vendredi10 mars 2006

Les Noirs dans la Blanche ???

A en croire le quotidien Libération du jeudi 9 mars, la nervosité a gagné nos amis de la collection Continents noirs (collection qui publie le Africains et apparentés chez Gallimard) lorsqu’on a lancé le mot "communautarisme". Certains auteurs s’échappent de ladite collection, préférant entrer dans une compétition globale et sans étiquette. Abdourahman Waberi et Gaston-Paul Effa furent les premiers "fugitifs". Ananda Devi est désormais publiée toujours chez Gallimard, mais dans la Blanche (le summum pour un romancier d’expression francaise). Sami Tchak - un autre auteur de la collection - multiplie les signes avant-coureurs de départ définitif et range déjà son sac de voyage pour une nouvelle aventure. Il est vrai qu’Ananda Devi garde comme éditeur Jean-Noel Schifano - Directeur de Continents noirs - qui a sans doute facilité cette exceptionnelle émigration pour calmer ses troupes et montrer que la voie vers la prestigieuse collection Blanche est toujours ouverte et que Continents noirs n’est pas une fin en soi...

Voici - selon les informations commerciales mises en ligne sur le site de Gallimard - les 10 meilleures ventes de la collection Continents noirs depuis sa création (livres ayant été vendus au-delà de 2000 -deux mille-exemplaires) :

1.Nathacha Appanah-Mouriquand. Les Rochers de poudre d’or (2003)

2.Amos Tutuola. L’Ivrogne dans la brousse (2000)

3.Gaston-Paul Effa. Le Cri que tu pousses ne réveillera personne (2000)

4.Boniface Mongo-Mboussa. Désir d’Afrique (2002)

5.Nathacha Appanah-Mouriquand. Blue Bay Palace (2004)

6.Eugène Ébodé. La Transmission (2002)

7.Tidiane N’Diaye. Les Falachas, nègres errants du peuple juif (2004)

8.Fabienne Kanor. D’eaux douces (2003)

9.Aly Diallo. La Révolte du Kómó (2000)

10.Julie Mintsa. Histoire d’Awu (2000)

Laissons "la parole" au quotidien Libération qui rapportait cette semaine une rencontres des auteurs de cette collection :

Une séance de signatures dans une librairie n’est pas toujours un moment intense. Pour créer une véritable animation, il faudrait un Balzac revenant dédicacer ses oeuvres complètes. Ce soir, l’affiche paraît plus modeste : dans une échoppe proche de la rue Mouffetard, face à une douzaine de curieux, Jean-Noël Schifano est venu présenter quelques auteurs de sa collection « Continents noirs ». Laquelle, chez Gallimard, se consacre aux « écritures africaines, principalement d’expression française », au total une quarantaine de titres parus depuis 2000 dont aucun n’a dépassé les 5 000 exemplaires.

Le Togolais EDEM, auteur de "Port-Melo".

Schifano parle, traçant dans l’éther les contours d’un continent de légende. On se croirait au bord du fleuve Niger un jour de crue. Jusqu’à ce qu’un impoli l’interpelle : dites donc, votre collection pour écrivains d’Afrique noire, ça ne tomberait pas un peu dans le travers du communautarisme ? Et la typo des bouquins, pourquoi est-elle si moche (du Futura Book, un caractère bâton effectivement pas terrible) ? Suit un bref silence. Puis le flot Schifano repart, plus vif : mais non vous n’y êtes pas du tout, regardez, « Continents noirs » c’est au pluriel, la preuve que nous ne sommes pas dans la géographie mais dans l’écriture, dans quelque chose qu’on pourrait appeler le « baroque existentiel », de toute façon il y en a marre de ce procès permanent du ghetto. Fin de l’incident ? Non, début. Boniface Mongo-Mboussa, auteur de Désir d’Afrique, s’en prend à l’importun : votre inculture est sidérante car des collections africaines, il s’en est déjà créé plusieurs, voyez « Les Afriques » (Karthala), « Monde noir » (Hatier), alors pourquoi s’en prendre à celle-ci ? Parce que Schifano est un italianiste plus qu’un spécialiste de l’Afrique ? Un autre auteur de « Continents noirs » monte au front : ce débat, c’est une diversion permanente, lassante, ça empêche de parler du fond des bouquins. Et quand bien même la géographie s’en mêlerait, lance un troisième, il y a des précédents très honorables : la collection « Croix du Sud » de Roger Caillois, chez Gallimard aussi, fer de lance des littératures sud-américaines, n’a-t-elle pas révélé Borgès ? Le ton monte, Boniface Mongo-Mboussa part en claquant la porte. Dans un coin , Antoine Gallimard écoute sans mot dire. Schifano tente de calmer le jeu : chez Gallimard il n’y a pas de frontières, plaide-t-il, « vous pouvez très bien être dans "Continents noirs" et puis rentrer dans la "Blanche" ». Là, quelques gloussements nerveux au fond de la salle. Est-ce au rayon Freud qu’il faut chercher les raisons de ce psychodrame ? La maison d’édition qui a pour figure de proue la collection « Blanche » de la NRF pouvait-elle délimiter en son sein un « espace noir » sans ouvrir la boîte à lapsus ?

Là-dessus, on se mit à parler bouquins et ce fut nettement moins drôle.

Copyright Liberation, jeudi 9 mars

Commentaires

  1. Posté par D.O.W., le 10 mars 2006 à 11:41

    Apparemment, y a du sport ! Merci Alain, sans toi je serais passé à côté de ce clash. Je ne dirais pas ici ce que je pense de cette collection. Mais si elle est problématique, le problème ne se pose certainement pas sous l’angle du communautarisme !?! (Mais quel est donc l’hurluberlu qui a vu les choses ainsi ? Décidément en France, quand un terme est à la mode, on le met vraiment à toutes les sauces).

    Au fait, qu’en pense donc notre ami Sami ? Mais il n’a peut-être pas envie de se prononcer sur un débat où il est encore impliqué...

  2. Posté par Sami, le 10 mars 2006 à 12:17

    Alain, c’est déjà fait, je sors au Mercure de France le 22 août 2006. Mais je reste attaché à mon Jean-Noël, une amitié au-delà des rapports auteur-éditeur. DOW, j’ai publié trois romans dans cette collection, cela m’a permis d’entrer dans un certain cercle. Il n’y a pas très longtemps, Alain et moi publiions, lui de la poésie, moi des essais, chez l’Harmattan, et nous n’existions pas pour les autres auteurs, écrivains connus, reconnus, ou non. Mon avis sur Continents noirs ? Non, je demande à celles et à ceux qui aiment la littérature de juger les livres, juste les livres, qu’ils viennent de la collection Continents Noirs de Gallimard, de la collection Les Afriques d’Actes sud où publie Nimrod, de Monde Noir de chez Hatier, des catalogues généraux des éditions Ubu, seuil, Rocher, Plon, Flammarion, etc. Il y a des polémiques qui ont leur sens, je le reconnais, mais au-delà de tout, on peut privilégier la littérature. Et dans cette collection, un roman comme Babyface de Koffi Kwahulé est une sacrée aventure pour un lecteur !!!

  3. Posté par Fridolin Tchekhov, le 10 mars 2006 à 12:20

    C’est au CCF de Brazzaville, en 2000 si ma mémoire est bonne que j’avais vu l’editeur directeur de continents noirs jean noel schifano ;accompagné d’ Antoine Gallimard.Un mec faisant l’eloge des écrivains qu’il publie ;autour de la table on pouvait remarquer G-P Effa, cet autre grand écrivain de la Lorraine qui avait eu l’honneur de me faire une dédicace,Julie Mintsa,ce Professeur linguinste,très timide et drôle. Franchement ce jour là,on ne pouvait imaginer qu’un jour ces écrivains se lanceraient dans la nervosité et se plongéraient dans l’etiquette “Communautarisme”. A vrai dire,ils n’ont pas tort de se réveiller quand on sait que tout se resume de nos jours dans la position géographique. Il faut s’intérroger pourquoi Gallimard avait lancé la Collection continents noirs ,si ce n’est chercher à "ghettoïser" la littérature africaine. Dans les compétitions internationales - j’entends l’athlétisme , il n y a pas des couloirs reservés aux noirs,ni aux blancs.Tous courent ; et Dieu seul sait au final qui remporte. Donc il est temps peut-être pour ces auteurs de prendre conscience et de claquer un à un la porte. Le talent on ne peut l’etouffer ! Eh,j’oubliais,Mon cher Alain M.,en nov.2002 je t’avais aperçu à l’hotel Meridien de Brazzaville avec des blancs, en train de faire des séances de dedicaces et de parler bien entendu de la littérature.Ces blancs ne sont t-ils pas A.Gallimard et J-N.Schifano ? Oui,je me souviens,tu étais avec B.Mongo-Mboussa.Ah,vous les écrivains vous êtes tjours pareils.Si je savais ,je m’approchais de toi et disais "doyen" comme tu l’as fait sur le plateau de l’emission Cultures et Dépandances en parlant à T.Monenembo. Ah ouais,ce jour là tu avais pour garde corps A.Singou Basseha et on ne pouvait s’approcher ! Je comprends.

    Tchekhov.

  4. Posté par Timba Bema, le 10 mars 2006 à 13:30

    Natacha Appanah aussi va se faire publier dans la blanche.

  5. Posté par de passsage, le 10 mars 2006 à 13:36

    Mais pourquoi est ce que vous paseez votre temps à vous justifier. Blanc ou noir. L’harmattan ou gallimard peu importe. L’important c’est le nombre d’exemplaires vendus et la critique favorable ou non. il faudrait peut être penser à vous améliorer au lieu de perdre du temps à faire des comparaisons inutiles.un texte se définit par son contenu et non par la couleur ou l’origine de son auteur !!!!!!

  6. Posté par D.O.W., le 10 mars 2006 à 14:00

    Merci Sami, pour ton point de vue. Pour ton franc-parler aussi, et ton humilité habituelle. Et merci à Alain et toi, de nous faire souvent voir les choses de l’intérieur.

  7. Posté par Blaise KIBONZI, le 10 mars 2006 à 14:07

    Haaaa les africains ! Qui a dit qu’ils resteront des "éternels enfants" ? Il n’avait pas tort celui-là. A voir ces écrivains africains autour de leurs éditeurs blancs, on croirait voir Bongo, Sassou, Patassé, Campaoré jouant des coudes pour être celui qui sera le plus près de Jacques CHIRAC sur la photo officielle de la Francophonie. 46 ans après les indépendances je trouve ça grâve.

    Blaise

  8. Posté par Alain Mabanckou, le 10 mars 2006 à 15:31

    Dans le cadre des reflexions qui s’ouvrent sur la litterature francophone, "Le Monde" m’a demande un papier qu’il publie demain, dans l’édition de samedi-dimanche dans les pages "Debats". Le papier est intitule " Grandeur et miseres de la litterature francophone". J’evoque largement le probleme du "ghetto" editorial (deja evoque hier par Amin Maalouf dans Le Monde aussi)

    Bien a vous,

  9. Posté par Blaise KIBONZI, le 10 mars 2006 à 16:08

    Merci Alain MABANCKOU pour cette info. on lira et on discutera. J’avoues que même si cela était justifié à une certaine époque, ça me fait aujourd’hui bizarre de voir dans les rayons de la FNAC (par exemple) des grands écrivains être parqués dans des rayons "Litterature tropicale" (pardon) "Africaine","Antillaise" sous prétexte qu’ils sont d’origine africaine ou des DOM-TOM. Une fois de plus seul Gaston KELMAN est le seul qui se démarque ET JE LUI DIS BRAVO encore une fois ! En bon bourguignon ses livres à lui ne sont pas mélangés à ceux des nègres. Si vous voulez du Gaston KELMAN, surtout n’allez pas chercher au rayon "Afrique". Je ne sais pas si c’est partout comme cela. Mais en observant bien, c’est ce que j’ai constaté à la FNAC ou un effort de présentation est fait sur le roman "Verre cassé" de MABANCKOU et sur les oeubres de KOUROUMA, qui sont présentés de face dans les rayons tandis que les autres sont présentés sur le coté. Fatou DIOME est également présenté de face. Donc cher Alain MABANCKOU, le français qui veut acheter ton "Verre cassé" doit savoir qu’il faut se rendre au rayon Afrique. Au moins c’est sûr, tu ne cours aucun risque d’être lu par un lecteur du Front national car ils ne fréquentent pas ce type de rayon en général. Et pourtant "Bleu-blanc-rouge" c’est aussi leurs couleurs non ?

    Blaise

  10. Posté par Sami, le 10 mars 2006 à 17:34

    Blaise, les essais généraux sont classés ailleurs, surtout s’ils parlent de la France, on ne les mélange pas avec la littérature. Moi qui ai à la fois des essais et des romans, je sais comment ils se retrouvent dans les rayons Sociologie, Cuba, etc. La littérature, c’est autre chose. Les Latinoaméricains et hispaniques en général sont classés entre eux, les Allemands sont classés entre eux, les Italiens entre eux, les Russes entre eux. Le Français qui veut acheter Verre cassé le trouve avec les titres de Coetzee Prix Nobel et de Soyinka Prix Nobel dans les rayons Afrique, comme il doit aller au rayon hispanique pour trouver les prix Nobel Gabriela Mistral, Garcia Marquez, Octavio Paz, Asturias, etc.

  11. Posté par Blaise KIBONZI, le 10 mars 2006 à 18:03

    Merci Sami, pour l’explication concernant les essais ça explique ce constat qui m’avait frappé concernant la production de Gatson KELMAN. Pour ce que tu dis concernant les hispaniques, c’est jutement là ma question, pourquoi ne vous regroupe t’on pas simplement dans litterature francophone ? Cependant quand le libraire fait le choix de mettre "litterature française" ça devient ambigüe. Si cela veut dire "litterature d’écrivains français". Il faut aussi de toutes façons inclure tous ces africains titulaires de la double nationalité et obligatoirement les antillais. Tout comme on trouve aujourd’hui KASSAV dans le rayon "Musique française". Ce qui n’empêche de le trouver également dans le rayon "Musique d’ailleurs" ou "Musique des tropiques".

    Tiens, je dis peut-être des conneries. Ce serait bien que j’aille voir dans quel rayon se trouve Calixthe BEYALA. J’aimerais la trouver dans le rayon "Litterature française".

    Blaise

  12. Posté par Ndoi, le 10 mars 2006 à 18:34

    Je suis étonné de lire si peu de monde, sur un sujet pareil. C’est sans doute à cause du vendredi, ils sont tous rentrés dans leur circonscription !

    Bon, c’est compliqué, les écrivains africains. Tu les édites dans les collections générales, ils te répondent que tout universel part d’un endroit précis. Alors, tu délimites des Continents noirs, sur le tapis vert de la table de conférence de la maison d’édition. ils répliquent : mais, Monsieur, que faites-vous des écritures africaines de soi ? Alors tu proclames le principe de la non-intangibilité des frontières de la collection. Trop tard, ils se sont tous barrés en face.

    Ce que j’aime bien dans l’incident de la rue Mouffetard, c’est qu’on constate que tous désirent ardemment ce débat pourri. Au lieu d’ignorer l’impoli et d’en rigoler, au lieu de frapper la question d’une exception d’irrecevabilité, tous se ruent et s’acharnent à rendre la question bonne en disant qu’elle est mauvaise. Je suis à peu près certain que l’importun a été payé pour semer la pagaille. On lui a rédigé l’intervention sur un bout de papier et il l’a lu de travers. Mais c’est pas grave, même dans le désordre ça marche, il suffit qu’il y ait les mots écrivain et Afrique. Le bougre a cru bien faire en rajoutant "communautarisme".

  13. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 10 mars 2006 à 19:46

    Bonjour Alain Mabanckou

    « les 10 meilleures ventes de la collection Continents noirs depuis sa création (livres ayant été vendus au-delà de 2000 -deux mille-exemplaires) »

    Seulement 10 livres ayant été vendus au-delà de 2000 -deux mille-exemplaires ? Comment peut-on être écrivain professionnel dans ces conditions ? Comme les écrivains Africains ne publie pas au rythme de Simenon (1 roman par mois), il est donc, apparemment impossible pour eux d’être uniquement écrivain professionnel. Je veux dire qu’ils ne peuvent être qu’écrivain par « hobby ». A moins qu’ils ne se lancent dans des genres beaucoup plus vendables et de produire plus d’œuvres. Comme Simenon par exemple, qui était considéré comme l’un des grands romanciers francophones. Etre écrivain est un métier. Pas seulement un hobby. Et tout métier, s’il est exercé de façon responsable, peut vous faire vivre, pour ne pas dire peut vous enrichir intellectuellement et surtout, financièrement. Les écrivains Africains doivent s’évertuer a trouver leur place au soleil. Si les sportifs (football, athlétisme...) et les musiciens ont réussi a s’imposer, c’est que les écrivains aussi peuvent réussir. « Si l’ombre n’atteint pas la chèvre, dit un proverbe Africain, la chèvre cherchera l’ombre » Un autre proverbe Kongo dit : « Une poule qui fouille ne dort pas affamée ». C’est vrai aussi que la tache des écrivains serait plus aisée si nos hommes d’affaire se lancent aussi dans l’édition littéraire (et pas seulement dans les ‘foula-foula’ et les ‘buvettes’). Le business de l’édition littéraire, quand il est pratique en harmonie avec les notions de marketing commercial, vous apportera 1000 fois plus de bénéfices que les ‘foula-foula’ ou les ‘bar-restaurants’. Avec Internet, ce business devient encore plus florissant. Alors, si vous avez la passion du livre et que vous avez un peut d’économie, n’hésitez pas. Vous m’en direz des nouvelles. Des bonnes nouvelles, évidement.

    Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou

  14. Posté par Bakima, le 10 mars 2006 à 20:07

    Sami je suis content que tu sois enfin parti de Continent noir. Tu me l’avais deja annonce, mais j’attendais de voir. Ton compere Alain a bien commence quelque part(comme tu le sais) avant d’aller voir ailleurs. La France doit s’ouvrir davantage, y compris la France litteraire. L’editeur ne fait certes pas l’oeuvre ou l’auteur, mais avouns que le prestige de la maison d’edition joue de beaucoup. Un footballeur bourre de talent, mais qui jouen en National, peut passer d’un statut d’anonyme au statut de star, s’il se fait reperer par un bon agent, et integre une equipe de Ligue1. Deux exemples : Claude Makelele et Didier Drogba jouaient dans des clubs de National (3eme division). Des qu’il ont rejoin des clubs de Ligue1, ils ont pris une autre dimension que tout le monde connait. Le talent ils ne l’ont pas eu maintenant. Ils l’avaient avant. Depuis l’Afrique. Et je suis certain que les auteurs africains et apparentes qui viennent de quitter Continent noir connaitront un parcours similaire a ces deux artistes du bollon rond. Pourvu qu’ils continuent de travailler. Mathieu

  15. Posté par D.O.W., le 10 mars 2006 à 22:34

    Pour ceux qui, comme moi, connaissent très mal le monde de l’édition, il est difficile d’avoir un avis tranché sur la question. Il me semble néanmoins qu’il faut différencier la classification chez les libraires et autres Fnac, et la subdivision en collections dans les maisons d’édition. A la Fnac, le seul but poursuivi est de trouver la méthode la plus pratique. Et en effet, pour que nous puissions retrouver le plus aisément dans les rayons, Virginia Woolf, ou Toni Morrison, maintes méthodes de classement existent, mais le mieux est encore peut-être qu’il y ait un rayon "littérature anglaise", ou "américaine", ou "du Maghreb", etc.

    Alors que de toute évidence, dans les maisons d’édition, le phénomène a des implications plus grandes. Et il n’est probablement pas significatif partout des mêmes intentions ni des mêmes desseins. Ainsi, de mon point de vue, ce n’est sûrement pas la même philosophie qui sous-tend la création de "Continents Noirs" chez Gallimard, et celle des "Afriques" chez Karthala. Au-delà même des genres littéraires publiés, il y a un monde entre ces deux philosophies. Si Sami a sans doute raison de dire que ce qui importe, c’est avant tout la qualité de l’oeuvre, il me semble tout de même qu’un débat sur ces questions n’est pas inutile. Il serait au contraire fort instructif. Et d’emblée, le mot "ghetto" qu’emploie Alain ne me semble pas trop fort. Il n’est pas en soi malsain qu’il existe une collection "Continents Noirs". Ce qui est troublant en France, c’est la connotation que cela finit par prendre. Pourquoi Alain écrit-il "le summum" à propos de la "Blanche" ? Parce que c’est ce que tout le monde a en idée. Or le talent de Edem surpasse celui de beaucoup dans la "Blanche" (ce n’est que mon avis, et chacun le sien).

    Donc, on peut adopter même une "collectionnisation" par zones géographiques si on le souhaite, mais une "collectionnisation" (implicite ou explicite) par niveau de talent, tout le monde conviendra que c’est inacceptable, surtout quand, dans ce qu’il faut donc appeler la "sous-collection" (puisqu’en dessous du "summum"), il y a, dans une très large majorité, les auteurs de certains pays...

  16. Posté par Sami, le 10 mars 2006 à 23:22

    Bakima, comment tu vas ? Tu sais, talent + éditeur ne donnent pas forcément succès, parfois juste une certaine reconnaissance, comme ce fut le cas de Sony Labou Tansi qui ne vendait pas grand-chose, qui est inconnu du public français (il a tout publié au Seuil). Lors de l’émission Culture et dépendance, l’auteur dont le présenteur a brandi plusieurs fois l’un des romans en répétant que c’est un chef-d’oeuvre, c’est bien Thierno Monenembo, avec L’aîné des orphelins. Le présenteur a fini par s’étonner que ce livre n’ait pas eu plus de succès que ça et demande carrément à l’auteur si c’est parce qu’il n’a pas de réseaux. Thierno a dit : Nous les Peuls, nous ne sommes pas commerçants, nous sommes des éleveurs. Thierno qui a commencé à publier en même temps, sinon avant, Sony Labou Tansi publie depuis toujours au Seuil. Donc, je change d’éditeur tout en sachant que ce n’est pas pour cela que je serais forcément plus connu ou aurais plus de succès. Comme publier dans la Blanche chez Gallimard ne signifie pas forcément succès, la très très grande majorité des auteurs de la Blanche étant inconnus et ne vendant pas grand-chose.

  17. Posté par Sami, le 10 mars 2006 à 23:24

    (Suite) : Il y a même déjà eu des auteurs qui, relativement connus quand ils publiaient dans des maisons moyennes ou petites, ont connu leur pire désillusion en venant chez Gallimard dans la Blanche (je parle d’auteurs français). Et Fatou Diome, à partir de son recueil de nouvelles chez Présence Africaine, s’est fait en moins d’un an une visibilité que ne connaissaient pas encore certains auteurs publiant chez de très grands éditeurs, bien avant le phénoménal succès de son Ventre de l’Atlantique chez Anne Carrière. DOW, moi je pensais plus à la collection Les Afriques de chez Actes sud où on publie plus des traductions d’auteurs africains écrivant dans d’autres langues qu’on ne "recrute" d’auteurs francophones d’Afrique. Nimrod et Véronique Tadjo y publient. Tu as pleinement raison de dire qu’il faut débattre de ces questions, mais tu as compris que je ne souhaite pas m’étendre là-dessus ! Moi j’ai changé d’éditeur, mais beaucoup d’auteurs y arrivent et y publient, je les respecte. Et on a plusieurs exemples d’auteurs qui publiaient chez de très grands éditeurs et qui un jour se retrouvent avec leurs manuscrits, obligés d’aller publier dans des maisons inconnus, c’est le cas de René Depestre, prix Renaudot avec Hadriana dans tous mes rêves, qui, après avoir publié chez Gallimard dans la Blanche publie aujourd’hui à la Table ronde. On avait connu le cas Mongo Béti obligé à un moment d’aller publier chez l’Harmattan. Dans ce domaine si complexe, où des gens ayant eu de grands prix, se voient parfois signifier un refus par une lettre type, sans le moindre égard, il n’y a pas de règles et rien n’est dit une fois pour toutes. Il faut rester humble et continuer à bosser puisque le chemin à parcourir reste encore long pour chacun, si écrire c’est aussi et surtout lire des monuments de la littérature du monde entier.

  18. Posté par Mayombe82, le 11 mars 2006 à 01:19

    Bien que pas du tout spécialiste de la question, je sais pertinemment que celui qui publie chez L’Harmattan a quand même moins de « chances » de vendre que celui qui publie chez Gallimard. Même si c’est chez « Continents noirs ». @+, M82

  19. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 01:45

    => A vrai dire Sami, je ne connaissais pas la collection "Les Afriques" d’Actes sud (j’ai honte). Moi les livres, je les lis, j’essaie d’en retenir quelque chose, mais rarement le nom de l’éditeur ;-) Je connaissais "Les Afriques" de chez Karthala, parce qu’on y retrouve Achille Mbembe, un de mes maîtres à penser. Et quant à débattre, tu as raison, laissons débattre ceux qui veulent débattre. J’y mêlerai ma voix si on demande mon avis (mais qui me le demande ? ;-) On attendra de lire le point de vue d’Alain (qui ne manquera pas de nourrir la polémique). Quant à ce qui est de la notoriété et du succès, en effet, le prestige de la maison d’édition ne fait pas tout, et pour la beauté du jeu, heureusement, rien n’est jamais dit d’avance.

    => Intéressant ce que tu dis Mayombe. Tu prends en quelque sorte le contre-pied de Sami qui dit, lui, que c’est pas dit d’avance. D’abord, en es-tu vraiment sûr ? Ensuite, comment tu l’expliques ? Est-ce que Gallimard sélectionne savamment ce qui a plus de chances de se vendre ? Ou est-ce vraiment l’estampille "Gallimard" ? Parce que moi, franchement, le nom de l’éditeur est bien la dernière chose qui m’intéresse lorsque je dois me priver de quelque pécule pour lire.

  20. Posté par Blaise KIBONZI, le 11 mars 2006 à 07:09

    Jean-Marcel BIKOUTA NKAOULOU, j’ai bien aimé ton développement, de même que je remercie l’ami Sami pour tous les éclaircissements qu’il nous apportent. Merci également à D.OW pour ce nuancement entre classification de la FNAC (simple boutique) et les éditeurs. Quoi que .....

    C’est marrant ce que beaucoup ici fassent le parallèle entre les écrivains africains et les footballeurs africains. Moi-même j’y ai beaucoup pensé aussi, j’y ai toujours pensé d’ailleurs. Laissons le temps au temps et je crois que ça se fera un jour. Grand amateur de foot (ayant même rêvé un petit moment de devenir Pape DIOUF) , j’étais toujours choqué de voir Mister GOERGE (George WEAH, bien sûr) n’être classé "que" meilleur joueur africain, quand bien même il méritait de figurer dans les 3 meilleurs mondiaux. Cette aberration a été recemment corrigé en FRANCE. Désormais on prime le meilleur joueur du championnat français. Voilà comment le bel ivoirien (je parle pour les filles) Didier DROGBA et le non moins beau Ghanéen Michael ESSIEN ont été désignés tour à tour meilleur joueur de FRANCE. En fait je rêve de voir la même chose se faire le monde des écrivains. Je parlais d’une espèce de litterature francophone, mais en fait le terme existe déjà, on dit "litterature d’expression française", n’est ce pas ?

    Reste cependant un point à élucider. Nos talentueux et brillants écrivains d’origine africaine comment se définissent t’ils eux mêmes (elles mêmes). Vous définissez-vous écrivains africains ? (répondez à ma question s’il vous plait). Car j’ai l’impression que vous aussi devenez des vrais "nageurs en eaux troubles" (selon une expression politique consacrée au congo). Vous êtes africain quand ça vous arrange, vous refusez de porter le maillot noir quand ça vous arrange. On ne sait plus où vous en êtes. Ou en tout cas vous avez le cul entre 2 chaise (pour reprendre cette belle expression française). D’aileurs dans le roman d’EDEM, on va jusqu’à lire au dos du livre qu’"il vit entre Lomé et Bordeaux". Mais qu’est ce qu’on s’en fout !!!! Allez jusqu’à écrire ça, au dos d’un roman. Mais pourquoi se justifier ? N’est ce pas le signe d’un mal être de nos écrivains d’origine africaine ? Arrivez-vous encore à vous situer vous même déjà ?

    Blaise

  21. le 11 mars 2006 à 08:55

    Cher Blaise, ce n’est pas sur le roman Port-Melo d’EDEM qu’il y a cette inscription ! Edem vit en Amerique du Nord, au Canada, juste en face de moi.

    C’est Kangni Alem qui vit entre Bordeaux et Lome d’apres sa propre presentation sur son Blog. EDEM et ALEM sont deux ecrivains differents (meme si tous les deux sont des Togolais).

  22. Posté par Blaise KIBONZI, le 11 mars 2006 à 09:39

    Je m’excuse auprès de tous et d’EDEM en premier pour cette grosse méprise de ma part. Il s’agit bien d’Alem (et non d’Edem) dont c’est le premier roman à la lecture de ce qui était écrit. Je salue une fois de plus (ce que j’avais déjà fait quelque part ici) ce bouillonnment litteraire que l’on observe également chez nos amis togolais. Pourvu que ce ne soit pas le signe d’un processus d’Haïtisation annoncé. Ce processus d’haïtisation dont je parlais dans le cas du Congo ; la courbe de l’éveil litteraire s’accroissant en temps que la paupérisation du peuple et le chaos politique. Sans oublier son corollaire, l’exil des intellectuels. Ceci dit, mieux vaut se réfugier dans la litterature et le foot comme le font nos amis togolais plutôt que dans les débats politiques stériles, l’alcool et le Ndombolo comme le font certains. Soutien à ADEBAYOR. Même si la tâche s’annonce difficile. Je serai devant ma télé pour pousser de la voix.

    Blaise

  23. Posté par Blaise KIBONZI, le 11 mars 2006 à 09:40

    ps : j’attends la réponse à mes questions à nos écrivains (d’origine africaine).

    Blaise

  24. Posté par Alain Serbin, le 11 mars 2006 à 10:12

    Je termine un roman. Je cherche un éditeur. Je m’en fous qu’il paraisse dans la collection, "Continents noirs", "Afrique", ou "Blanche", qu’importe ! Je veux être lu ! De toutes les façons, dans ce roman je parle de l’Afrique ! Alors, si Gallimard veut bien me publier...

  25. Posté par Sami, le 11 mars 2006 à 10:21

    Mayombé, tu as raison, mais les exceptions confirmant la règle, je te cite un best seller catégorie essai : Et si l’Afrique refusait le développement d’Axelle Kabou est l’un des livres les plus vendus catégorie essai, il continue à se vendre comme s’il avait été publié aujourd’hui et a déjà dépassé trente mille exemplaires. L’éditeur c’est l’Harmattan. Mais en littérature, c’est vrai que l’Harmattan... Si je précise que l’éditeur ne suffit pas, je sais qu’en moyenne ce sont les livres publiés chez les grands éditeurs qui se vendent le plus. Entre autres raisons : leurs livres occupent plus de place dans les librairies, ils ont des machines de guerre dans la diffusion. DOW, la collection Les Afriques a été créée chez Acte sud dans les années 90 par Bernard Magnier, on y trouve des auteurs comme le prix Nobel Wolé Soyinka. Blaise, moi, personnellement, je me présente toujours comme un écrivain togolais vivant en France.

  26. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 11:55

    Tu es une mine d’informations mon cher Sami ! A propos, je cherche à joindre personnellement Axelle Kabou. Je sais que ça relève de l’impossible, mais quelqu’un peut-il m’aider ? On m’a dit qu’à la manière de Yambo Ouologuem, elle s’était retirée du monde, comme si une "fatwa" pesait sur elle.

    Comme dirait l’autre, Axelle si tu nous écoute, sache que moi, les fatwa...trop peu pour moi ;-)

  27. Posté par Alem, le 11 mars 2006 à 12:10

    cher Blaise, malheureusement ma femme ne s’en fout pas elle du fait que je vive effectivement ente Lomé et Bordeaux, c’est une triste vérité due aux activités théâtrales que je mène au Togo à travers mon festival-ateliers FILBLEU (www.filbleu.net), et aussi à des tas d’autres trafics douteux dont je ne peux donner le détail ici. En tout cas, dans mon ca, ce n’est pas une figure de style, au grand dam de ma famille ! Amitiés

  28. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 12:15

    A propos de mon post précédent. Comme je sais qu’il y a des écoliers en Afrique qui nous lisent : "si tu nous écoutes" s’écrit avec un "s" les enfants ;-) Et à la place de "ça relève de l’impossible", on dirait mieux, et plus élégamment : "ça relève de la gageure". Et on prononce "gajure". Voilà, j’ai fait ma B.A. du jour ;-)

    Dis donc Alain, il n’est pas un peu tendancieux le titre de ce sujet.. ? Mais connaissant ta candeur et ta fraîcheur d’âme (rires), je ne doute pas qu’il est tout ce qu’il y a de plus fortuit ! (re-rires)

  29. le 11 mars 2006 à 12:46

    Ce qui me choque dans ces compartimentages des auteurs africains par des maisons d’éditions française est qu’il soient un phénomène exclusivement français. Nous sommes là face à des pratiques néocoloniales, car l’identité exogène de l’auteur prime sur qualité de sa littérature. Cela me fais penser à l’apartheid. Continents Noirs" et consort sont bel et bien des Bantoustans...

    BS

  30. Posté par Alem, le 11 mars 2006 à 12:52

    Il n’y a effectivement pas plus fortuit que ce débat, que nous avions déjà eu sur ce blog, je relève. Continents Noirs est un ghetto ? Alors, c’est un ghetto de luxe, comme l’était autrefois la collection "Afican Writers Series" des Editions Heinemann à Londres, laquelle a permis à de grands noms anglophones et francophones de percer, d’aller voir ailleurs...qui a dit que Gallimard a "inventé" ce compartiment pour nuire aux auteurs africains ? Mon Dieu, la vérité est pourtant simple, et les auteurs africains qui ne publient pas chez eux la détiennent. Alors...

  31. Posté par Timba Bema, le 11 mars 2006 à 13:33

    Aspirant écrivain. Originaire du Cameroun. Vivant entre la Suisse et la France. Cherche éditeur attentionné et dévoué pour une relation durable. Mensurations : 122pp, format A4, new time roman 16, titre en quatre(04) mots. En espérant que ces phrases caffouillées vous séduiront(séduire). Je suis ouvert à toutes les propositions(mêmes les plus coquines). Contactez-moooooooiiii.

  32. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 14:00

    Alem, je parlais seulement du titre qu’Alain a donné au sujet (voir plus haut). Et quant à savoir si de "ghetto de luxe", il faut retenir "ghetto" ou "luxe", apparemment tu as fait ton choix ;-) BS lui, parle de "Bantoustans". Je sens que, où qu’il se poursuive, le débat risque d’être chaud. Timba, j’espère que ta bouteille jetée à la mer trouvera son ou ses destinataires (il manque peut-être à préciser le genre littéraire).

  33. Posté par Blaise KIBONZI, le 11 mars 2006 à 14:56

    Cher Alem, bonjour ! Tout d’abord permet moi de te dire que c’est avec un grand plaisir que je découvre (tardivement peut-être et ce, grace essentiellement à ce blog de MABANCKOU) l’émergence de cette nouvelle génération d’écrivains africains à laquelle vous appartenez. Je dis bien jeune en âge car vous l’êtes. Et vous attirez désormais beaucoup ma curiosité. Depuis, j’ai recommencé à fréquenter les rayons "littérature africaine" que j’avais désertés il y a longtemps faute de renouvellement. A lire toujours ces mêmes vieux on commençait un peu à se lasser. Bien que ces vieux nous aient beaucoup apporté. J’avoues que jusqu’à présent, moi même je ne savais pas comment vous définir ou vous classer, quand on voit que la plupart d’entre vous habitent des banlieues cossues FRANCE, USA, U.K (attention je suis pas jaloux, bien au contraire). Devrais-je vous appeller écivrains africains ou simplement écrivains ? Je m’étais permis de vous voir plutôt comme des écrivains simplement. Ou comme des écrivains d’origine (togolaise, congolaise, Djiboutienne, malgache,etc....). Mais peut-être que je me trompe. Vu la définition que Samy donne de lui même (et que je respecte. je voulais juste savoir). J’avoues que la phrase "Vit entre Lomé et Bordeaux", mis dans ta présentation au dos de ton roman m’a fait penser à une position d’équilibriste dont je vois très bien que certains d’entre vous usent pour mieux tirer profit de la situation. par exemple, quand on ne peut être présent en tant qu’écrivain au Salon du Livre à Paris. N’est ce pas qu’on a plus de chance en tant qu’"écrivain togolais", "ecrivain congolais" ou "écrivain malgache" ? Le quota de nationalité garantissant une certaine visibilité ! Peu importe. Ce qui est plus gênant (et c’est peut-être pas le cas pour toi cher Alem - si tu as réellement un pied à Lomé) c’est qu’on vous accorde la représentativité d’une afrique que vous n’incarnez pas, n’incarnez plus.

    Blaise

  34. Posté par Chantal Cuny, le 11 mars 2006 à 16:18

    Cher Timba Bema,

    As-tu consulté le site culturactif.ch (éditeurs de Genève et sa région) ainsi que le site officiel de la ville de Genève (département des affaires culturelles) ou tu pourras trouver les coordonnées de petites maisons d’édition. Je ne sais pas quel type d’ouvrages tu cherches à faire connaître mais il y a sur ces sites des éditeurs plutôt sensibles à des productions confidentielles, poésie, nouvelles, éditions bilingues, etc. Ca vaut la peine d’y jeter un oeil si ce n’est déjà fait. J’habite moi-même la région genevoise (Pays de Gex) et me permets également de te suggérer d’aller faire un tour au 2e Salon Africain du Livre qui se tiendra à Genève début mai. Ca peut être l’occasion d’établir un contact avec des Editeurs tels Acoria qui sont présents sur ce salon ainsi que d’autres petites maisons dont j’ai oublié le nom. Tu peux aussi envisager de te faire publier à compte d’auteur et faire ta promo dans des centres culturels, MJC, et autres associations littéraires. Je te souhaite bonne chance dans ta démarche, c’est une situation que je connais, mon ex étant aussi un aspirant écrivain d’originaire camerounaise comme toi. Petit conseil, surtout ne te laisse pas berner pas un pseudo éditeur sénégalo-camerounais des plus malhonnêtes qui sévit dans le milieu de la culture et des radios communautaires de la région. Bonne chance. Chantal Cuny

  35. Posté par Timba Bema, le 11 mars 2006 à 16:30

    Merci pour toutes ces infos chère Chantal.

  36. Posté par Timba Bema, le 11 mars 2006 à 16:41

    Aspirant écrivain. Originaire du Cameroun. Vivant en Suisse et en France. Cherche éditeur attentionné et dévoué pour une relation durable. Mensurations : 122pp, format A4, time new roman 16, titre en quatre(04) mots, Genre : Fiction-Roman. En espérant que ces phrases caffouillées vous séduiront(séduire). Je suis ouvert à toutes les propositions(mêmes les plus coquines...). Contactez-moooooooiiii.(jeanaristide@yahoo.fr)

  37. Posté par Alem, le 11 mars 2006 à 16:41

    Timba, je reviens tout à l’heure, je suis en train de jouer au plombier à la cuisine, et ma femme ne supporte pas mes aller-retour entre l’ordi et les tuyaux. Sur lequel de mes romans il est mentionné que je vis entre Lomé et Bordeaux ?

  38. Posté par Ndoi, le 11 mars 2006 à 18:01

    Je connais peu le monde de l’édition, moi non plus. Et je m’en fais une idée assez moche. Je pense que c’est à cause du cinéma : ces gens là y sont méchamment caricaturés. Voyez "La discrète" 1990, avec Luchini et Judith Henry : Maurice Garrel y incarne un éditeur pourri, avec son poireau au coin du nez et sa sale gueule (ne me modère pas, Alain, c’est un compliment pour un acteur). A coté de l’artiste qui est beau même quand il ne crée pas, l’éditeur apparaît sournois, calculateur, cupide, manipulateur...

    Et dites-nous un peu, les Sami, les Alain, les Alem, vous les choisissez comment, vous, vos éditeurs ? Quels sont les critères ? Et est-ce qu’on a la maîtrise des bêtises qu’on lit toujours sur le quatrième de couverture ?

  39. Posté par Mayombe82, le 11 mars 2006 à 18:37

    Sami, en effet, il y a des exceptions qui confirment la règle et le livre d’Axelle KABOU en est la preuve. D.O.W., c’est vraiment faute de temps que je n’avais pas développé sur ces différences entre les éditeurs et les fruits de leurs « entrailles ». Entre autres, une maison comme l’Harmattan ne fait pas de pub. Alors que les autres en effet, ont de grosses machines qu’elles mettent en marche quand leurs auteurs ou surtout leurs poids lourds sortent leurs « bébés ». Qu’elles s’appellent Gallimard, Le Seuil ou Plon, ça ne rigole pas là-bas. C’est en partie à cause de ça qu’ils ont tiré la gueule comme on dit lorsque le dernier HOUELLEBECQ se tassait à un « petit »(sic) 220.000 exemplaires, après que sa nouvelle maison ait réalisé le transfert de l’année, voire de la décennie en faisant passer cet auteur controversé (comme on dit) de chez Flammarion à Fayard avec un chèque (1,5 à 2 millions € selon les sources) qui a fait couler beaucoup d’encre. L’Harmattan, Présence Africaine, P.O.L éditions ou encore Silex ne peuvent se permettre cela. D.O.W., comme toi, ce n’est pas la maison d’éditions qui me guide, mais tout autre chose. Mais, même en évitant des généralisations (je ne sais pas dans quel pays tu vis), dans un pays comme la France, la pub a un poids énorme. Et quand Christian JACQ sort un livre et que sa maison (XO) se met à faire de la pub, crois-moi, tu le vois partout : métro, trains et j’en passe. Dans ces conditions (corrigez moi si je me trompe), mais d’autres maisons d’éditions auront du mal à faire le poids. J’adore le livre d’Axelle KABOU. Je viens de terminer un ouvrage que je recommande à tout le monde, Çagoloba ! Carnets d’un Militant du Tiers Monde, de feu Me Demba DIALLO (Mali) que j’ai trouvé excellent du début à la fin. Les seuls endroits où j’ai trouvé son ouvrage, ce sont les Fnac d’Opéra (Paris 9) et Châtelet (Paris 1), et la maison d’éditions est Cauris éditions. Je me pose des questions : comment un tel livre peut-il passer inaperçu ? Est-ce du au fait que son auteur, emporté par la maladie, n’a pas eu le temps de présenter son livre ? Est-ce du au fait qu’il n’a pas un titre accrocheur, voire racoleur ? Il y a tellement de choses à dire, mais je ne saurais terminer sans dire qu’il n’est pas facile de se faire une place au soleil dans cet univers. Ecrire un livre puis le vendre, ce n’est comme faire un disque puis le vendre. C’est beaucoup plus ardu que ça. @+, M82

  40. le 11 mars 2006 à 18:42

    Ghetto de luxe si cela était rentable, or ce n’est pas le cas : moins de 5000 examplaires. Délirant ! Alors je dis Bantoustans... BS

  41. Posté par Jean-Pierre, le 11 mars 2006 à 19:02

    Tout ça sent la polémique germanopratine, non ? Cela prouverait qu’il y a au moins intégration sur ce point là.

    Il y a toujours ce vieux lien entre oeuvre de qualité -répondant à des canons de qualité littéraire- et succès en librairie.

    Plutôt que de parler des éditeurs qui font le succès des livres, il faudrait mieux parler des goûts des lecteurs et des livres qui pour une raison ou une autre les satisfont.

    Il y a tant de chefs d’oeuvre qui ne sont pas lus.

    La reconnaissance des pairs, c’est un autre problème.

  42. Posté par Le Falacha, le 11 mars 2006 à 19:13

    Kangni Alem doit vraiment avoir des projets de publication dans cette collection-foutoir ! "Ghetto de luxe" dit-il ? Pfff ! Un ghetto est un ghetto, et les Africains se contenteront toujours du peu... comme Kangni le montre ici ! Il n’y a pas d’esclavage de luxe, c’est de l’esclavage, point barre.. Pfff ! Pitoyable ! Pitoyable ! Pitoyable !

  43. Posté par NEZGROS de BAKASSA, le 11 mars 2006 à 21:09

    Je souffre énormément quand je lis tous les posts de ce titre. Je suis incapable d’ exprimer ce que je ressens. L’émotivité est dominante ; je n’arrive pas à faire une réelle analyse critique.J’en suis incapable. Je ne suis pas intelligent. A la limite je me qualifierai de bête et illéttré. Je revois à travers vos posts, mes très chers ainés, une volonté de créer de l’opacité sur vos opinions. Utilisez un langage simple vrai et détaché de tout intérêt personnel pour réveler vos pensées. Par l’écriture vous vous positionez en avant de ceux qui ne peuvent écrire, réfléchir, penser, créer, partager, divertir, enseigner etc. Eclairez nous véritablement sur vos opinions et sachez arrachez pour le petit lecteur la réelle pensée de vos directeurs de collections. Dites nous : "je suis ici pour la gloire, la bàs pour écrire, et là pour divertir". Nous pourrions simplement et facilemnt vous classer, et lire de tout ça pour toutes ces fonctions et ces destinations [du livre] que vous avez préalablement choisi avec vos éditeurs. Je suis sincèrement désolé si je m’exprime mal. je tenais à vous dire combien je vous admire tous chers écrivains ; et je ne demande qu’à vous lire chaque jour. Ce soir j’ai eu mal,très mal et j’aurais tjrs mal quand la vérité vraie ne s’énonce pas clairement surtout pour les naifs et bêtes comme moi. Merci et salutations respectueuses et admiratives à tous mes chers ainés et pères.

  44. Posté par Sami, le 11 mars 2006 à 21:17

    Mayombé, POL n’est pas une petite maison, elle a des auteurs comme Marie Darrieussecq et autres pour qui la machine se met en branle. POL, Mercure de France, Denoël, Joëlle Losfeld, en partie le Serpent à Plume aujourd’hui, appartiennent au groupe Gallimard, l’un des plus puissants avec sa puissante machine de distribution. Quelqu’un posait la question : les critères de choix des auteurs pour l’éditeur. A 90% au moins, africains ou pas, les auteurs publient où ils peuvent, les éditeurs ne leur courent pas après, même quand ils publient déjà, c’est toujours une galère pour trouver un éditeur s’ils veulent en changer, et ce n’est pas dit que celui qui les publie les garde toujours, à moins qu’ils soient des poids lourds. C’est aussi simple et bête que ça. DOW, je crois que Kabou, après le succès de son livre, est entrée au PNUD comme fonctionnaire internationale, j’ignore si elle a changé de boulot, elle ne s’est pas retirée comme Ouologuem. Tu peux toujours tenter de lui écrire par l’harmattan : Axelle Kabou c/o Editions l’Harmattan 5-7 rue de l’école polytechnique 75005 Paris L’éditeur fera suivre. BS, les livres qui se vendent à moins de deux mille exemplaires constituent la majorité. Que les auteurs soient dans une collection spécifique ou pas. Beaucoup d’auteurs français ont le malheur de voir leurs livres pilonnés, l’éditeur paie pour les faire détruire parce que cela n’a pas pris. Cela n’arrive pas aux auteurs africains parce que dans les librairies, il y a toujours de la place pour leurs livres, puisqu’ils ne constituent qu’une insignifiante goutte dans l’océan de publications. Beaucoup de livres d’auteurs français ont moins de trois mois de vie. Il s’agit de choses tellement complexes que parfois ça fait sourire quand on remarque comme cela paraît si simple pour les gens qui regardent tout de l’extérieur.

  45. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 21:20

    Je savais qu’il y aurait débat sur cette affaire de collections... ;-) Le mieux peut-être, NEZGROS de BAKASSA, c’est de dire qui ne te semble pas clair dans son msg, et de lui demander des éclaircissements. Moi, il me semble que les positions sont assez nettes, pour que les unes aient même directement répondu aux autres.

    Merci Mayombe, pour ton point de vue, qui s’accorde finalement avec celui de Sami sur la puissance "dévastatrice" du marketing. Moi, en cela, je suis un peu atypique : je n’y connais rien au monde de l’édition, et je n’y prête généralement pas attention, mais je me suis promis de ne jamais acheter un livre de chez XO par exemple. Ces gens qui vendent les livres à la criée exactement comme on le ferait de la tomate, me révulsent, moi qui ai gardé l’habitude, un peu surannée en cette époque, de sublimer l’image du livre. Non, parce que le marketing, d’accord, mais eux vont vraiment trop loin. enfin, ce n’est que mon opinion...

    Merci également pour ta recommandation de lecture. Je chercherai ces Carnets de militance, car on présume, mon cher Mayombe, que tes goûts sont très sûrs. Bien à toi.

  46. Posté par D.O.W., le 11 mars 2006 à 21:24

    Thank you so much, Sami. Je postais en même temps que toi. Et moi aussi, j’ai pas osé le dire, mais il me semblait que P.O.L (qui sont, si je ne m’abuse, les initiales de son propriétaire), n’étaient pas vraiment ce qu’on peut appeler une "petite" maison d’édition...

  47. Posté par Alem, le 11 mars 2006 à 23:00

    de retour ! entretemps, certains ont même signé à ma place un nouveau contrat avec continents noirs, à l’insu de mon plein gré, je leur dit merci. Il y 2 ans à Bamako, le directeur de collection d’une grande maison française m’avait vertement reproché de publier chez Dapper, éditeur ghetto tout autant que Schiffano estimait-il ; il se basait sur le fait que mon éditeur actuel avait choisi de ne publier que des auteurs dit du monde noir, vaste monde au demeurant ! Alors quand je traite continents noirs de ghetto de luxe, je pense au prestige de la maison qui porte ou ne porte peut-être pas la collection ; cela n’engage personne que moi, et il me semble que les manuscrits qui y sont publiés subissent l’épreuve du comité de lecture, ce qui fait que beaucoup d’auteurs que je connais y ont vu leurs textes rejetés et peuvent donc facilement participer à la curée ; il n’y a pas pire qu’un esclave hypocrite qui a raté les fers qu’il a lui-même réclamé !

  48. Posté par Blaise KIBONZI, le 12 mars 2006 à 07:59

    Samy, merci pour ta réponse et je sais au moins comment toi tu te définis et c’est clair : "écivain togolais vivant en FRANCE". Dès lors, pour des personnes comme toi, je ne vois même pas où il y a débats en ce qui concerne les éditeurs. Je rejoins ce que dit Alain Serbin (je le cite) : "Je termine un roman. Je cherche un éditeur. Je m’en fous qu’il paraisse dans la collection, "Continents noirs", "Afrique", ou "Blanche", qu’importe ! Je veux être lu ! De toutes les façons, dans ce roman je parle de l’Afrique ! Alors, si Gallimard veut bien me publier...". En corrigeant juste en ce qui te concerne cher ami Samy, "que le livre parle ou s’inspire de l’Afrique ou pas". Oui Samy, je suis aussi d’accord avec toi, que la renommée de la maison d’édition a de l’impact sur le public des lecteurs.

    Question ? des écrivains africains pourraient t’il un jour envoyer l’ascensseur des petites maisons d’Edition africaine ? Je m’explique, vu que nombreux d’entre vous disent qu’ils n’écrivent pas forcément pour des questions de ventre. Est ce qu’un gros cachet africain pourrait un jour se faire éditer par une petite maison d’édition de DAKAR pour la faire connaître ? Des exemples existent-ils déjà.

    Blaise

  49. Posté par A. Mabanckou, le 12 mars 2006 à 09:36

    Blaise, l’ecrivain cherche un public, le plus large possible. Et si un editeur peut le lui procurer - par une diffusion etendue du livre et une promotion consequente -, que demander de plus ? Et puis, les auteurs reveront toujours de publier dans les plus grandes et prestigieuses maisons d’edition. Ce qui est tout a fait normal. Le journaliste qui travaille a Africa International sera heureux d’aller travailler au Monde, a Liberation ou au New York Times !

    Il faut savoir aussi que lorsque nous signons un contrat d’edition il y a des obligations : on doit rester fidele a l’editeur et lui proposer en priorite au moins 3 livres ( moi je suis lie aux Editions du Seuil pour au moins 4 oeuvres de fiction)... Mais bon, on ne respecte pas toujours cette clause. Un auteur qui ne vend pas peut s’en aller sans que l’editeur ne pose de probleme, parfois c’est meme un bon debarras pour l’editeur ! Par contre un auteur qui vend - ou qui compte sur le plan de l’oeuvre - ne peut pas se barrer ou jouer les infideles sans creer d’incidents. C’est tres complique tout cela, mon Cher.

  50. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 12 mars 2006 à 13:02

    C’est vrai. Et c’est normal, Alain, puisque l’éditeur est avant tout un commerçant dont les objectifs premiers sont : la rentabilité et le profit au maximum pour satisfaire les investisseurs. Dans cette optique l’éditeur doit éviter les auteurs de livres invendables comme tout humain sérieux fuit la peste. C’est la loi du marche. L’ami Blaise le sait.

    Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou

  51. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 14:10

    Jean-Marc Bikitou, Alain n’a point dit ce que tu dis, cela l’aurait déshonoré s’il avait une telle opinion de ses éditeurs de par le monde, les pauvres qui publient tant de livres dont 90% sont invendables ou invendus, les éditeurs dont pour certains c’est une passion, certains petits éditeurs mettant dans l’édition leur héritage personnel, s’interdisant de vivre décemment pour tenter de faire découvrir des auteurs qu’ils estiment de talent. Va écouter Sabine Wespieser des éditions qui portent son nom, et tu apprendras un peu comme la très grande majorité des éditeurs vivent leur passion, parfois sans suffisamment de fonds pour se payer un salaire. Il y a plusieurs centaines de maisons d’éditions en France, il n’y a pas que les grands groupes, et même les grands groupes, s’ils ne fonctionnaient que sur la rentabilité, auraient déjà viré presque tous leurs auteurs, le Seuil aurait viré Sony Labou Tansi qui ne vendait rien. Heureusement que certains livres marchent et permettent à cette profession délicate de survivre. JMBN, tu es libre de tes opinions, mais ne fais pas dire à Alain ce qu’il ne peut dire même s’il est soûl !

  52. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 14:55

    Jean-Marcel Bikouta et non Jean-Marcel Bikoutou, mes excuses ! Juste pour ajouter que les grands éditeurs, en mettant les moyens, nous ont fait découvrir la très grande littérature venue d’ailleurs, Gallimard par exemple pour les auteurs latinoaméricains, les Borgès, Vagas Llosa, Cabrera Infante, Octavio Paz, etc. Mais des éditeurs inconnus de noms pour certains, comme les éditions Jacqueline Chambon nous ont aussi fait entrer en traduction française de la très grande littérature comme les romans si singuliers d’Elfriede Jelinek (Les amantes, Les exclus, La pianiste, etc..., aussi disponibles en poche chez le Seuil - depuis 2004, cette exceptionnelle autrichienne est Prix nobel, tout le monde peut se la disputer). L’une des vocations des éditeurs, c’est aussi ça : permettre cette exceptionnelle rencontre des imaginaires, permettre à Sony Labou Tansi de découvrir Garcia Marquez en français et de le féconder comme ça a été le cas. C’est ça le plus merveilleux, publier des auteurs de renommée mondiale, des monuments, publier des auteurs inconnus, donc prendre des risques. Et si l’argent suit, alors le premier à être heureux c’est l’auteur. Car, la principale raison de mécontentement des auteurs, ce sont les méventes, ils reprochent à leurs éditeurs de ne pas faire tout ce qu’il faut pour que leurs livres se vendent bien. Parfois, tu sais, Jean-Marcel Bikouta, je rigole quand je rencontre des aspirants écrivains dont on vient de refuser le manuscrit. Ils disent souvent, Ils n’ont pas voulu de mon texte parce que ce n’est pas vendeur, c’est difficile. Je rigole sans oser leur dire : Qu’as-tu pu écrire, mon cher, d’aussi compliqué que ce que je connais déjà, que Marquez, que Joyce, que Proust, que Jelinek ? T’est-il impossible de te dire que peut-être ton texte est tout simplement nul ? Envisage au moins cela comme une possibilité et remets-toi au boulot, parce que les refus, même Proust les a essuyés ! Et je n’ose pas dire : Tu sais, ne te crois pas indispensable à la littérat

  53. Posté par Venga, le 12 mars 2006 à 15:23

    Merci beaucoup Sami, tout à fait d’accord avec toi et les explications de tes textes sont particulièrement clairs je ne peux que te féliciter de si bien nous renseigner. Merci.

  54. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 15:44

    Ah, j’allais oublier la chaîne importante de la profession : les libraires, puisque, après tout, c’est en librairie que ça se vend, les livres, et c’est un boulot différent de celui de l’éditeur. Et quel boulot difficile ! Pas un commerce comme les autres, vendre des livres, tenter de les faire acheter, quand ils arrivent comme ça, en avalanches ! Aïe ! Aïe ! Où les ranger ? Sans les libraires, que seraient les éditeurs ? Et eux, les libraires, Jean-Marcel, ça trime, parce que c’est dur, mais pour beaucoup d’entre eux, c’est aussi une passion, être les intermédiaires, communiquer leurs coups de coeur aux gens du quartier avec qui ils ont établi des liens humains, partager le bonheur qu’offre un grand livre, mais assez souvent, rester là à entendre la chute des secondes dans le néant, parce qu’on ne se bouscule pas dans toutes les librairies comme on le voit à la FNAC des Halles. Et comme aujourd’hui on achète aussi en ligne, alors...

  55. Posté par Blaise KIBONZI, le 12 mars 2006 à 15:47

    Cher Sami, quel hommage aux éditeurs !!! Tu m’as presque arraché une larme, là. je dirai plutôt que la vérité se trouve un peu entre les deux. Entre ce que tu dis et ce que soutient notre ami Jean-Michel BIKOUTA NKAOULOU. Ou disons mieux, comme le disait bien souvent un de mes grands Maîtres en Géologie, je le cite : "Entre ces 2 extrêmes, tous les cas sont possibles".

    Blaise

  56. Posté par Bakima, le 12 mars 2006 à 17:01

    Bonjour Sami ! Grace tes posts et a ceux de tes comperes ecrivains, je viens d’apprendre beaucoup sur le monde de l’edition chez vous en France. Par contre j’ai un petit probleme a comprendre clairement le fait qu’un auteur Africain qui est publie par une grande maison francaise soit celebre sur le continent et peut-etre ailleurs, mais pas en France. Et surtout que ses ventes n’apportent pas grand chose, comme c’est le cas de Sony Labou Tansi que tu fais bien de citer. Dans le cas de ce dernier, ma surprise(je suis peut-tres inculte...) est d’autant plus grande que je constate que meme dans la lointaine amerique ou je casse mon cailloux, on compte un nombre important d’etudes diverses sur Sony Labou Tansi. Pas plus tard que le mois dernier, j’avais recu la visite d’une jeune dame, animatrice d’une troupe de theatre, qui voudrait se rendre a Brzza en Ete, voir la tombe du disparu, echanger avec ceux qui l’ont connu, etc. Cette jeune dame avait ete dirige vers ma modeste personne par un collegue journaliste americain accredite au National press Building de Washington, qui, sachant que j’etais natif du Congo comme l’etait Sony avait conseille la dame noire de s’approcher de... Je ferme cette parenthese perso. Sami, comment donc, le Seuil a t-il fait pour continuer a publier un auteur qui ne vendait guere, jusqu’a le publier meme a titre posthum ? Le mecenat ou l’edition par passion (comme l’ecrit deja un membre de ce village) expliquerait-il tout, mon cher Sami ? Ou alors y aurait-il d’autres considerations extra litterature ?Mambanckou qui est avec cette meme maison peut-il eclairer ma lanterne ? Comme l’a deja dit un autre villageois avant moi, apres tout l’edition c’est avant tout un business. Et comme toute affaire, la rentabilite economique est capitale a la vie ou la survie de l’entreprise. Ainsi, le Seuil a publie Sony Labou Tansi plus de 5 fois a perte(economiquement) juste pour les beaux yeux et/ou la belle plume du prolifique Congolais ?. Bien sur mes introgations s’adressent aussi aux autres ecrivains, membres de ce village virtuel. Le viilageaois que je suis souhaite comprendre comment peut-on continuer a publier un auteur qui ne vous apporte pas... economiquement ? Une fois ou deux fois ca peux passer. Mais plus six fois(corriger-moi si je me trompe), comme c’est le cas de Sony Labou Tansi, cela est troublant pour mon petit cerveau de fourmie... Bien a vous. Mathieu

  57. Posté par Céc, le 12 mars 2006 à 17:37

    Je vous coneille à tous et toutes de lire "Africains, si vous parliez", recueil d’articles de la revue Peuples Noirs Peuples Africains, éditée par feu-Mongo Beti et sa femme Odile Tobner.

    Vous perdrez ensuite moins de temps à discutailler pour ne pas dire grand chose.

    Céc

  58. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 17:50

    L’erreur de certaines personnes, Bakima c’est de croire que l’édition est du simple business. Ils ignorent que l’impact d’une oeuvre n’est pas toujours fonction du nombre de ses lecteurs, mais de l’effet qu’elle fait à celles et ceux qui font la littérature, c’est-à-dire les écrivains et les universitaires spécialistes des littératures. Quand les Sartre, Camus, Malraux et bien d’autres dans le monde célébrait Faulkner, les lecteurs de base comme on le dit ne le connaissaient tout au plus que de nom, et jusqu’à présent, la grande majorité des lecteurs de base ne lisent pas certains monuments littéraires, trop littéraires justement pour eux. Ulysse de Joyce, Le bruit et la fureur de Faulkner, etc. Bakima, les éditeurs ne publient pas un auteur seulement parce qu’il se vend, mais parce que son oeuvre a une importance. J’ai déjà cité Monenembo, il a commencé au Seuil avec Sony et y est toujours, moi j’ai découvert Monenembo quand j’étais au lycée, dans les années 70. C’est un auteur important peu lu, donc qui ne vend pas beaucoup, mais que le Seuil ne lâcherait pas, parce que c’est quelqu’un dont l’oeuvre compte. Ce que tu dis de Sony, Alain ne le dirait pas, il connaît mieux le domaine. Qu’on étudie quelqu’un dans les facs est une chose. Mais demande aux lecteurs américains s’ils connaissent Sony. Sur mille si tu trouves un seul ce serait un miracle. En France aussi dans les départements de littérature africaine on étudie Sony mais le public n’est pas à la fac, le public de la fac est un public de spécialistes, donc un petit public. C’est pour ça qu’on a l’impression quand on est d’un certain milieu que tout le monde connaît Sony. Il n’est pas plus connu aux USA qu’ici, il l’est seulement dans un certain milieu universitaire, le tout petit cercle au sein du petit cercle universitaire où on parle de littérature africaine ou francophone.

  59. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 17:54

    (suite et fin) Rien de troublant pour Sony, ce n’est pas un cas isolé. Il n’y a rien de plus normal que ça. Et l’erreur de certains blogueurs ici, c’est de toujours raisonner en Africains. Il me semble qu’une culture relativement élargie nous aiderait à cesser de raisonner auteurs africains quand on aborde des questions de littérature. A force de ne raisonner qu’à partir des spécificités et de croire que Africain est une entité particulière à partir de laquelle on fonde tout jugement, on reste réellement en-dessous des choses qui, elles, sont plus générales et ont leurs logiques propres. Mongo Béti, au moins aussi étudié que Sony, ne vendait pas non plus beaucoup, cela n’enlève rien au fait qu’on parle là d’un très grand. Claude Simon le Nobel français n’était pas un auteur grand public. Et cela existe dans tous les coins du monde en littérature. Donc ce n’est pas une question de Un auteur publié dans une grande maison en France est célébré sur le continent et peut-être ailleurs, Sony est plus célébré en France qu’en Afrique puisque cette année on a organisé des activités pour le dixième anniversaire de sa mort et une rue a été baptisée de son nom à Limoges. J’ignore si le Congo son pays sait rendre de tels hommages à un écrivain. Mais je le répète, célébrer un écrivain dans les milieux de connaisseurs n’est pas forcément synonyme de ventes en masse.

  60. Posté par Blaise KIBONZI, le 12 mars 2006 à 18:12

    Don si j’ai bien compris Alain MABANCKOU, il serait difficile pour un écrivain africain connu, d’envoyer l’ascenseur à une maison d’édition africaine, du fait des contrats qui lient les écrivains à leur maison d’édition. Sauf à ne pas renouveller son contrat avec la grosse maison, ce qui est tout de même risqué. Vous aurez compris le fond de ma pensée, si cela avait été possible, ça pourrait permettre de donner quelques coups de pouces à des maisons d’éditions typiquement africaine. Ou celles qui soutiennent les écrivains africains car si elles servent juste de tremplin pour ensuite aler chez les gallimards et consors, et obtenir des RENAUDOT qui fera encor plus la pub de ces maisons (et leur rapportera donc de l’argent), cela peut devenir (dans une certaine mesure) "ingrat" pour les petites maisons qui aident les écrivains (notamment africains) à leur début. A moins que cette règle de jeu soit accepté par tous dans le milieu.. Au moment où certains écrivains en FRANCE commencent à parler "agent", je ne peux m’empêcher de faire un petit parallèle entre les écrivains africains et les footballeurs africains manager par PAPE DIOUF. La fidélité de Marcel DESSAILLY à Pape DIOUF (même quand il est parti au MILAN AC) a énomément contribué à asseoir la notoriété de Pape dans le domaine. Et aujourd’hui, plus personne ne voit le "noir" Pape DIOUF . On voit uniquement un agent à part entière ; même s’il est en FRANCE et peut-être même en Europe le seul noir à officier dans ce domaine où la chaire à vendre est de plus en plus noire.

    Blaise

  61. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 18:21

    Céc, le livre dont tu parles n’est pas encore sorti. Il sort dans la collection qui fait justement objet de débat ici, Continents Noirs, de chez Gallimard. Et il est un témoignage de plus de la grande conscience simplement humaine de cet écrivain que personne n’a réussi à ployer, qui est mort debout. Blaise parfois l’envie de publier un livre avec des éditeurs de nos pays, nous la manifestons. Mon premier éditeur ce sont les Nouvelles éditions africaines de Lomé en 1988. Même en publiant ici, j’aurais voulu leur donner un texte sans exiger un contrat particulier, mais la maison a des difficultés et ne publie qu’à compte d’auteur, l’auteur doit payer pour être publié. Là je t’avoue que le patriotisme a ses limites, tu me comprends ? Même avec des contrats ici, on peut aider. Nous avons écrit en 2005 des nouvelles, je dis nous, bon une dizaine d’auteurs africains, livre coordonné par Alain pour aider un jeune éditeur camerounais. Aucun de nous n’a exigé de contrat, c’est pour soutenir un jeune éditeur. Pas un centime de demandé, nous avons tout simplement renoncé à nos droits. Blaise, il nous reste quelque part un coeur qui bat pour nos pays !

  62. Posté par Blaise KIBONZI, le 12 mars 2006 à 18:27

    Samy on postait en même temps. Merci pour tes réponses. C’est ce que je voulais savoir (....dans un premier temps). Affaire à suivre.

    Blaise

  63. le 12 mars 2006 à 18:28

    Cher Bakima,

    On ne ne publie pas que les auteurs qui vendent. On retient d’abord le manuscrit par ses qualites litteraires. Par la suite meme si l’auteur ne vend pas, il y a le fait que ses ecrits sont estimes, temoignent d’une constance propre a une oeuvre. Sony est un repere dans le roman francophone. Kourouma non plus ne vendait pas des dizaine de millier de livres avant ses deux derniers romans couronnes par les plus grands prix litteraires francais. En gros, on compte dans une maison d’edition plus d’auteurs qui ne vendent pas que ceux qui vendent. Et l’oeuvre n’est pas toujours forcement du cote du best-seller meme si un best-seller aussi peut etre un chef-d’oeuvre... Edouard Glissant n’est pas vendu en France comme un best-seller, mais tout le monde se met au garde a vous devant lui parce qu’il porte une oeuvre a la fois de fiction et de reflexion. Et Gallimard lui verse pourtant des a-valoirs tres eleves !

  64. Posté par A. Mabanckou, le 12 mars 2006 à 18:33

    J’ai oublie de signe ci-dessus...

    Mes excuses, comme dirait l’autre.

  65. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 18:44

    Comme elle nous a mouchés la Céc ! Non mais les femmes de nos jours hein... ! ;-) Moi je crois que Sami a raison de dire que les aspects que souligne Bakima ne sont nullement particuliers aux auteurs africains. Ce sont même des cas très répandus (d’après le peu que je sais des épopées auteurs/éditeurs dans la grande histoire littéraire). Par exemple, à ta question de savoir Bakima si une maison d’édition peut publier un auteur à perte (ou à gain nul) 5 ou 6 fois de suite, la réponse est très clairement "oui". Les cas, me semble-t-il, sont même plutôt nombreux. Je peux citer de mémoire celui de Cioran chez Gallimard, publié pendant plus d’une vingtaine (voire une trentaine) d’années avant le succès. Mais en réalité, il n’y a là rien d’incompréhensible. Une maison d’édition a plusieurs auteurs, et on peut imaginer qu’elle compense les pertes de l’auteur A avec le succès phénoménal de l’auteur B. Donc ce n’est pas toujours si abracadabrant que ça de la voir consentir à publier çà ou là à perte.

    Mais j’ai quand même tendance à dire (ça ne va pas plaire à Sami) qu’on a quand même l’impression que les "éditeurs passionnés", sont une espèce en voie de disparition. Même quand on ne connaît pas le monde de l’édition, on imagine aisément qu’ils appartenaient à une autre époque, celle où Gallimard n’était pas obligée de racheter tout le monde...

    p.s. Sami, tu fais erreur, ou tu penses à autre chose : ce bouquin est sorti il y a près d’un an déjà (à vérifier). Bien à toi.

  66. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 18:48

    A moins qu’il ne s’agisse d’une réédition Sami. Le bouquin est sorti il y a un an aux éditions Homnisphères...

  67. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 18:58

    Non, je fais une confusion, DOW, puisque le gros des inédits de Mongo Béti va paraître bientôt dans la collection Continents Noirs de chez Gallimard, et c’est Boniface qui en a assuré la coordination. D’où ma confusion. Tu sais, pour les grandes maisons, DOW, il y a aussi ce qu’apportent les auteurs morts, les fonds. C’est libre de tout droit, les Hugo, les Balzac, les, les, les, les... tous ces monuments qui se vendent plus que la totalité des auteurs vivants, les éditeurs n’ont plus de droits à payer sur eux, car, cinquante ans après la sortie d’une oeuvre, il n’y a plus de droits à percevoir là-dessus. Des éditeurs passionnés, il en existe beaucoup. Ils sont d’ailleurs les plus nombreux. Dans les grandes maisons, les éditeurs sont souvent passionnés, ce sont aussi des écrivains avec une réelle sensibilité. Antoine Gallimard n’est pas un éditeur, il est le patron de Gallimard, les éditeurs chez Gallimard, ce sont les auteurs très connus, Philippe Sollers, Laclavetine, Braudeau, Richard Millet, etc. Les éditeurs sont, dans les grandes maisons, pour la plupart les écrivains les plus connus. Sur ce terme aussi, il y a parfois confusion. Chez Gallimard il y a plusieurs éditeurs, tous écrivains connus. Et ce serait étonnant qu’ils ne soient pas passionnés un tout petit peu !

  68. le 12 mars 2006 à 19:18

    Blaise, comme toujours, je suis entièrement d’accord avec toi quand tu écris "Ce qui est plus gênant (et c’est peut-être pas le cas pour toi cher Alem - si tu as réellement un pied à Lomé) c’est qu’on vous accorde la représentativité d’une afrique que vous n’incarnez pas, n’incarnez plus." Moi, j’ai du mal à les appeler "écrivains africains" tout simplement. J’ai, un jour, utilisé l’expression "écrivains africains de la diaspora", ce qui, semble-il, ils n’ont guère apprécié... Ceci dit, j’ai quelques petites questions à poser sur la littérature africaine : qu’est ce que la littérature africaine ? La littérature qui est faite par les africains ou la littérature qui parle de ( ou qui reflète l’Afrique)Ce débat avait été soulevé au cours d’une rencontre de critiques d’arts africains qui s’étaient demandé si un peintre africain qui peignait une "scène de vendange à Brescia" faisait de l’art africain. Je me pose, et pose la même question en littérature. Un écrivain qui écrit une oeuvre de fiction sur "les vendange de Brescia" fait-il de la littérature africaine. Par ailleurs,ce sujet lancé par Alain me fait penser à Marie Ndiaye,qui refuse d’être classée parmi les écrivains africains. Edwige H.

  69. Posté par A. Mabanckou, le 12 mars 2006 à 19:37

    Sami, ce n’est pas cinquante apres la sortie d’une oeuvre qu’il n’y a plus de droits a payer. La loi du 11 mars 1957 regissant la propriete intellectuelle cerne la question et protege heureusement les auteurs et leurs heritiers. C’est, selon les pays, entre 50 et 70 sans apres la mort de l’ecrivain que le livre est libre de droit. Sinon Bernard Dadie ne toucherait plus rien sur Un negre a paris qui date d’il y a plus d’un demi siecle maintenant... C’est pour cela qu’on continuera par exemple a payer les droits d’auteurs sur les oeuvres de Camara Laye a ses heritiers cinquante ans apres la date de sa mort. Le livre tombera ensuite dans le domaine public et pourra etre publie, exploite par n’importe quel editeur et meme mis en ligne sur Internet...

    Mais il y a un droit qui reste intemporel : le respect du droit moral. Ce qui signifier qu’on ne peut deformer, tronquer ou vicier l’oeuvre de l’auteur ou changer son nom. Ses heritiers peuvent alors porter plainte. C’est ce qui s’est passe recemment avec les heritiers de... Victor Hugo !!!

  70. Posté par Bakima, le 12 mars 2006 à 19:55

    A Cec et a Sami. Cher monsieur Céc, vous nous demandez de lire "Africains, si vous parliez", recueil d’articles de la revue Peuples Noirs Peuples Africains, editee par feu-Mongo Beti et sa femme Odile Tobner. Vous qui etes si connaisseur, pouviez au moins nous faire, nous autres incultes, une sorte de note d’avant lecture, puisqu’il me semblait vous l’aviez lu. Et patatras, et heureusement d’ailleurs, l’ami Sami qui est ecrivain (donc connait et vit au quotidien ce dont nous parlons) vous fait poliment observer que "Africains, si vous parliez" n’est pas encore dans les rayons des librairies ! Ou aurais-je eu l’occasion de le lire ? Et meme s’il etait deja sur les rayons, tout le monde ne vit pas en France ou en Afrique francophone ! En plus, M. Cec, vous ecrivez : "... Vous perdrez ensuite moins de temps à discutailler pour ne pas dire grand chose". Nous autres non specialistes de la Litt, profitons de la richesse de cet espace, ce village virtuel, pour comprendre le monde de la litterature et de l’editon. M. Cec, n’oubliez pas que ceux des ecrivains qui font l’honnneur d’echanger avec nous autres anonymes sur la place du village connaissent mieux le sujet en debat. Il n’y a pas que d’hommes ou de femmes de Lettres qui interviennent ici. On y trouve un du tout. Moi je n’en suis pas un en tout cas. C’est pourquoi je cherche a comprendre. Vos remarques desoligeant ne tiennent pas la route, comme dirait ma petite niece. Dites-nous ce que vous pensez du sujet. Un point et un trait. Sami, quant a savoir si les autorites congolaises auraient fait ce que celles de la mairie de Limoges ont fait, en baptisan une rue de leur ville du nom de Sony. Je peux seulement te dire qu’il existe a Bacongo, le deuxieme arrondissment de Brazza, un cercle culturel baptise Sony. C’est un assez imposant batiement, avec une salle polyvalente et d’autres pieces pour les atelires, etc. C’est peut-etre peu, mais nul n’est prophete en son pays(rire) ! Non loin de la, se trouve un bout de rue, donnant sur le lycee francais de la ville, appelee "l’avenue Tchicaya U Tam Si". Sami, dans ce qui nous sert de pays(congo come ailleurs sur le contient), les priorites sont malheureusement ailleurs(triste sourire) ! Meme quand vos aines dans l’ecriture, comme le poete Taty Loutard sont les rouages du pouvoir politique, ils ne posent pas des actes susceptible de donner ou redonner aux Lettres ou aux femmes et hommes qui y ont consacre leur vie une certaine reconnaissance. Simplement dommage ! take care Mathieu

  71. Posté par Bakima, le 12 mars 2006 à 20:21

    Lire : sont dans les rouages du pouvoir polique.

  72. Posté par Bakima, le 12 mars 2006 à 20:24

    rouages du pouvoir politique !Decidement je ferai mieux de ne pas revoir mes posts ! Trop de coquilles ! Bon debut de semaine a vous.

  73. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 20:45

    C’est déjà beaucoup ce qu’ils ont fait au Congo. Crois-moi, Bakima, ailleurs c’est plus triste. Je suis allé à Kouroussa en Guinée pensant y trouver ne serait-ce qu’un buste de Camara Laye. Rien du tout. A ma question, un monsieur me répond que Camara Laye avait été forcé à l’exil par Sékou Touré. Mais Sékou Touré est mort il y a longtemps, Camara lui-même aussi ! Et c’est l’ombre duquel des deux qui empêche qu’on rende un petit hommage à Camara Laye ? Chapeau au Congo, parce que même si les priorités sont ailleurs, c’est quand même un des rares pays francophine d’Afrique où la littérature a eu une réelle existence. Le livre dont parle CEC existe déjà, celui dont je parle, qui est encore plus volumeux, c’est la suite. Ah, Alain, cinquante après la mort, cela laisse une marge aux héritiers ! Edwige H., Blaise a pleinement raison de dire que nous n’incarnons pas l’Afrique, aucun auteur n’a une telle prétention, mais parce que nous sommes africains, même si nous parlions des Papous, nous sommes africains. Conrad pourrait-il être considéré comme auteur congolais parce qu’il a écrit sur le Congo le texte le plus fort, Au coeur des ténèbres ? Les Polonais en ont fait quelqu’un d’emblématique, mais c’est quand même en tant que citoyen britannique et en anglais que ce grand monsieur a fait son oeuvre. Bon, c’est clair que ce genre de débat, on l’aura toujours ! Marie N’Diaye, c’est autre chose : née française de mère française qui l’a élevée, et de ce père africain qui n’a pas fait partie de sa vie, elle a pleinement le droit de refuser d’être classée dans Afrique. Mais, Edwige, ironie du sort, en Italie j’ai le même éditeur qu’elle et nous sommes dans la collection Griot. Son célèbre Rosie Carpe y es publié. Cela m’a même étonné qu’elle l’ait accepté, puisque Griot est consacré chez Morellini Editore de Milan à la littérature africaine.

  74. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 21:01

    Sami, je ne peux vraiment pas abonder dans ton sens. Franchement, il m’est difficile de penser qu’ils sont nombreux les "éditeurs passionnés" en France. On ne verrait pas chez eux tant d’incompétence. Récemment, j’ai vu à la télé (chez Ruquier je crois) une chroniqueuse pointer et corriger à la volée, de grossières fautes de français dans le "chef d’oeuvre" de je ne sais quel "jeune talent prometteur" invitée (c’était une jeune femme) sur le plateau. Pareillement, j’ai entendu une éditrice dire chez Poivre d’Arvor qu’à voir ce qu’on publie, c’est à se demander si on rejette encore des manuscrits chez les éditeurs. Que ce soit quelqu’un du milieu qui dise cela (même en exagérant), ne donne pas spontanément à penser que la passion régit ce milieu. Bien évidemment, dans le vaste monde de l’édition en France (restreignons-nous à l’espace que nous connaissons le mieux), il existe sans doute des "éditeurs passionnés". Mais qu’ils soient les plus nombreux...permets-moi d’avoir un doute Sami. Tu as probablement côtoyé des gens bien, mais sont-ils le cas général.. ?

    Par ailleurs, tu mets un peu trop vite Antoine Gallimard "hors concours" si je puis dire. (D’autant plus que je me suis laissé dire, qu’en dernier ressort, c’est souvent lui qui donne son quitus...vrai, pas vrai ? vrai pour la "noire" aussi ? ;-). Pour moi, c’est au contraire un des plus sérieux. Enfin, mon cher Sami, quand tu me parles des grands écrivains, on pourrait penser en effet qu’a priori, la passion est là. Moi je dis à voir. Autant pour Richard Millet, je dis banco, autant, les noms de mondains comme Philippe Sollers auront du mal à lever mon scepticisme (oups ! Alain, tu peux effacer, paraît qu’il a le bras long Sollers ;-) Bref, Sami, faudra qu’on en rediscute longuemet pour que tu aies des chances de me convaincre que la passion anime le plus grand nombre d’éditeurs en France.

  75. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 21:02

    Edwige, comme souvent, je suis en désaccord avec Blaise et toi (rires). Et en plus, c’est même pas fait exprès. Je crois qu’il y a toujours eu ambiguïté pour les écrivains un peu hybrides (biologiquement ou géographiquement). Dans ces cas-là, qu’ils soient classés selon leur libre souhait. Mais dans le cas d’écrivains qui : 1) ont vécu en Afrique à l’âge où l’imaginaire se constitue et s’ossifie ; 2) n’ont pas changé de nationalité entre temps, je serais bien curieux de savoir ce qu’ils sont, s’ils ne sont pas écrivains africains. Et cela, même s’ils ont vécu de nombreuses années à l’étranger, en exil forcé ou volontaire.

    Et pour répondre à ta question sur "les vendange de Brescia", pour moi, le peintre ou l’écrivain en question serait africain, car c’est la "vision" (sous-entendue intellectuelle), c’est-à-dire l’imaginaire, qui fait l’oeuvre. La substance de l’oeuvre, c’est sa dimension spirituelle, pas son objet. Gauguin a peint Tahiti, (bon mon exemple est pas très bon parce que Tahiti c’est français). Mais si Tahiti était un pays indépendant, aurait-on dit que Gauguin n’est pas peintre français ? Hémingway a écrit sur l’Afrique, Karen Blixen a écrit l’Afrique, mais il n’a jamais fait aucun doute que l’un était américain, et l’autre danoise. Bien à toi.

  76. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 21:06

    ça alors, Sami, ayant posté en même temps, toi et moi on dit presque la même chose dis-donc...sauf donc pour ce qui concerne la passion des éditeurs ;-)

  77. Posté par Chantal Cuny, le 12 mars 2006 à 21:09

    A Blaise, une info un peu tardive car je suis allée me rafraîchir la mémoire. En effet, l’an dernier au salon africain du livre de Genève, il m’avait semblé que "Festins de la détresse" d’A. Sow Fall avait été présenté comme un "livre éthique/équitable". Il est publié et coédité par plusieurs éditeurs africains. Tu peux consulter un article daté du 01/02/2006 à ce propos sur le site de lekti-écriture. Chantal

  78. Posté par Sami, le 12 mars 2006 à 21:20

    Si DOW, comme dans toutes les maisons, les patrons ont leur mot à dire, puisque ce sont eux qui prennent les décisions finales. Antoine est celui qui décide, mais le travail proprement dit de l’édition, c’est-à-dire lecture et discussion sur les qualités, il le laisse aux éditeurs écrivains qui bossent dans sa maison, et il leur fait confiance, puisque si leurs avis sont favorables, il arrive rarement qu’il les contredise. Quant aux fautes, ce n’est pas le boulot des éditeurs, mais celui des préparateurs et correcteurs de manuscrits, la chaîne de fabrication quoi ! Bon, la qualité générale baisse en moyenne, c’est vrai. Tout le monde le reconnaît. Hélas, puisqu’il y a davantage de gens qui écrivent, les manuscrits rejetés c’est en masse, puisque les éditeurs prennent peu de nouveaux, ils suivent leurs anciens.

  79. Posté par D.O.W., le 12 mars 2006 à 21:43

    Ok bien reçu Sami. Mais alors, pour être mauvais, ils doivent être mauvais ces "préparateurs et correcteurs" ;-) Il me semble par exemple qu’à la toute première page du Port-Mélo de Edem, dans les toutes premières lignes, il y a déjà une faute d’orthographe. Je ne me souviens plus laquelle, je vais vérifier. A moins alors que ce ne soit moi la faute ;-)

    Une bonne semaine à tous.

  80. Posté par JB Adjibi, le 13 mars 2006 à 00:36

    Alain, je crois que c’est la 2è fois que je visite ton blog. J’y ai été orienté par un journaliste. je vois que tu as conservé un réel talent de chroniqueur. C’est pas pour te les cirer (j’ai rien à te demander- pour l’instant. Ecoute, le clash de la rue Moufftard avec Boniface et tout ça, je dois avouer que ça me fait doucement sourire. Quand au sujet (les noirs et la collection Blanche) je ne sais pas par où commencer ce que j’ai à dire. Tu as dit et répété que ce qui importe pour un auteur, un écrivain, c’est d’être lu. Tu as vu juste. Un autre post a dit que quand il achète un livre il ne s’intéresse pas à l’éditeur, encore moins à la collection. Il n’a pas tort et surtout il est sain d’esprit. J’ai envie de dire qu’il y a cinquante ans aucun africain ne s’intéressait à ces frivolités. Paradoxalement, c’était une époque où c’était très facile pour les Africains de publier chez les plus grands éditeurs français. Comme tu le sais, si moi je signe parfois "écrivain", c’est parce qu’un jour, un éditeur parisien qui ne vendait même pas en librairie mais seulement par correspondance et sur internet, a bien voulu me publier,après plus de dix ans d’écriture active (et des tas de manuscrits refusés). Tu sais aussi que très peu de temps après cette publication, je m’étais jeté dans la bataille de l’édition pour me faire éditeur. Schiffano est un homme sympathique. Antoine Gallimard est honnête homme. Quant à nous, nous sommes schizophrènes. Te souviens-tu de la présentation dulivre de Boniface à la Maison de l’Amérique latine, avec Kourouma et tout le toutim ? Je vais te dire une chose : depuis que mon livre est publié par 00h00.com en 2000, je suis définitivement guéri de la maladie que Ken Bugul a appelée "voir mon livre sur l’étagère et mourir". J’ai vu mon livre dans les rayonnages de la fnac, au Furet à Lille et je me suis dit, maintenant je peux mourir tranquille, c’est-à dire me débarasser de ce complexe, cette pesanteur. J’ai créé une maison d’édition parce que j’ai compris une chose : ce que nous recherchons (la reconnaissance, la gloire, le succès, le fric si possible)ne nous sera jamais donné. Parce que les gens attendus dans la blanche seront toujours plus légitimes que ceux qui y entrent par effraction. la langue commune ne suffit pas pour en être. Ce n’est pas le seul critère. Pourquoi ne pas se faire désirer ? Pourquoi ne pas créer un phénomène de lecture auprès de nos publics naturels. Quand je lis ton BBR, je comprends que l’écriture, tout en étant universelle, demeure foncièrement culturelle (c’est-àdire que lorsque l’écrivain se lache, lorsque il est sincère, lorsqu’il ne calcule pas, lorsqu’il ne construit pas, il écrit forcément pour quelqu’un, pour une culture. Donc le problème qui se pose aujourd’hui, c’est que nous on essaie de tout faire pour entrer dans des endroits où on ne nous attend pas (où on ne nous veut pas trop) alors que dans le même temps, il y a des endroits où le tapis rouge attend nos talents. Qui a dit que Sony n’était pas lu ? Sami tu as tort de dire ça. D’ailleurs, Sony est la preuve même que quand tu écris selon tes tripes, on viendra te chercher dans ton trou. le problème de Sony, c’est que sur le marché français, il avait été introduit par un éditeur qui faisait de l’humanitaire. Et le jour que cet éditeur en a eu marre il a arrêté. Sony est mort amer. Alors que l’écriture de Sony, avec sa poésie, son style, aurait explosé en France. Lorsqu’on parle littérature, édition, il faut dépassionner les rapports, décoloniser les esprits et agir selon le bon sens. Moi j’ai des élèves qui écrivent des chansons (pas seulement de rap, des élèves filles qui composent pour passer dans la nouvelle star. Quand leurs textes sont bons, qu’ils ont une belle voix, ils se retrouvent chez Barclay (c’est déjà arrivé. Franchement je vais te dire, si les africains ne prennent pas en charge la dimension productive, s’ils ne s’impliquent pas dans la librairie, la fabrication, la distribution, la promotion, autant que dans l’écriture et la création, eh bien, il n’y aura jamais d’avenir pour ce qu’ils écrivent. Si parce qu’on a un doctorat ou parce qu’on est déjà publié, qu’on est écrivain, reconnu, on s’enferme dans une tour en attendant la décision de l’éditeur-démiurge-collection-de continent-blanc ouq uelque chose comme ça, alors on fait fausse route. Nous avons tort de mélanger notre légitime rêve de reconnaissance avec les querelles germano-pratines (quelqu’un l’a souligné). Ce que les Africains français ou pas ont à dire, qu’ils l’écrivent dans leur coin, qu’ils l’écrivent bien, qu’ils soient lus par de très nombreuses personnes (africaines , autres) et ils viendront facilement à la lumière. Toi même Alain, tu es un pur produit de cette démarche. Fatou Diome aussi. Pourquoi courrir chez Gallimard ? A mon avis, ils vaut mieux que Gallimard ou autre grand vienne à nous. Il ne viendront pas pour nos beaux yeux (il vaut mieux). Il vaut mieux qu’ils ne viennent pas pour l’humanitaire mais pour le business de la culture, le commerce (au sens noble du terme) des cultures. Et s’il viennent, soit on dira : "Continent noir ou Continent blanc je m’en fous, pourvu que je sois publié", soit on dira : "Collection Blanche ou rien". Faut pas se vendre cadeau. Le mundele sait toujours reconnaître ce qui est bon. Donc chers amis, je conseile de communautariser sans complexe ; ce n’est pas à moi de faire l’intégré forcené. je paie mes impôts, je mène une vie relativement standard ; ce n’est pas à moi de forcer les portes d’une collection. Si en tant que créateur de notre condition, on se lance dans ces délires, on fait fausse route. Dans ma maison d’édition, je publie des livres parfois à 300 exemplaires, et il m’arrive de finir à mille avec le meême titre avant la fin de l’année, et ce n’est que des ouvrages de sciences humaines. C’est dire ! Bref, ne soyons pas complexés. L’important c’est les livres. Le reste, le caranaval, le flonflon ou le fric, ça se fabrique. Et ne comptez pas sur celui qui a lancé son carnaval pour vous embaucher dans son cortège. Puisque chacun peut fabriquer son petit carnaval, il sera toujours temps de goûter celui de l’autre. Merci.

    JB Adjibi.

  81. Posté par Boris, le 13 mars 2006 à 01:10

    He amis blogueurs(ses),permettez-moi de prendre un ton sollennel pour vous dire ce que j’ai sur le coeur ; je me suis hasardé à faire un tour sur un blog qui vient de paraitre dans les liens qu’a mis M.Mabanckou,et la voici ce que je lis qu’un écrivain a écrit:Cher Alem,bonne idée que ce blog.Au moins il nous change des eternels debats nombriliques qu’on nous sert sur d’autres sites qui tournent en rond et qui sont surtout pariso-parisiens." Et comme à mon avis A.M est le premier écrivain africain(je crois)à s’etre lancé dans l’aventure du blog, je suppose(non je suis sur) que cette attaque nous était visé(pas seulement a Alain). Donc je vais me permettre de répondre à M.Coua-Zotti(puisque c’est de lui dont il s’agit), je trouve sa réaction, non son coup de poignard dans le dos assez lache. Et ensuite je ne vois rien de ce qui est Pariso-parisien en parlant par exemple d’Ali Farka, de Jeune Afrique, et des Noirs dans la Blanche(pour ne citer que les plus récents sujets).Et d’ailleurs meme si c’était pariso-parisien, tant que l’Afrique NOIRE n’aura pas fait ses preuves, Paris demeurera l’unité de mésure en matière de littérature nègre(de façon générale Paris demeurera l’unité de mésure presqu’en tout puisqu’on y fabrique aussi nos futurs chefs). C’est la-bas qu’ont été façonné les Mongo Beti, les Kourouma, les Ouoleguem et j’en passe.Lui meme Coua-Zotti ne publie t-il pas à Paris ? Alors quoi trouve t-il "notre blog" nombrilique ? S’il n’aime pas ce qui s’y dit il n’a qu’à passer sa route... De toute façon comme l’a dit l’artiste, nous allons tous à l’école mais il y a ceux qui y vont le matin et d’autres l’apres midi.(a vous de voir) Si je me trompe et que Coua- Zotti ne s’adressait pas à ce blog, alors ce message n’a pas sa raison d’etre, mais je suis sur à 99.9% que son libanga na molili nous était adressé.

  82. Posté par Timba Bema, le 13 mars 2006 à 01:31

    « Janvier 1999 : dans l’avion qui les mènent au Gabon, Antoine Gallimard et Jean-Noël Schifano imaginent de rassembler sous une seule enseigne des œuvres se référant, sans s’y limiter, à une origine commune : l’Afrique noire. Vu de haut, un constat s’impose : il y a une géographie et un dynamisme des lettres africaines qui méritent que les éditeurs généralistes s’y penchent avec plus d’attention et de méthode, les initiatives des uns et des autres demeurant jusque-là quelque peu dispersées. « On s’est demandé s’il y avait un grand fleuve africain qui jetait sur la Seine le puissant courant d’écritures africaines ». La NRF pourrait, sinon être ce fleuve, du moins en constituer un des affluents majeurs, un peu dans la continuité de ce qu’elle avait fait récemment auprès des grandes voix de la créolité (Chamoiseau, Confiant, Glissant...). »(Extraits. Références complètes sur le site : www.gallimard.fr) Voilà le projet éditorial de la collection continents noirs. On peut y observer qu’il inclut bien la possibilité de se faire publier dans la blanche(NRF) pour des écrivains africains ce qui ne relève donc pas d’un fait exceptionnel. La question qu’on pourrait donc se poser au vu de ces éclaircissements est la suivante :Pourquoi est ce que les auteurs africains n’y sont pas directement publiés ?. Est ce que la collection continents noirs est une classe préparatoire ?.Ou alors est ce que Gallimard guette simplement l’émergence d’un courant littéraire original africain pour lui ouvrir les portes de la NRF ?

  83. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 13 mars 2006 à 03:17

    Bonsoir Samy (et tous les villageois du blog Mabanckou) !

    Excusez moi, après ma dernière intervention, j’avais éteint mon ordinateur pour m’occuper de mes enfants et leurs invitées. Ma troisième fille (Zola) a eu huit ans aujourd’hui.

    Avoir la Passion du livre ne signifie pas ignorer la règle la plus élémentaire du commerce (vente des livres) qui est LA RENTABILITE. Sinon on parlera de passion aveugle. Car cette PASSION-FOLIE est véritablement un acte de décès de l’éditeur. Vous le reconnaissez vous même : « les pauvres qui publient tant de livres dont 90% sont invendables ou invendus, les éditeurs dont pour certains c’est une passion, certains petits éditeurs mettant dans l’édition leur héritage personnel, s’interdisant de vivre décemment pour tenter de faire découvrir des auteurs qu’ils estiment de talent ». Ces éditeurs que vous décrivez, ne connaissent pas leur travail malgré leur PASSION (louable et encourageable) pour les livres et la découverte des nouveaux talents. Si ces éditeurs ont 90% des invendus, comme vous le dites, cela veut dire qu’ils ont échoué en tant qu’éditeur. Car, quand un éditeur ou un producteur a entre ses mains une œuvre qu’il juge éditable. Cela sous entend que l’œuvre que lui, l’éditeur, a aimé, sera forcement aimée et surtout achetée par suffisamment de gens pour qu’il puisse lui éditeur, récupérer son argent qu’il a investi dans votre livre, puis surtout, RENTABILISER ces investissements (investissements financier, physique, temporel...). Et c’est normal qu’il rentabilise ses investiments. Si vous trouvez que c’est UN CRIME le fait que l’éditeur rentabilise son investissement, pourquoi alors n’investissez pas vous même dans votre livre ? Puisque c’est le votre. Bien sur, en bon économe, vous ne ferez pas la bêtise de gaspiller vos économies familiales dans une œuvre dont vous etes sur et certain qu’elle ne se vendra pas. Ce n’est pas étonnant que l’œuvre soit invendable puisqu’en l’écrivant, vous ne vous étés pas évertuer à ce qu’elle soit vendable. Vous ne vous etes pas demandez ce qui intéresse ou ce qui attire vos futur nombreux lecteurs-acheteurs. Vous avez sciemment ignoré les notions fondamentales du marketing. Certains de nos écrivains africains vont jusqu’à écrire un roman en un français de thèse de doctorat, ignorant complètement que la quasi-totalité des lecteur-acheteurs potentiels n’a jamais été a l’université. Vous n’avez pas besoin de gagner l’argent par votre livre. Vous gagnez bien votre vie ailleurs comme la plupart de nos grand écrivains. Le poète Tati Loutard est ministre depuis plus de vingt ans (il n’a pas besoin que son livre soit vendable). Makouta Mboukou aussi est ancien ministre. Henri Lopes est ambassadeur et ancien premier ministre. L’argent n’est pas leur problème. Alain Mabanckou est professeur à l’Université du Michigan-Ann Arbor. Il gagne bien sa vie. Enfin, suffisamment bien. Et pourtant il ne tient surtout pas a être invendable car il sait, lui, qu’une œuvre qui se vend, c’est une œuvre que les gens lisent. Je cite Alain Mabanckou : « Blaise, l’écrivain cherche un public, le plus large possible. Et si un éditeur peut le lui procurer - par une diffusion étendue du livre et une promotion conséquente -, que demander de plus ? Et puis, les auteurs rêveront toujours de publier dans les plus grandes et prestigieuses maisons d’édition. Ce qui est tout a fait normal. Le journaliste qui travaille a Africa International sera heureux d’aller travailler au Monde, a Liberation ou au New York Times ! »

    Es-ce UN CRIME de reconnaître que le journaliste de New York Times est plus lu et gagne mieux sa vie que son collègue d’ Africa International ?

    La charité littéraire des éditeurs spécialistes (volontairement ou involontairement) en EDITION DE LIVRES INVENDABLES n’est possible que si ces éditeurs ont dans leur catalogue, des livres ou ils pratiquent à fond le principe de RENTABILITE.

    Aux jeunes écrivains Africains et aux écrivains en herbe je dis ceci :
      écrivez nous des œuvres vendables et donc rentables pour vos éditeurs afin que ces derniers vous payent a votre juste valeur. Ce qui vous permettra, vous qui n’etes pas ministres ou professeur a l’université, de pouvoir gagner suffisamment bien votre vie tout en vous occupant de votre famille et de vos parents, frères et sœurs, neveux, oncles, tantes, grands parents...car c’est cela, la réalité Africaine. Réalité de plus en plus cruelle pour ne pas dire injuste avec les incompétences notoires de nos dictateurs délinquants qui sont fières d’avoir transformé nos pays en PPTE ;
      ECRIRE est un métier. Maîtrisez ce métier. Comme tous les métiers, celui-ci doit être très pris au sérieux car il peut faire de vous un ECRIVAIN MILLIONNAIRE. Simenon, I Flemming, Cartland...et même beaucoup d’auteur de Harlequin sont millionnaire ;
      Si vous ne trouvez pas d’éditeur, ne désespérez pas. Retravaillez encore et encore votre œuvre. Recherchez encore un éditeur. Si vous ne trouvez toujours pas, pourquoi ne pas l’éditer vous même ? Vous gagnerez plus car vous serez a la fois éditeur et écrivain. Mais attention, être éditeur c’est aussi un métier. Apprenez-le puis foncez.

    Je terminerai par les quinze commandements de l’écrivain que donne l’écrivain OAKLEY HALL : 1- Ecris tous les jours. 2- Observe et écoute. 3- Utilise tous tes sens. 4- Utilise des verbes forts. 5- Des détails ! 6- Sache que la spécificité battra toujours l’abstraction. 7- Mets de l’action. 8- Abonne-toi a des mots forts. 9- Apprends a dramatiser la fiction. 10- Ecris des dialogues courts. 11- Apprends a traquer les faiblesses dans tes écrits. 12- Attentions aux clichés et aux idées vagues. 13- Ne confondez jamais intrigue fouillée et obstacle dans un récit. 14- Dans tes corrections, apprends a supprimer les adverbes. 15- Inspire-toi des autres, mais reste toi-même.

    Maintenant, au travail, les enfants (j’ai 43 ans, ma fille aînée en a 22). Le temps de la littérature seulement ‘hobby’ est dépassé comme était dépassé le temps du football ou de la musique seulement ‘hobby’. La littérature profession a pris sa place. C’est a vous de devenir des Samuel Etoo, Drogba, Abedi Pele, George Wea, Youssou N’dour et Mori Conte (+ de 1 million d’exemplaire vendu) de la littérature africaine. Mondiale.

  84. Posté par Francis Le Hérissé, le 13 mars 2006 à 05:18

    ce lundi 13 mars, il est 5h05 et permettez-moi svp, un hors-propos pour ne pas écrire hors-sujet puisqu’il n’en est rien. Je viens seulement de suivre l’excellent débat de "cultures et dépendances" rediffusé tout à l’heure à 3h30 et je voudrais en rapporter une copie à Brazza où je repars bientôt. Il y avait là matière à de nombreuses et fructueuses palabres pour les Clubs de lecture lycéens de la Bibli de Ouenzé. Mais je n’avais plus de cassette et n’ai pu l’enregistrer. Quelqu’un de vous peut-il m’en faire parvenir une copie ou m’indiquer le moyen d’en trouver une ? en m’écrivant à : francis.le-herisse@wanadoo.fr pour la marche à suivre...grand merci d’avance

  85. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 13 mars 2006 à 05:27

    Mon cher Sami

    Vous aimez citer l’exemple de Sony Labou Tansi sans pour autant expliquer clairement pourquoi cette entorse au principe de rentabilité des éditions du Seuil. Supposons que vous avez raison. Précisez aux jeunes écrivains que Sony Labou Tansi est grand écrivain. Un écrivain de génie. Et les génies ne sont rares. Ce n’est pas parce que vous jouez tous les jours au football avec un doctorat de football que vous rivaliserez Abedi Pele, George Wea ou Milla. Mais je dis tout de suite que je ne crois pas un seul instant que Sony Labou Tansi était, comme vous le dites si souvent, INVENDABLE. L’œuvre de celui que les Editions du Seuil considèrent « comme l’un des écrivains les plus importants du continent africain » est présente dans toutes bibliothèques Francophones, même moi qui vit aux Pays-Bas, je trouve ses livres dans les bibliothèques Néerlandaises de petites villes. Les éditions du Seuil, a moins qu’elles ne vous mentent, atteint son objectif de rentabilité. Comme les écrivains Africains n’ont pas d’agent littéraire, on peut aisément leurs faire croire que leurs œuvres ne se vendent pas pour mieux les escroquer. Et oui, même les Blancs sont des voleurs. Il n’y a pas que le dictateur Sassou N’guesso et ses sbires que volent. Les Chirac aussi. Les éditeurs aussi volent. Les bibliothèques et les petits cercles universitaires comme vous le dites, suffise, a mon avis, pour atteindre la rentabilité. Pour un livre vendu a 15 euro (Le commencement des douleurs) avec 1000 exemplaires ils ont 15.000 euro. Le Seuil ne me fera jamais croire que Sony Labou Tansi ne dépassait pas 3000 exemplaires. Croyez vous que la création du Prix Sony Labou Tansi et l’inauguration de Sony a Limoge ne se concrétisent pas par l’achat de quelques livres de Sony ? Dans ces conditions on ne peut pas parler de charité ou de l’humanisme des Editions du Seuil par rapport a Sony Labou Tansi. Les homme d’affaire parleront de FLAIR. Flair littéraire et flair financier. Leur auteur est toujours d’actualité et donc vendable 10 ans après sa mort. QUEL FLAIR FINANCIER ! SACRE SEUIL !

    JEAN-MARCEL BIKOUTA NKAOULOU

  86. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 13 mars 2006 à 05:46

    Je voulais dire : Sony Labou Tansi est un grand écrivain. Un écrivain de génie. Et les génies sont rares.

    J.M. BIKOUTA NKAOULOU

  87. Posté par Jean-Marcel Bikouta Nkaoulou, le 13 mars 2006 à 06:17

    Vous avez peut-être une part de vérité. Mais ce que je sais, Sami, c’est que, les œuvres traduites sont souvent celles qui ont fait preuve de leur rentabilité. En tout cas c’est souvent le cas pour les traductions que je lis.

    Savez-vous, sami, que les Editions harlequin par exemples sans passer par les librairies, elles arrivent a écouler, chaque mois des millions d’exemplaires. Et puis comme vous le dites bien, « aujourd’hui on achète aussi en ligne, alors... » c’est peut-être la une occasion en OR pour les petites maisons d’éditions Africaines et pour les éditions dont l’objectif premier n’est pas ‘la rentabilité’.

    JEAN-MARCEL BIKOUTA NKAOULOU

  88. Posté par Boris, le 13 mars 2006 à 07:21

    Mais vous sortez d’ou comme ca mon cher JM Bikouta ? En tout cas vous cassez vraiment la baraque avec vos interventions. Je trouve que vous avez raison concernant Sony. Oui Sami a trop tendance a miniminiser l’impact de Sony sur l’aspect economique(pas le talent soyons clair) de son oeuvre. Comme vous le dites et comme je l’ai toujours soutenu plus d’une fois,un editeur publie un livre dans l’espoir qu’il puisse lui rapporter des sous aussi(surtout) en dehors de tous les aspects litteraires et consort. Comme l’a bien dit Bakima, le seuil grand editeur francais depuis la nuit des temps ne va tout de meme pas se permettre de publier six romans d’un ecrivain negre qui ne vend pas. Ca non plus on ne peut pas me le faire croire. Peut-etre que tous les romans de Sony ne se sont pas tres bien vendu, mais on ne va pas me dire que parmi ses six romans publies au Seuil, meme pas deux ne se sont vendus a plus de 5000 ex(d’ailleurs si quelqu’un du seuil peut nous eclairer sur la question ca couperait court au debat puisque Sony lui meme ne peut plus le faire).Et puis meme si on dit que Sony est bien connu que dans le milieu des specialistes, ca ne veut pas dire qu’il ne vendait pas bien. Ce qu’on semble oublier c’est que pour un g