Lancement du SAMU Social Pointe-Noire

Vers une tentative de règlement des problèmes liés aux "enfants de la rue"

C’est au cours d’une brève mais chaleureuse cérémonie qu’en ce 15 mai 2006, le SAMU Social Pointe-Noire à été lancé en présence de Madame Emilienne Raoul, ministre de la Solidarité, de la Famille et des Affaires Sociales, des membres du conseil municipal de Pointe-Noire et des divers arrondissements de la Cité Océane, sans oublier la présence de Monsieur Xavier Emmanuelli Président Fondateur de SAMU Social International venu tout exprès.

Le problème des enfants de la rue ne peut échapper à personne dans la capitale économique. Ces gosses sans parents ni toit passent leurs journées entières à mendier dans tous les coins de la ville dans l’agacement des passants qui la plupart du temps les méprisent et tentent de les ignorer. Le phénomène s’amplifiant a poussé la mairie à rechercher des solutions de prise en charge et de démarginalisation de cette population fragile et dangereuse tant pour elle-même que pour le reste des citoyens.

C’est ainsi qu’un partenariat s’est mis en place avec l’Association SAMU Social International, déjà en place en France et dans de nombreux pays de part le monde. Cette ONG vient à Pointe-Noire partager son expérience et son savoir faire.

JPEG - 41.7 ko
Mrs Rolland Bouity Viaudo, Xavier Emmanuelli et Mme Emilienne Raoul

La ville de Pointe-Noire en quelques mots

Pointe-Noire est située au sud de la République du Congo. De par sa situation géographique, la ville de Pointe-Noire s’ouvre sur l’extérieur par son port en eau profonde et par l’aéroport international Agostinho-Neto. Elle communique avec le reste du pays par le Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO) et les route nationales 2, 5 et 6.

La ville est la deuxième du pays en raison de son importance économique (c’est notamment la ville du pétrole) qui lui confère le nom de capitale économique du Congo, et du chiffre de sa population estimée aujourd’hui à plus de 800.000 habitants.

En une dizaine d’années, cette population a sensiblement augmenté. En dehors de la croissance naturelle, deux facteurs ont prévalu ici : d’une part le fait que de nombreux déplacés des guerres civiles successives que le Congo a connues dans l’intervalle ont fini par s’y installer, preuve que la réputation de Pointe-Noire comme havre de paix au Congo est largement méritée ;d’autre part l’attrait que la ville exerce, principalement sur ceux qui sont en quête d’un emploi, de conditions de vie meilleures ou d’aventures. Tout cela réuni explique en bonne partie l’ampleur prise par le phénomène des enfants de la rue à Pointe-Noire.

« J’ai faim ! J’ai faim ! » [1]

Cet après-midi, Mélène se promène avec ses parents dans le centre-ville de Brazzaville. Près des magasins, une bande d’enfants, pieds nus, en haillons, s’accrochent aux passants. Ils tendent la main, l’air triste : « J’ai faim ! j’ai faim ! » Parfois, ils reçoivent un peu d’argent.

Mélène est bouleversée. De retour à la maison, elle demande à son père :
  Papa ! Pourquoi ces enfants-là ne mangent-ils pas chez eux ?
  Chez eux, c’est la rue, ma fille. Ce sont des enfants abandonnés par leur famille. Personne ne s’occupe d’eux.

Mélène pose une autre question :
  Même le gouvernement qui connaît nos droits ? Son père demande :
  Lesquels ? Mélène répond :
  Le droit à la protection contre toute forme de négligence ; le droit à une alimentation saine et à un logement ; le droit à des soins médicaux ; le droit à l’éducation. II faut faire quelque chose, papa !

Emu, son père la regarde et dit :
  Tu as raison : il faut faire quelque chose pour ces enfants.

I- INTRODUCTION

En 1979, la Ville de Pointe-Noire découvre son premier enfant de la rue, le dénommé Marius. Quelques années plus tard, ce qui semblait jusque-là être une exception, devient une réalité insistante.

Pour s’en faire une idée, il est bon, tour à tour, de dresser le rapide profil des enfants de la rue, de voir l’importance du phénomène à travers leur situation à Pointe-Noire, avant de considérer la recherche des solutions, avec un accent particulier mis sur le projet de SAMU Social porté par la Municipalité de Pointe-Noire.

II- QUI SONT LES ENFANTS DE LA RUE ?

Selon l’International Rescue Committee (IRC) et ses

JPEG - 18.5 ko
Nuit ordinaire

partenaires, l’enfant de la rue ne dort pas forcément sur les trottoirs des rues. II dort souvent hors de la rue, dans un bâtiment abandonné, dans un trou près d’une rivière ou même dans un local privé où il paye une petite somme d’argent. C’est donc un enfant qui a quitté ses parents, sa famille et qui dort sans la supervision d’un adulte.

JPEG - 16.5 ko
Nuit ordinaire (bis)

On trouve ainsi parmi les enfants de la rue des orphelins d’un seul parent ou des deux, des enfants abandonnés, des enfants victimes de maltraitance et de discriminations, des enfants issus de familles pauvres ou disloquées, des enfants souffrant d’un handicap physique ou mental, des enfants étrangers, surtout en provenance de la République Démocratique du Congo (RDC) et venus à Pointe-¬Noire « tenter leur chance »...

III- SITUATION DES ENFANTS DE LA RUE A POINTE-NOIRE

1- Les facteurs à l’origine du phénomène des enfants de la rue

Ces facteurs sont multiples. Ils ont fort bien été résumés par l’Enquête sur l’enfance vulnérable en milieu urbain et semi urbain au Congo (Brazzaville, septembre 2003) : « Ces phénomènes [de l’enfance vulnérable] s’expliquent en partie par la mondialisation de l’économie, les crises socio-économiques et politiques, la pauvreté, le VIH-SIDA, la crise des valeurs et la démission parentale ».

JPEG - 13.2 ko
Mendicité

C’est dire que, dans notre pays, la pauvreté qui s’est installée depuis des années, surtout depuis la dévaluation du franc CFA ; les guerres civiles à répétition, avec leur lot de désordres, de destructions, de morts, leurs cortèges de déplacés ; les ravages provoqués par le SIDA qui, comme les guerres, engendre des orphelins partiels ou totaux ; le relâchement des liens entre membres d’une même famille ; les violences entre conjoints et celles dont les enfants sont victimes de la part des parents ou des tuteurs... tout cela a fait naître et renforce le phénomène des enfants de la rue.

2- Leur nombre

Le recensement effectué par l’IRC et ses partenaires dans les deux grandes villes de Brazzaville et de Pointe-Noire en 2003, a permis d’atteindre 497 enfants de la rue à Pointe Noire, dont près de 48% étaient originaires de la République Démocratique du Congo (RDC). Se basant sur le fait que ceux qui étaient chargés de ce recensement n’ont pas pu accéder à toutes les caches des enfants (le recensement s’est effectué de nuit entre 23h et 3h du matin) et que beaucoup d’entre eux ont refusé, par méfiance instinctive, de se faire recenser, l’IRC et ses partenaires ont estimé leur nombre total à environ 800 enfants de la rue.

Certains, surtout parmi les assistantes sociales, de même que le directeur du Centre d’accueil des Mineurs de Mvou-Mvou ( Caritas ), pensent que ce chiffre est exagéré étant donné qu’un nombre appréciable d’enfants de la rue, qui revenaient de Brazzaville, y sont retournés dans l’intervalle en empruntant dans leur grande majorité les trains de transport de marchandises, dès que le trafic a été de nouveau rendu possible sur la voie ferrée entre la Capitale et Pointe-Noire. C’est pourquoi les personnes précitées considèrent que le nombre réel d’enfants de la rue ne devrait pas excéder aujourd’hui le chiffre de 400 (quatre cents) à Pointe-Noire, soit la moitié de l’estimation globale de l’IRC et ses partenaires.

Voici les résultats, sous forme de tableaux, du recensement effectué par l’IRC et ses partenaires en janvier 2003 (in Recensement et Enquête sur les Enfants de la Rue, Brazzaville et Pointe-Noire Roc - Rencontres des Rues).

Résultats du recensement à Pointe-Noire :)

Répartition des enfants selon leur origine :

ProvenanceNombre%
Kinshasa18447,67%
Pointe-Noire8622,28%
Tié-Tié266,74%
Mvou-Mvou123,11%
Loandjili318,03%
Lumumba61,55%
Brazzaville7519,43%
Makélékélé215,44%
Bacongo184,66%
Poto-Poto61,55%
Moungali61,55%
Ouenzé71,81%
Talangaï71,81%
Autre (Pool)4110,62%
TOTAL386100,00%

A la date du recensement, près de 48% des enfants de la rue étaient originaires de la République Démocratique du Congo (RDC). On remarquera aussi le pourcentage très élevé des enfants en provenance de Brazzaville et de la région du Pool prises ensemble : 30,05 au total, ce qui en fait la deuxième origine en importance.

répartition selon l’âge des enfants :

Arrond.0-45-89-1213-1516-1819-21Total%
Lumumba0031720276716.58%
Mvou-Mvou00338491910926.98%
Tié-Tié023030481013029.70%
Loandjili1167197410826.73%
Total1134292136130414100%
%0.25%0.74%10.40%22.77%33.66%32.10%100%

La tranche d’âge la plus importante est ici celle des 16-18ans (33%), suivie de celles des 19-21 ans (31%) et des 13-15ans (22%).

Répartition selon le sexe des enfants :

ArrondissementGFTotal%Filles
Lumumba670670
Mvou-Mvou992912822,7
Tié-Tié19111920,52
Loandjili10191108,18
Total458394977,85

Le pourcentage des filles concernées est bas, en regard de celui des garçons. Cette disproportion se reflète malheureusement dans les structures d’accueil où presque rien n’est prévu pour les filles en tant que telles.

3- Leur répartition géographique

Les enfants de la rue se rencontrent le jour et surtout la nuit à Pointe-Noire, déjà dans l’arrondissement n°1 et dans les endroits suivants : au marché central, dit « grand marché » ; dans la cour du siège de l’Inspection primaire « Kamdato » ; à Tchinouka, vers l’église catholique Saint-Pierre (où l’on note la présence des filles) On les trouve en grand nombre dans l’arrondissement n°3 Tié-Tié, notamment dans les marchés du « fond de Tié-Tié », dont le fameux marché « Dubaï » où se vendent les biens de consommation les plus divers à des prix considérés comme défiant toute concurrence.

Dans l’arrondissement n°2 Mvou-Mvou, leur endroit de prédilection est le bord de mer qui les attire surtout pour l’opportunité qu’ils ont de gagner de l’argent et de se procurer du poisson en aidant les pêcheurs dans leurs différentes tâches. Ici, on trouve aussi des filles qui viennent souvent pour d’autres raisons que les garçons.

L’arrondissement n°4 Loandjili n’est pas en reste de ce point de vue. On y remarque la présence des enfants de la rue dans et autour des marchés qui y sont implantés.

Résultats du recensement par Arrondissement à Pointe-Noire

ArrondissementTotal%
1Tié-Tié19238.6%
2Mvou-Mvou12825,8%
3Loandjili 11022,1%
4Lumumba6713,5%
Total497100,00%

La hiérarchie entre arrondissements, par rapport au phénomène considéré, apparaît nettement ici.

IV- LA RECHERCHE DES SOLUTIONS

II va sans dire que l’existence des enfants de la rue au Congo en général, et à Pointe-Noire en particulier, interpelle la collectivité que nous constituons. Vivre dans la rue comporte de nombreux dangers pour les enfants. II y sont en insécurité permanente, exposés, entre autres, à la violence, à la drogue, aux maladies, dont le Sida. Sans oublier les dommages qu’eux - mêmes peuvent causer aux autres.

JPEG - 24.8 ko
Petit boulot : laveur de voitures

L’Etat, dont la politique sociale souffre d’un manque cruel de moyens, a pris un ensemble de disposi¬tions d’ordre technique, administratif et juridique pour permettre à la société civile et à d’autres acteurs d’intervenir dans ces matières. C’est ainsi ’ que le phénomène des enfants de la rue à Pointe-Noire a déjà fait l’objet d’initiatives, éma¬nant essentiellement d’ONG et Associations. Bien entendu, d’autres actions peuvent être envisagées pour tenter d’endiguer le phénomène, à l’instar du projet que nourrit actuellement la Municipalité de Pointe-Noire de créer un SAMU Social qui s’occuperait des enfants de la rue.

1- Les initiatives existantes

Deux d’entre elles sont particulièrement à signaler : le Centre d’accueil des Mineurs de Mvou-Mvou (Caritas) et Espace Enfants.

a- Le Centre d’accueil des Mineurs de Mvou-Mvou et sa Maison d’écoute

Le Centre d’accueil des Mineurs de Mvou-Mvou est le fruit d’une convention signée entre l’Eglise catholique et le gouvernement congolais, le 4 avril 1992.

Le Centre fonctionne depuis 1995 sur un site attribué

JPEG - 17.8 ko
Centre d’apprentissage

par la municipalité. Sur une capacité totale d’accueil de 100 enfants, le centre en héberge actuellement 12, dont 2 filles placées chez les soeurs salésiennes à Mpaka.

Dans l’objectif général de réinsérer les enfants de la rue au plan socioprofessionnel, le centre mène les activités suivantes : remise à niveau scolaire, apprentissage des métiers (mécanique auto, tôlerie, peinture, couture, soudure, menuiserie, broderie, coiffure).

Des cas de réinsertion réussie en famille d’origine ont été enregistrés. Quant à la maison d’écoute, elle est fréquentée de jour par les enfants de la rue (une cinquantaine, de 8 à 15 ans) qui viennent y parler de leurs problèmes avec l’éducateur spécialisé et qui peuvent y manger, prendre un bain, se soigner, pratiquer des jeux, garder leur argent et leurs habits dont ils sont souvent dépouillés dans la rue.

b- Espace Enfants

Cette institution a été fondée par des personnes privées qui se sont depuis organisées en « Association Espace Enfant » (AEE). Celle-ci gère le Centre d’accueil et de rencontre pour enfants (CARE) qui a pour vocation l’accueil et l’hébergement des enfants en grande vulnérabilité. II s’agit de sortir les enfants de la rue en vue de les réinsérer, le moment venu, dans leur famille d’origine, dans une famille d’accueil ou adoptive.

Le recrutement des enfants se fait soit par placement du juge des enfants, soit par le biais de la police, soit par le retrait direct des familles à risque.

Les effectifs sont de 25 enfants de 6 à 21 ans, dont 17 internes parmi lesquels 7 filles placées chez les soeurs salésiennes ; 1 garçon est pris en charge par un centre partenaire (un internat privé). Certains enfants sont placés dans des structures soeurs pour l’apprentissage des métiers. Pour les plus jeunes, l’enseignement élémentaire est assuré sur place.

Le financement du CARE, qui connaît une baisse sensible, est pour l’essentiel constitué de dons et legs.

D’autres initiatives plus ou moins structurées, plus ou moins cohérentes sont prises par des citoyens seuls ou par des associations à travers la ville.

c- Forces et faiblesses de ces expériences

Les forces

Les initiatives existantes résultent d’une prise de conscience salutaire du phénomène des enfants de la rue à Pointe-Noire.

Cette prise de conscience a permis à son tour la connaissance du phénomène dans ses différents aspects, ce qui a abouti, pour essayer de faire face à cette nouvelle situation, aux initiatives en question.

Les formations professionnelles et scolaires dispensées visent la réinsertion sociale des enfants (surtout dans sa dimension familiale) dont témoignent un certain nombre de cas couronnés de succès.

Par ailleurs, une réflexion a été entamée en vue de la mise en réseau des différents intervenants dans ce domaine.

Les faiblesses

Ces éléments positifs sont cependant contrebalancés par :

  le financement très aléatoire de ces structures qui engendre des difficultés de plus en plus grandes dans l’approvisionnement en vivres, la grave dégradation des conditions d’hygiène et des soins de santé prodigués aux enfants ;
  l’absence d’animateurs disposant des compétences nécessaires sur le terrain. Jusqu’à présent, aucune politique de formation des encadreurs spécialisés n’a été initiée ;
  la promiscuité, du fait de l’exiguïté de l’espace et de la modicité des moyens, entre garçons et filles, entre enfants encore dans la rue et enfants en cours de réinsertion ;
  le manque de structures propres aux filles et, de manière plus générale, l’absence de maîtrise du problème spécifique des filles ;
  le manque de loisirs ;
  le manque de cadre formel de collaboration entre les différents partenaires, entre les structures d’accueil et les structures publiques, notamment les écoles, les hôpitaux, les services sociaux, etc. ;
  le caractère complexe des procédures de réinsertion familiale qui supposent pour leur réussite un accompagnement psychologique, matériel et financier.

2- Le projet de SAMU Social de la Mairie de Pointe-Noire : aspects généraux

Pour apporter sa contribution à la résorption de ce phénomène, la Municipalité de Pointe-Noire voudrait mettre en place une structure orientée vers les enfants de la rue, cela en partenariat avec le SAMU Social International présidé par le Docteur Xavier Emmanuelli, et dont le siège se trouve à Paris, en France.

L’objectif central de ce projet est de réaliser la réinsertion sociale des enfants de la rue, principalement en les formant à divers métiers (menuiserie, mécanique, plomberie, ferblanterie, tôlerie soudure, agriculture...)

Souhaitant tirer les leçons des expériences locales précitées, la Mairie de Pointe-Noire aimerait renforcer l’action en leur faveur, avec l’aide du SAMU Social International, principalement dans quatre directions : les centres d’accueil, les maisons d’écoute, les rondes nocturnes dans les quartiers et sites où se retrouvent les enfants de la rue, la formation des agents en charge des enfants.

S’agissant particulièrement de la formation des formateurs, il va de soi que la mise en place d’un tel dispositif au bénéficie des enfants de la rue suppose l’intervention d’animateurs ayant subi une formation adéquate. II s’agit des éducateurs spécialisés, des assistantes sociales et des autres intervenants tels les psychologues. A ce jour, aucun psychologue n’est à la disposition des initiatives existantes.

L’expérience acquise dans ce domaine de la formation des formateurs par le SAMU Social International serait ainsi d’une très grande utilité pour le projet de SAMU Social que la Municipalité de Pointe-Noire veut réaliser, et pour les autres acteurs déjà engagés sur le terrain de la lutte contre l’exclusion sociale.

Bien entendu, le projet de SAMU Social de la ville de Pointe-Noire désire éviter les écueils rencontrés par les initiatives existantes, par exemple en se préoccupant de son propre financement afin de lui assurer viabilité et durée ; en prenant en compte le problème spécifique des filles qui, par la force des choses, se retrouvent souvent en promiscuité avec les garçons, avec les inconvénients et les dangers que cela comporte pour elles ; en faisant le nécessaire pour qu’il y ait une véritable coordination au niveau local entre tous ceux qui sont impliqués dans l’action en direction des enfants vulnérables ; en favorisant le parrainage des enfants à titre préventif ou au moment de leur réinsertion dans les familles d’origine ou d’accueil ; et en nouant des liens formels avec les structures publiques (écoles, hôpitaux, services sociaux ...) qui devront être mises à contribution dans cette grande entreprise sociale.

V- CONCLUSION

Ce projet de SAMU Social en faveur des enfants de la rue tient particulièrement au coeur de la Municipalité de Pointe-Noire et représente pour elle un défi qu’elle entend relever avec le précieux concours du SAMU Social International et des partenaires locaux qui pourraient manifester de l’intérêt pour cette initiative. Visant la réinsertion sociale de cette catégorie d’enfants en difficulté, il ambitionne d’être l’un des volets les plus significatifs de la politique sociale menée par le Conseil Municipal depuis sa prise de fonctions en février 2003. C’est pourquoi la Mairie de Pointe-Noire est prête à tout mettre en oeuvre pour son aboutissement.


Rolland Bouity Viaudo répond aux journalistes à propos du SAMU Social Pointe-Noire

Par Alain Shungu (RFI), Daniel Lobé Diboto et Ya Sanza (Congopage)

Alain Shungu : Vous venez de faire une grande première au Congo. Qu’est ce que vous comptez réellement faire, maintenant que vous avez lancé ce projet, car on connaît des projets qui ont accouchés d’une souris.

Roland Bouity Viaudo : Merci, je pense que, si nous avons lancé ce projet de SAMU Social Pointe-Noire, à l’effet d’assister les enfants de la rue. C’est bien parce que nous avons l’intention et la ferme détermination de résoudre un problème : la situation des enfants de la rue.

Nous avons observé au niveau du conseil municipal de la ville de Pointe-Noire qu’il s’agit là d’un phénomène qui prend de l’ampleur. Il nous fallait donc trouver des solutions. Nous avons pensé que seuls, nous ne pouvons pas avoir l’expertise et la maîtrise pour régler ce problème. C’est ainsi que nous nous sommes tournés vers les professionnels du SAMU Social International qui a accepté de co-parrainer le lancement de cette association dénommée SAMU Social Pointe-Noire.

A.S. : Monsieur le Maire, il est vrai que vous bénéficiez du parrainage du SAMU Social International, mais on sait qu’un tel projet exige du personnel, la logistique et surtout la volonté. Vous me direz que la volonté, vous l’avez, preuve en est le présent lancement, mais possédez-vous le personnel et la logistique ?

RBV : Nous avons le personnel, il est opérationnel puisque depuis une semaine il est à pied d’œuvre. Nous avons aussi la logistique, vous avez vu cet après midi la présentation du premier véhicule. Il a été acquis sur fonds propres. Les fonds mobilisés par le SAMU Social Pointe-Noire proviennent pour 50% d’une participation de la municipalité de Pointe-Noire et pour 50% de donateurs, d’entreprises privées et d’ONG. On peut dire que la logistique est assurée et que cette activité peut démarrer en toute sérénité.

A.S. : Comment pensez-vous vous y prendre pour réinsérer les enfants qui se trouvent dans la rue et empêcher que d’autres prennent leur place ?

RBV : Il sera certainement très difficile d’éradiquer le phénomène, nous avons la ferme volonté de le réduire de façon conséquente. C’est pour cette raison que nous avons pensé qu’en associant l’expertise d’une association internationale et d’autres partenaires privés et ONG, nous aurons certainement un ensemble d’opérateur qui donneront plus de chances à la réussite de ce projet.

A.S. : Avez-vous recensé les enfants de la rue et à quel nombre les estimez-vous dans votre ville ?

RBV : Aujourd’hui, à Pointe-Noire, nous avons dénombré environ 600 enfants que nous retrouvons régulièrement dans différents sites. Nous avons aussi constaté qu’une bonne partie d’ entre eux fait la navette entre Pointe-Noire et d’autres villes de la république. Dans le même contexte, une catégorie des enfants traverse la frontière de la RDC. Lorsqu’on les recense nous retrouvons domiciliés à Pointe-Noire entre 45 et 50% d’enfants de la rue originaires de RDC. Ils n’en sont pas moins enfants de ce monde et nous avons aussi le devoir de nous en occuper.

Daniel Lobé Diboto : Monsieur le maire, quel est à ce jour le niveau d’avancement de l’aménagement des structures de réinsertion ?

RBV : En ce qui concerne la réinsertion, il s’agit d’un second volet. Il va consister en la création d’un certain nombre de structures de formation et d’encadrement de ces jeunes, une fois que la partie sanitaire sera réglée et que ces enfants seront dans un environnement sécurisé, nous les orienterons vers des centres de formation ou d’éducation. Le conseil municipal de la ville de Pointe-Noire va lancer un projet de réalisation d’un centre agro pastoral, et la chambre de commerce de Pointe-Noire va lancer un centre des petits métiers. Nous pensons là que ce seront les premiers centres qui accueilleront les jeunes en vue de leur réinsertion future.

D.L.D. : Ne craignez-vous pas que les familles en détresse ne profitent de cette opportunité pour abandonner encore plus facilement des enfants dans la rue ?

RBV : Il est quand même difficile aux parents de mettre leurs enfants dans la rue, je pense que ceux qui y sont ont certainement des raisons plus profondes, pauvreté, soit qu’ils aient été abandonnés par des parents ayant quitté Pointe-Noire ou encore ce sont des contingents qui quittent la RDC pour Pointe-Noire pour cause de conflit. A mon avis les parents qui ont des revenus suffisants n’abandonnent pas leurs enfants.

D.L.D. : Avez-vous un message à l’endroit des parents qui malgré tout ont des enfants qui vont vers la rue ?

RBV : Le message qu’on peut leur adresser est de prendre leurs responsabilités. Ces enfants qu’ils abandonnent sont les leurs. Il est incompréhensible qu’un père ou une mère agisse ainsi. Nous devons leur demander de faire preuve de plus de sens familial pour que ces parents s’occupent valablement de leurs enfants.

Ya Sanza. : Certes, des parents abandonnent leurs enfants, mais il existe aussi des enfants qui pour des raisons diverses fuguent de leur foyer. Qu’auriez-vous à dire aux parents de cette catégorie d’enfants ?

RBV : Nous ne pouvons que leur demander de se rapprocher de nous afin que nous puissions les aider à ce que les enfants rejoignent le foyer. La cellule familiale possède une chaleur bien plus favorable que la rue. C’est le seul moyen que nous possédions pour donner à ces enfants une chance de réussite.


Monsieur Xavier Emmanuelli (fondateur du SAMU Social International) nous répond :

JPEG - 20.9 ko
Xavier Emmanuelli, Ya Sanza, Daniel Lobé Diboto

D.L.D. : Docteur, Congopage vous remercie pour votre disponibilité et d’être venu à Pointe-Noire pour le lancement officiel du SAMU Social Pointe-Noire. Dites-nous ce qu’es le SAMU Social ?

Xavier Emmanuelli : Le SAMU Social est un dispositif mobile qui va à la rencontre des enfants sur leur territoire qui est la rue. Ceci dit, ils ont un territoire de vie spécifique et nous allons à leur rencontre pour leur prodiguer des soins, pour les accompagner sur le chemin de la réinsertion.

D.L.D. : Maintenant que le SAMU Social est lancé à Pointe-Noire, ce qui est un grand défi, quelles en sont les perspectives ?

X.E. : Les perspectives sont d’abord de faire le recensement de ces enfants à Pointe-Noire. Ils sont probablement plusieurs centaines, et d’essayer de se rendre utiles auprès d’eux qui sont en retrait de la société. Ils sont peu visibles, on connaît leur existence, mais la société les ignore. Les perspectives tiennent donc essentiellement dans l’accompagnement. Nous sommes ici de façon pérenne. Tous les dispositifs de SAMU Social que j’ai monté dans le monde ont rendu service à des populations qui étaient ignorées et marginalisées. L’idéal est de prendre de plus en plus de contacts et de donner des soins à cette population qui est malheureusement la plus ignorée et la plus exposée.

D.L.D. : Si je vous demande de faire succinctement le bilan du SAMU Social International dans le monde ?

X.E. : Je dois simplement vous dire que le problème de l’exclusion est un phénomène mondial et c’est un paradoxe, plus les villes se développent, plus elles favorisent certaines formes d’exclusion sur les populations les plus fragile : les vieux, les gens ayant de problèmes psychiatriques et les enfants. Il faut prendre en compte cette donnée, à savoir que le développement des mégalopoles favorise cette exclusion.

Y.S. : Docteur, devant l’extrême détresse devant laquelle se trouve la grande majorité des populations congolaises, ne craignez-vous pas que votre action ne pousse un certain nombre de familles à abandonner leurs enfants en comptant sur vous ?

X.E. : Ce serait quand même là un paradoxe que de savoir que parce que nous existons... J’ai cependant déjà rencontré ce problème à Paris, par exemple avec le SAMU Social, où les hôpitaux refusaient de prendre en charge les grands exclus en considérant qu’il ne servait à rien de les traiter puisqu’ils disposaient dans la rue d’un service à même de les traiter. Je crois cependant qu’il faut lutter contre cette tendance, d’abord nous ne possédons pas d’une grande puissance, nous ne sommes qu’un minuscule dispositif et je pense que les malentendus se dissiperont au fur et à mesure de l’avancée de notre action.

Y.S. : Je pense que les mesures que vous allez prendre pour venir en aide aux enfants doivent être accompagnées de mesures d’éducation des parents ?

X.E. : Oui, c’est un problème de société vrai dans toutes les sociétés, parce que l’on change de mode de vie. On vivait avant dans des sociétés rurales avec des coutumes et des liens très forts. On ne connaissait pas l’exclusion des enfants à proprement parler. Aujourd’hui la donne à changé, on vit en ville et les liens se distendent. Je crois en effet qu’il y a un travail d’éducation et de prévention à faire dans le même temps que l’on apporte des solutions par d’autres mesures. Je suis aussi persuadé qu’il faut faire de l’éducation et que c’est un travail de longue haleine pour tenter de trouver un consensus et vivre ensemble.

[1] (Extrait du livre de Français Horizons d’Afrique, classe de CE1, page 58, éditions INRAP-Congo - EDICEF, 1999 ; livre actuellement au programme à l’école primaire, au Congo)