Le tonnerre grondait, la pluie tambourinait mais il en fallait plus pour les décourager. Les adeptes du grand poète congolais Gérald Felix Tchicaya, Alias Tchicaya U Tam’si, sont venus nombreux pour célébrer le vingtième anniversaire de sa mort.
La soirée débute par un film qui retrace la vie de l’artiste [1]. Des photos sont accrochées sur les murs et des hauts parleurs diffusent des poèmes.

Frédéric Pambou, le président du centre d’études et de civilisation de Loango prend alors la parole et évoque un autre grand homme qui nous a quitté. Papa Césaire, comme Tchicaya U Tam’si a choisi le mois d’avril pour s’éteindre. D’ailleurs « ils ont la même passion, la même révolte, la même palabre », souligne Frédéric Pambou. « Ils ont du naitre parent quelque part, ils ont du naitre bantou quelque part », ajoute t-il avant de demander une minute de silence pour les deux hommes. Fred Pambou insistera sur l’admiration que U Tam’Si avait pour Patrice Lumumba et dont il témoignera en appelant son premier fils, présent ce jour avec sa sœur Sett-Linn, Patrice.
Puis c’est au tour d’Aimée Gnali de s’exprimer. Qui pourrait mieux parler du poète que cette ancienne ministre de la culture qui est, de surcroit, sa cousine ? Une parente mais aussi une collègue de travail à l’Unesco à Paris. Cette grande dame revient sur l’œuvre immense de Tchicaya et sait la vulgariser, la mettre à la portée de tous. Grâce à des chants et des contes Vili, Aimée Ngali décrypte ses poèmes. « Le Congo, c’est la passion du poète », explique t-elle. « Le fleuve, le pays reviennent dans tous ses écrits ». La terre natale de Tchicaya U Tam’si était en effet, l’un de ses thèmes préférés.
Tchitchelle Tchivela, l’air grave et recueilli, confirme. Les femmes et la Mort sont aussi des sujets récurrents. « Ils traduisent toute sa révolte ainsi que sa souffrance », ajoute l’ex-ministre.

Patrice Félix Tchicaya et Germaine Ololo lisent quelques textes. la soirée va vers sa fin. Sett-Linn Louembet Felix-Tchicaya émue se réfugie dans un fou rire, elle appelle son frère et explique à l’assistance qu’ils se sont rencontrés pour la première fois il y a tout juste vingt ans pour les obsèques de leur père. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre.
Germaine Ololo entonne le chant de l’orphelin qui résonne à jamais dans la tête et dans le cœur des amis du grand Tchicaya U Tam’si.
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[1] Tchicaya, la petite feuille qui chante son pays
Léandre-Alain Baker
République du Congo
Ce documentaire est le récit d’une vie atypique, celle d’un des plus grands poètes de langue française de ce temps, Gérald-Félix Tchicaya dit Tchicaya U Tam’si.
Né en 1931 sur la plaine côtière de Pointe-Noire au Congo, il quitte son pays dès l’âge de 15 ans pour la France où son père, Jean Félix Tchicaya, est député. Celui-ci prédestine son fils au métier de magistrat mais l’enfant rebelle quitte l’école avant son baccalauréat pour exercer plusieurs petits métiers et se livrer à l’écriture. À 24 ans, il publie son premier recueil "Le Mauvais sang" et est unanimement considéré comme le poète africain le plus doué de sa génération. Sa voix, qui pourtant refuse de s’associer aux chantres de la négritude, demeure la plus importante qui se soit révélée depuis celle d’Aimé Césaire. En 1960, au moment des indépendances africaines, il met sa plume au service de Patrice Lumumba, mais celui-ci est assassiné.
Meurtri, il revient en France et s’occupe de l’éducation auprès de l’Unesco jusqu’en 1986, date à laquelle il prend une retraite anticipée pour se consacrer entièrement à l’écriture, jusqu’à sa mort en 1988.
Image : François Kühnuel, Assistant : Nicolas Bissi, Textes dits par Edouard Maunick et Matondo Kubu Turé.