Ce jeudi 7 août, Château-Rouge est noir de monde. Tous les rats des nganda sont sur le qui-vive.
Le périmètre de Château-Rouge est une scène de théâtre digne de la Commedia dell’arte. Côté jardin, il y a les épiceries et les échoppes ; côté cour c’est le domaine des nganda avec ses rats de bibliothèque, ses rats d’égout, ses rats de jardin, ses souris domestiques, ses grands maîtres (gros chats aux griffes acérées), ses sapologues ; la concurrence est cruelle entre les différents lieux de production des loisirs.
Alors que je flânais à Paris en compagnie de Ndosho, l’idée est venue à ce dernier de faire escale, rue de Cligancourt, un nganda, un parmi tant d’autres. J’ai été agréablement surpris par l’accueil de Sylvie, camerounaise. La patronne, Marie-Françoise Ngala, congolaise de Brazzaville, est une battante à qui les ficelles de la restauration exotique à Paris n’ont plus de secret.
Chez Poto : c’est le nom de ce restaurant parisien représentatif du concept de nganda congolais. Situé à la limite de Château-Rouge, l’établissement est typique des restaurants tels que les aiment les Congolais de Paris : ni luxe tapageur, ni décor baroque, le juste-milieu, un rez-de-chaussée, une cave, classique aménagement de lieux où se vendent les loisirs et l’ambiance.
Pourtant, déplore la ténancière, les temps sont durs. Le pouvoir d’achat ayant baissé, le chiffre d’affaire a pris un sérieux coup de pilon. Selon les habitués du nganda, la bourse n’est pas la seule cause de la désertification des lieux par les clients. Cette Congolaise originaire de Ouénzé accuse certains habitués des lieux de faire double-jeu, voire de mener une sourde campagne de dénigrement.
"Les gens viennent mais ne restent pas. Alors qu’ils sont là, le téléphone sonne. Les voilà qui quittent les lieux et vont finir la soirée ailleurs, chez les concurrents" déplore-t-elle.
Sur le ton de la plaisanterie, Ndosho, mon guide et ami de la patronne, lui suggère d’améliorer l’accueil et de baisser les prix, voire même de faciliter le paiement par crédit.
"Je pars pour Brazzaville demain, je laisse la direction de l’établissement à Sylvie" planifie Marie-France Ngala qui vient de balayer d’un revers la critique d’un personnel pléthorique. En plus de Sylvie, il y a une serveuse et un cuisinier, Bébé Itambo. "C’est un as de la cuisson" dit, admirative, Marie-France au sujet de ce dernier, un Rdécéen qui semble cumuler plusieurs pouvoirs. Son commentaire est inutile : le mouton grillé dont on se régale avec Ndosho plaide en sa faveur. Et dire que ce n’est même pas le préposé à la cuisine qui a réalisé la succulente recette.
Marie-France Ngala est d’un abord très agréable. Elle n’est pas néophyte dans le champ des loisirs exotiques, diurnes et nocturnes. Avant, l’établissement portait l’enseigne "Etoile d’Afrique" . Le fronton a changé d’appellation. Dans la langue de bois des politiques, Marie-France fait partie des "opératrices économiques", substitut onomastique de "femme d’affaires".
Ouais, elle a besoin d’un coup de main. Entre deux bouchées de grillade de mouton, je lui fais la promesse de parler d’elle dans congopage.com même si, de son propre aveu et à ma grande stupéfaction, elle ne consulte pas les sites internet. C’est le paradoxe de ces patrons africains qui croient se passer de la presse et des médias et s’étonnent de ne pas avoir pignon sur rue. Ah l’Afrique ! Chose promise, chose due. Marie-France, te voila visible au-delà de tes espérances.
Chez POTO, Restaurant. 0142558425, rue de Cligancourt, 75018 PARIS Métro Marcadet Poissonniers.