Docteur Honoris Causa : le latin est un idiome qui cache de précieuses ridicules et donne l’illusion de l’intelligence. Voilà pourquoi Jean-Baptiste Poquelin tourna la langue de Cicéron en... ridicule dans son théâtre. Evitant de s’encombrer de préciosités, les Canadiens appellent simplement « doctorat honorifique » le titre qu’on vient d’affubler à Sassou.

C’est le 14 Octobre 1669 au château de Chambord que Molière va mettre en scène « Le bourgeois gentilhomme », une œuvre qui illustre bien la vanité, les frustrations et les complexes de certains hommes en mal de reconnaissance.

Le 12 novembre 2020, soit trois siècles après, le dictateur SASSOU NGUESSO, tourmenté par l’approche de la fin de son énième mandat présidentiel, a décidé de nous rejouer la scène du MAMAMOUCHI de Molière, pas au château de Chambord en France, mais dans les enceintes de l’université Marien Ngouabi à Brazzaville.
Il a été élevé au rang de Docteur honoris causa, c’est-à-dire qu’il a obtenu un très haut titre universitaire sans avoir passé le doctorat. L’habit ne fait pas le moine. C’est connu.

Docteur tiroir-caisse

En toge noire, accompagné de ses affidés, coupe de champagne à la main, le tout frais Docteur à titre honorifique déambule dans les couloirs pour montrer à ses sujets que son œuvre réalisée au Congo est lumineuse. Cependant chacun pourra noter que l’université M. Ngouabi a fait naufrage, tout comme les autres institutions de l’instruction publique, de la formation scolaire et universitaire. Le sort des étudiants congolais tant de l’intérieur que de l’extérieur demeure affligeant. Ceux de l’étranger, par exemple, ne perçoivent plus leurs bourses. Et pourtant, ils sont à la charge de l’Etat congolais. Ils sont définitivement abandonnés à eux-mêmes. Docteur Honoris causa doublé de Docteur tiroir-caisse le docte Président s’est mis plein les poches tout l’argent de la cagnotte destinée aux générations futures. Docteur « pour rigoler  » chantait Jean-Serge Essous pour qualifier un illustre malfrat politique des années 65, du « coté du Katanga ».

Le savant et le politique

Les arts et les lettres sont le symbole de cette jeunesse qui affirme sa soif de liberté dans toute son expression, subissant la répression au quotidien, tirant le diable par la queue. Sassou n’en a que faire. De guerre lasse, il continue d’acquérir les armes comme si le Congo était en guerre. D’ailleurs, depuis que cet homme est revenu au pouvoir par un coup d’état sanglant en 1997, aucune institution d’enseignement supérieur n’a vu le jour. L’université de Kintélé, en cours de construction par ses amis et sans respect des règles de l’art, menace de s’effondrer suite aux pluies diluviennes et aux érosions. Pire, le milieu scolaire est le lieu de toutes les aberrations sociales. Malgré ce lot d’échecs, Sassou vient d’enfiler la robe qui le consacre Docteur (certes à titre honorifique) alors que cette Université occupe le dernier rang d’Afrique. Ridicule, ridiculus, ridiculum !

Comment peut-on comprendre cette attitude des responsables de l’université M. Ngouabi qui affichent leur vénération à un homme qui a détruit le système d’éducation, compromettant ainsi l’avenir de nos enfants ? Nous voilà revenus à des temps anciens où le savant se compromet avec le politique et où la révérence devient le quotidien des « intellectuels » complices d’un système qui incarne la médiocrité et qui piétine la rigueur intellectuelle chère à la recherche scientifique, au logos. Mais depuis Mai 68, la Sorbonne n’a plus fait bon ménage avec l’Elysée. En revanche, au Congo, Bayardelle ne cesse de se comporter en bordel des hommes politiques en manque de reconnaissance savante. Marien Ngouabi sera l’exception qui confirme la règle.

Bientôt Empereur ?

Tandis que d’autres font la promotion de la culture au sens large du terme, pérennisent l’instruction des jeunes et des adultes, l’ancien élève de Mbounda, est obsédé par le prestige et la distinction, utilise le mot paix sans connaître son véritable sens. Moins ses performances politiques sont honorables, plus il squatte le champ universitaire.
Question pour un champion : va-t-il nous la jouer « Napoléon » ? Sait-on jamais. Ce sera, après Bokassa 1er, un Empereur parmi tant d’autres caricatures politiques jamais connues dans la triste histoire de l’humanité.

Paris, le 16 novembre 2020
Jean-Raphael Oyabi
Chargé de communication de l’association ACB-J3M-France