentera de l’odeur de leurs mets. La paix durable passe par le développement. Regardez la Norvège et la Suède. Là-bas, on ne parle pas de paix, parce que celle-ci est évidente grâce au développement économique et industriel. Les foyers criminogènes y sont quasi inexistants. Le dernier assassinat politique en Norvège date de la seconde guerre mondiale et en Suède de 1986, celui concernant le Premier ministre OLOF PALME. Les Congolais parlent de paix, sans savoir de quoi ce mot est fait.

J’aurais voulu aussi égratigner nos leaders politiques qui ont rendu l’âme récemment, mais nos coutumes s’y opposent. Je vais donc laissé leur âme reposer en paix, car « la paix » est le nouveau slogan national (les morts inclus).

Mais quel héritage ont-ils laissé ?

Après la mort de ya THYTI, son parti, le R.D.P.S, s’est scindé en deux (courant BATCHI et MABIO). Chacun des deux protagonistes montent les enchères pour mieux se faire remarquer par le tyran. « Kiari mingi, buala me nienga ». Ça ne vous rappelle rien ?

Tout le monde a été surpris par la disparition brusque de ya MILOS, que personne n’avait envisagé succéder. Désormais, l’U.D.R-MWINDA a deux sections aussi (courant KINFOUSSIA et MILONGO Jr). Quand le fiston veut succéder à papa, sous les recommandations de maman, il y a baisse de tension. Je comprends pourquoi la lampe (mwinda) n’éclaire plus. Même ce parti qui semblait être composé d’Hommes policés et respectables a failli.

Les ténors de l’U.P.A.D.S n’ont pas attendu la mort du Professeur pour se partager, ce qu’il reste de leur parti. TAMBA-TAMBA, MOUKOUEKE et quelques poltrons ont pris leur part ; MPOUNGUI et TSATSY MABIALA ont pris leur part également.MOUNGOUNGA et KOUKEBENE peuvent se contenter de ce qui reste. Les exilés ont toujours tort, pensent leurs anciens camarades. Finalement, c’est MBERI qui avait tout compris, puisque ce dernier avait quitté le navire avant qu’il ne coule. Sacré Martin, toujours en avance, jamais en retard ! « Buala me nienga » (6).

Au M.C.D.D.I, la marmite bouille, du fait des aigris à qui Tata n’a pu obtenir des strapontins au gouvernement. Le R.D.D et d’autres partis de second calibre tentent de maintenir un semblant de cohésion, en attendant la disparition de leur leader. Au Congo, les partis politiques éclatent aussitôt leur leader disparu, faute de respecter les statuts. « Quand le berger perd son bâton, le troupeau se disperse ». C’est mon adage, n’aller pas chercher son auteur ailleurs.

Maintenant, regardons du côté des femmes.

J’ai appris, il y a quelques mois, que la mère Antou (l’actuelle première dame) et la mère Jocelyne (l’ex première dame) ont été prier ensemble à Lourdes, pour que la paix reviennent définitivement au Congo, comme au temps de nos ancêtres. Nos premières dames sont tellement généreuses, que chacune d’elles s’active avec son Organisme Non Gouvernemental. Congo-Assistance, pour la première et Marie-Bouanga, pour la seconde.

En 1997, pendant que leur mari commandait des armes pour mutiler et tuer les Congolais, elles, s’attelaient à fournir des béquilles et cercueils aux familles des victimes. Oui, le Congo est malade de ses dirigeants, premières dames, prophètes, roitelets et messies. Mais jusqu’à quand allons-nous continuer à nous faire entuber ?

Il serait temps de se débarrasser de tous ces sorciers, car demain, il sera trop tard.

A bon entendeur...

Ngombulu Ya Sangui Ya Mina Bantu LASCONY « Ecrivain, documentariste, historiographe à l’Institut Cercle-Congo »

(1) Le secret de la vie, c’est de mettre la peur de côté. (2) Quelle tristesse. (3) Mobylette en vogue au Congo dans les années 80. (4) Abréviation de trois régions (Niari, Bouenza et Lékoumou) favorable au Président P. LISSOUBA (5) Quartier nord de Brazzaville (6) Le pays s’est enfoncé.