
Rien de froidement conceptuel dans cette rencontre improbable entre tradition sénégalaise et flamenco resongé. Plutôt l’évidence d’un geste par lequel deux artistes, entre hasard et nécessité, décident soudain de croiser trajectoires et expériences pour se coltiner sans fard à l’altérité et sonder au plus profond leurs questionnements identitaires.
Le résultat est magnifique de poésie instantanée. Jamais, d’une certaine façon, Julia Sarr, aventurant la langue fluide et rugueuse de ses ancêtres, le woloff, aux confins du Cante Jondo de la tradition flamenca, n’a semblé si proche de ses racines sénégalaises, retrouvant comme par magie, dans ce détour, la puissance incantatoire des griots. Jamais Patrice Larose, empruntant autant au jazz qu’aux diverses formes issues de la tradition flamenca de quoi confectionner tout un ensemble d’écrins subtils et raffinés à la voix d’or de Julia, n’a semblé plus maître de son langage syncrétique et naturellement métissé que dans cette confrontation indirecte à l’Afrique.