Cinq chapitres de Luambo Makiadi « Franco » que l’on oubliera jamais depuis sa mort le 12 octobre 1989 à Namur (Belgique).

Une légende de la guitare solo et de la chanson congolaise. Guitariste, Chanteur, compositeur, auteur... Luambo Makiadi « Franco » a marqué le paysage musical congolais d’une empreinte indélébile.

31 ans après sa mort, Luambo Franco est toujours présent dans les bacs et dans la distribition numérique. Il reste également toujours présent dans les cœurs des fans via les rééditions et disques posthumes qui font l’histoire.

Musicien légendaire, il compte non seulement parmi les meilleurs guitaristes solos de grand orchestre, mais aussi parmi les auteurs compositeurs les plus inventifs de sa génération, dans un style qui a inspiré de nombreux jeunes orchestres qui se sont réclamés de son courant musical : « L’école OK Jazz  » basée sur la «  Rumba
Odemba
 » (de la tribu Mongo – région de l’Equateur – RDC)

La fulgurance ascension de Luambo Makiadi «  Franco  » et son groupe OK Jazz, tant par l’ampleur du répertoire de ses chansons que par sa participation au développement de la musique africaine a fait de lui, l’une des têtes d’affiche qui a dominé pendant 36 ans, la musique africaine dont il a su avec compétence et une intelligence particulière, trouver dans les maux qui minent la société, ses principales sources d’inspiration. Un voyage qui au bout d’une vie d’effort et de persévérance peut se résumer en cinq étapes :

I – ENFANCE ET INITIATION A LA MUSIQUE (1939 – 1953)

II - CARRIERE MUSICALE (1953 - 1956 )

III – CARRIERE MUSICALE (1957 – 1960)

IV - CARRIERE MUSICAL (1961-1989 )

V - L’HERITAGE LUAMBO MAKIADI

I – ENFANCE ET INITIATION A LA MUSIQUE (1939 – 1953)

1938, le 6 Juillet, naissance de François Luambo à Sona-Bata dans la région du Bas-Congo à l’époque du Congo-Belge. De père Joseph Emongo et de mère Hélène Mbonga Makiese. De cette union sont nés trois enfants François Luambo, Siongo « Bavon Marie-Marie » et Marie- Louise Akangana. Mais, maman Makiese a eu trois autres enfants avec deux pères différents : Alphonse Derek Malolo (né après Franco, pendant que Joseph Emongo se trouvait en prison) puis, Marie Jeanne Nyantsa et Jules Kinzonzi « Papa » né après la mort de Joseph Emongo, le père à Franco. Notons que la mort de Mama Mbonga Makiese, est survenue quelques mois seulement, après celle de son fils François Luambo.

François Luambo passe son enfance à Léopoldville (Kinshasa), rue Opala, à Dendale (aujourd’hui, Kasavubu) puis fréquente l’école de Léo II (Kintambo) où il quitte en 3ème année primaire.

1948, l’inspiration de Luambo pour la musique lui vient de Joseph Kabaselle, certes, mais surtout excellent joueur de l’harmonica, son instrument de prédilection à cette époque.

C’est à cet instrument que Luambo s’initie à la musique au contact avec des jeunes de la rue qui vouaient un culte exclusif aux précurseurs de la musique congolaise moderne : Joseph Kabaselle et Zacharie Elenga «  Jhimmy  »

1949, l’adolescent de 11 ans qu’était Franco perd son père Joseph Emongo, du coup le chemin de l’école est fermé par manque de soutien. Ici commence l’école buissonnière de Franco. Il s’active à jouer à l’harmonica au sein d’un petit groupe « Kebo » de quartier, dont la rythmique était tenue par le « patenge », un tambour sur cadre en bois que l’on tient entre les jambes et dont on fait varier le timbre en appuyant sur la peau avec le talon. (Mais plus tard en 1954 le « patenge » laissa la place aux « tumbas  » dont, les brazzavillois, Diaboua « Lièvre », Pandi et Liberlin de Soriba Diop furent les premiers initiateurs à « Loningisa ». Ils ont été d’ailleurs avec Franco des fidèles amis d’enfance.)

La situation précaire de Luambo, frisant sérieusement la délinquance, oblige Mama Makiese à se confier à une connaissance de son quartier, Daniel Bandeke qui obtient pour son fils Luambo, un emploi d’emballeur de disques destinés à l’expédition, aux éditions musicales Ngoma. Très doué, Luambo se familiarise rapidement à la guitare avec laquelle il s’entraîne seul en secret dans le studio Ngoma, chaque fois que les musiciens avaient fini d’enregistrer. Aussi, la surprise sera grande, le jour où, on s’en est aperçu que l’emballeur était un génie de la guitare en herbe. D’ailleurs, Luambo aurait pu commencer sa carrière musicale entre 1949/1950, à la Firme «  Ngoma » si seulement il s’était offert un parrain pour le présenter à l’éditeur grec Nico Jeronimidis.

1950, Mama Hélène Mbonga Makiese et ses enfants quittent la rue Opala, à Dendale (Kasavubu) pour s’installer comme locataires dans la parcelle, sise rue Bosenge n°100 à Ngiri-Ngiri Léopoldville, quartier « Far-West », lieu qui se trouve être la propriété de la famille Paul Ebengo « Dewayon ». Comble de bonheur, Luambo tombe à point nommé sur « Dewayon » qui possède une guitare de fortune avec laquelle il est suffisamment avancé dans la pratique. Les deux vont se lier d’amitié, ainsi « Franco  » poursuit l’apprentissage de la guitare auprès de « Dewayon  », avant de faire la connaissance du guitariste bien confirmé, Albert Luampasi, vedette des éditions Ngoma, vivant également à Ngiri-Ngiri, Rue Lokelenge. Il va se charger par la suite à l’accomplissement de son éducation guitaristique. Luambo et Ebengo, sont adoptés par Albert Luampasi, qui les convient régulièrement aux diverses manifestations animées par son groupe « Bandidu »

Bien qu’à cette époque l’activité musicale était dévalorisante et synonyme de voyou pour celui qui la pratiquait, Luambo s’y accroche avec beaucoup de ferveur et la forte ambition de parvenir à aider sa mère dont la seule source de revenu pour toute la famille était la tenue par Mama Makiese, d’une échoppe de beignets au marché de Ngiri-Ngiri., « wenze ya bayaka »

1952 – Albert Luampasi, qui est émerveillé par le talent de Luambo, l’intègre dans son groupe « Bandidu ». Une longue tournée va les conduire dans le Bas-Congo, particulièrement à Moerbeke (Kwilu Ngongo) où ils séjourneront plusieurs mois. A cette époque, Albert Luampasi avait déjà sorti aux Editions Ngoma quatre chansons qui lui avaient permis de se tailler une solide réputation :

« Chérie mabanza  » - «  Nzola andambo » disque Ngoma n°732
« Ziunga kia tumba  »- « Mu kintwadi kieto » disque Ngoma n°734

Le Groupe WATAM

1953 – De retour à Kinshasa, Luambo rejoint Paul Ebengo « Dewayon » qui vient de créer avec les musiciens, Louis Bikunda , Ganga Mongwalung et Mutombo le groupe « Watam ». Paul Ebengo « Dewayon » et son groupe ont déjà marqué leur présence au studio « Loningisa « avec la sortie sur disque, le 05 Février 1953 de deux premières chansons de Paul Ebengo« Dewayon » :

« Bokilo ayébi kobota » et « Nyekesse ». (Disque Loningisa n°0100)

Au grand plaisir des mélomanes de Ngiri Ngiri, le Groupe Bandibu d’Albert Luampasi fusionne pendant quelque temps avec le Groupe Watam de Paul Ebengo « Dewayon », et se produisirent régulièrement, chez « Kanza bar », rue Bosenge à Ngiri-Ngiri.

II – CARRIERE MUSICALE (1953 – 1956)

1953 – Le 09 Août, Paul Ebengo « Dewayon » présente Luambo à l’éditeur grec des éditions « Loningisa » Papadimitriou, qui lui fait signer le jour même un contrât de production d’une durée de 10 ans, après un essai très concluant. Mr. Papadimitriou, est tellement impressionné par le talent du jeune Luambo qu’il lui offre une sensationnelle guitare moderne, dont il sera attribué l’appellation « Libaku ya nguma » (la tête du boa), car, aussi grande que Franco (15 ans), mais avec laquelle il a su manier avec une troublante force d’expression pendant la session d’enregistrement. C’est son premier véritable instrument professionnel, avec lequel, il accompagne pour la première fois, Dewayon en studio.

Notamment, dans les quatre morceaux ci-après

- « Esengo ya mokili  » - « Tuba mbote » disque n°0111 du 12-08-1953 (Dewayon)
- « Bikunda  » - « Groupe Watam », disque n°0112 du 12-08-1953 (Dewayon)

L’enregistrement de ces quatre morceaux sera suivi deux mois après par celui des titres suivants, toujours avec le groupe Watam :

« Senene mingi » « Bon okoluka ngai » (Mongwalu) disque n° 0119 du 20.10.1953
« Bana bosenge
 » « Nainu ngai nakufi te »(Dewayon) disque n°0120 du 29.10.1953

1953, Le 17 Novembre, Luambo Franco enregistre avec le Groupe Watam, ses deux premières compositions aux Editions Loningisa :

« Lilima chérie wa ngai  » et « Kombo ya Loningisa » (disque n°0122)

Sur la même lancée Luambo Franco accompagne le groupe Watam dans les compositions :

« Yembele Yembele » et « Tango ya pokwa » (Dewayon) disque n°0123 du 16 Décembre 1953
« Tongo etani matata » et « Tika kobola tolo  »(Mutombo) disque n°0124 du 17 Décembre 1953

1954, LUAMBO Franco dans le groupe LOPADI (Loningisa de Papadimitriou)

François Luambo Franco, qui est déjà une figure majeure au sein des éditions Loningisa, ne pouvait plus passer inaperçu du personnage prestigieux qu’était Henri Bowane au sein de cette firme. (Dr. artistique, auteur-compositeur, guitariste et impresario). Il intègre François Luambo a qui il a attribué le sobriquet «  Franco  », Philippe Lando « Rossignol  » et d’autres musiciens au sein du groupe LOPADI (Loningisa de Papadimitriou) l’orchestre Maison dirigé par Henri Bowane.

Le 14 Octobre 1955, Luambo « Franco » enregistre ses deux premiers chefs d’œuvre qui d’emblée vont le confirmer comme l’un des rares authentiques poètes et guitaristes révélés par la scène congolaise. Il est adulé par tous les mélomanes, particulièrement par les femmes qui lui attribuent le surnom de «  Franco de mi amor  ». Ces compositions portent sur le catalogue «  Loningisa  », les titres :

« Marie Catho » et « Bayini ngai mpo na yo » (Bolingo na ngai na Béatrice) Disque n°0129

Très émouvant, ce disque est salué comme la plus grande réussite de l’année 1955. Le premier disque « populaire » de Luambo Franco, celui qui a accentué sa popularité au Congo et en Afrique. Fort de ce succès et au moment où la concurrence battait son plein entre les labels « Ngoma » et « Opika », « Loningisa » va au mieux valoriser le talent de ses musiciens et particulièrement celui de Luambo Makiadi, qui dans ses premières œuvres recherche dans l’harmonie et le rythme, des subtilités sonores uniques. C’est ainsi qu’à partir de cette date, on trouvera la guitare de Luambo Franco sur des dizaines de disques accompagnant divers musiciens de la Firme Loningisa, comme en témoignent quelques véritables « best of » de l’époque, réalisées entre Novembre 1955 et Juin 1956. C’est-à-dire, avant la création de L’OK Jazz :

- « Mia poza » - « Komeka te » (Loubelo « De la lune ») disque 0131 du 04.11.1955
- « Tika bizeti »-« Tango ekoki » (Loubelo « De la lune ») disque 0152 du 26.05.1956
- « Vis-à-vis » - « Locia wa ngai » (Dewayon) disque 0133 du 14.11.1955
- « Mabele okanisaka »-« Dit Antoinette »(Dewayon) disque 0146 du 25.04.1956
- « Flamingo » « Véronica o mboka Bukigam » (Franco) disque 0134 du 19.11.55
- « Elo mama » - « Naboyi yo te » (Franco) disque 0138 du 05.03.1956
- « Ba petits bongo luwo »-Anna mabele ya ngoya » (Franco) 0145 du 17.04.1956
- « Nalingi ozonga »-« Mokili mobongwani »(Loningisa) disque 0140 09.03.55
- « Viclong Julie »-« Bolingo eleki kisi » (Longomba) disque 0147 du 05.04.56
- « Oyo elingi motema »« Rumbamba »(Pholidor Tandjigorah) .0141 du 11.03.56
- « Thérèse d’Amour » « Wa bolingo » (Rossignol) disque 0143 du 09.04.1956
- « Chérie Margo », « Houlala mopanzi » (Moniania) Roitelet) disque 0144 du 2.05.56
- « Alice »- « chérie atiki ngai » (Essous) disque 0149 du 18.05.1956
- « Nabosani ndako »-« Palabras amorosas » (Bemi) disque 0150 du23.05.1956
- « Wapi yo »-« osili obébi » (Bosuma « Dessoin ») disque 0151 du 30.05.1956

Et, tant d’autres œuvres, accompagnées par les musiciens J.S. Essous, Malapet, Longomba « Vicky », Lando « Rossignol », Moniania « Roitelet », Pholidor Tandjigora, Kossi Pedro « Bemi » Sarti, Pandi, Ebengo « Dewayon », Henriot, Ivorra, Nganga Mongwalu, Bosuma « Dessoin » Diaboua « Lièvre » Liberlin de Soriba Diop, Pella « Lamontha », etc...

1956, le 6 Juin, au bar-dancing « Home de Mulâtre » quelques musiciens issus du groupe « Bana loningisa » engagés par Oscar Kassien », et qui avaient pris l’habitude de jouer dans le dancing OK Bar, (établissement qui porte ses initiales), tous les samedis soir et Dimanches après midi, parallèlement à leur emploi pendant la semaine au studio, se constituent ainsi en orchestre qui porte l’appellation « OK Jazz  ». L’idée est venue de Jean Serge Essous qui avait trouvé mieux d’honorer Oscar Kassien (devenu plus tard Kashama) pour la noble initiative prise par lui d’octroyer au groupe, les instruments et le bar. (Même si par la suite les initiales OK seront interprétés : « Orchestre Kinois »)

Le nouvel orchestre sous la houlette d’Oscar Kashama Kassien compte au début près de 10 musiciens : Essous, Luambo, « Franco » – Daniel Loubelo « De la lune », Philippe Lando « Rossignol » – Saturnin Pandi « Ben » – Moniania « Roitelet » – Diaboua « Lièvre » – Liberlin de Soriba Diop – Pella « Lamontha » Bosuma « Dessoin », avant de se fixer au nombre de 7 à la sortie solennelle qui a eu lieu le 20 Juin 1956 au Parc de Boeck (Parc du zoo) , notamment :

Jean Serge Essous, chef d’orchestre (clarinette) – François Luambo « Franco » et Daniel Loubelo « De la lune » (guitare)- José Philippe Lando « Rossignol » et Victor Longomba (chant) Saturnin Pandi « Ben » et Nicolas Bosuma « Dessoin » (tumbas)

Quoi qu’il en soit, pendant les concerts, ce nombre n’était pas limitatif. La famille Loningisa était tellement soudée, au point où ses sociétaires de marque comme Nino Malapet, Diaboua « Lièvre » Moniania « Roitelet » et tant d’autres pouvaient s’improviser à leur guise pendant les concerts de l’OK Jazz.

Luambo Makiadi Franco s’affirme aussitôt après la création de l’OK Jazz, comme l’une des plus marquantes personnalités de la rumba authentique dans son ensemble. Il rivalise avec les deux meilleurs guitaristes de la musique congolaise, de l’époque ; Emmanuel Tshilumba wa boloji «  Tino Baroza  » et Nicolas Kasanda « Dr Nico  ». Luambo Franco galvanise toute la sympathie et l’émotion des mélomanes, par la finesse de son doigté, et surtout le dynamisme et la compétence de ses collègues de l’OK Jazz. Toutefois, Il s’impose comme le meilleur spécialiste du jeu en sixte, technique qui consiste à jouer la guitare en pinçant plusieurs cordes à la fois, style à partir duquel il a donné naissance à «  L’école OK Jazz  » basée sur la « rumba odemba  », dont la rythmique et la gestuelle serait issue du folklore de la tribu Mongo de Bandaka (RDC) L’exploit de Luambo à la guitare - a reconnu un spécialiste - c’était aussi de ne jouer qu’avec trois doigts de la main gauche avec un doigté très particulier.

Le meilleur de Luambo Franco, aussitôt après la création de l’OK Jazz (Juin à Décembre 1956 aux Editions Loningisa ») se trouve peut être dans les plages réalisées avec le célèbre clarinettiste Jean Serge Essous. Ils se complétaient admirablement et s’accompagnaient d’ailleurs mutuellement lors des séances d’enregistrement de la période précitée. Le témoignage de cette première expérience discographique figure dans cette sélection qui comprend pour l’essentiel des titres merveilleusement arrangés. :

- « La rumba OK »-« Makambo maiza » (Franco) disque 0154 du 20.06.1956 - « Tika kondima na zolo » (Franco) disque n° 0157 du 26.06.1956-« On entre OK on sort KO »-« La Fiesta » (Franco) disque 0160 du 27.12.1956 - « Bomekaki Rossignol »-« Tété Rossignol » disque n°0155 du 23.06.1956
- « Pasi ya boloko »-« Nini chérie » (Pandi) disque n°0161 du 29.11.1956
- « Mado ya sango »-« Nabosani yo te »(Longomba) disque 0162 du 25.12.1956
- « Se pamba »-« Lina » (Essous) disque n°163 du 27.12.1956
- « Etali yo »-« Colette » (Loubelo « De la lune ») disque n°065 du 17.12.1956
- « Alliance mode succès »-« Tongo se elangisa » (Dewayon) disque n°0168 du27.12.1956

1956, le 27 Décembre. Première défection au sein de l’OK Jazz et de la Firme Loningisa

Le 27 décembre 1956 à la veille de la Saint Silvestre, Six mois après, la création de l’OK Jazz, six des premiers compagnons de Luambo Franco quittent le groupe. Cette défection a lieu, à l’issu du dernier enregistrement de l’année 1956. Ils sont :

Jean Serge Essous, José Philippe Lando « Rossignol », Saturnin Pandi. Avec eux, Paul Ebengo « Dewayon » et Augustin Moniania « Roitelet » et biens d’autres venus des Editions Loniningisa. Ils seront accueillis en Janvier 1957 par Henri Bowane et l’éditeur grec Dino Antonopoulos de la nouvelle firme « Esengo » d’où naîtront d’ailleurs les orchestres Rock-A-Mambo et Conga Jazz, lesquels seront rejoints par l’African Jazz de Joseph Kabaselle (à la suite de la fermeture du studio Opika.

1956, le 28 Décembre Intégration des nouveaux musiciens dans l’OK Jazz pour palier le vide laissé par les partants. Ils sont :

Edouard Ganga « Edo », Célestin Kouka, Nino Malapet (issus de l’orchestre Negro Jazz après sa dislocation) et Antoine Armando « Brazzos » (issu également du Negro dont il a fait partie quelques mois avant la dislocation).

La sortie de l’OK Jazz remanié, sous la direction de Luambo Franco à lieu le 31 Décembre 1956 à Léopoldville (Kinshasa), dans la nuit de la Saint Sylvestre.

III – CARRIERE MUSICALE (1957 – 1960)

1957 – 1959 – Désormais seul maître à bord, Luambo Franco se fixe comme priorité de juguler les mouvements au sein de l’OK Jazz, en apportant chaque fois du sang nouveau à travers le dynamisme et la compétence des nouvelles recrues. C’est ainsi que l’on va assister :

- A l’intégration le 20 Août 1958, du saxophoniste Isaac Musekiwa, suivi du clarinettiste Edo Clary Lutula

- Au départ en Avril 1959 des chanteurs : Ganga Edo, Célestin Kouka et du bassiste Daniel Loubelo « De la lune » pour l’orchestre Bantous de Brazzaville. Ils sont remplacés par les chanteurs Jean Munsi Kwamy et Joseph Mulamba « Mujos »

1960 – Intégration dans l’OK Jazz des musiciens : Jean Tshamala « Picolo » (guitare), Kalombo Albino (saxo), Léon Bombolo « Bolhen », (guitare) Alphonse Epayo (basse), Simon Moke (percussion)

1960 – Un départ de l’OK Jazz qui n’est pas de moindre, celui du chanteur Victor Longomba « Vicky », Il rejoint Joseph Kabasele pour participer avec l’African Jazz à la table ronde belgo-congolaise du 20 Janvier au 20 février 1960, avec eux, un autre musicien de l’OK Jazz, le bassiste Antoine Armando Brazzos.

1960 - Rupture de contrat entre Luambo et les Editions Loningisa des frères grecs Basile et Athanase Papadimitriou.

Deux ans avant son expiration en 1962, et grâce à l’implication de Mr Justin Bomboko, alors ministre congolais des affaires étrangères, Luambo Makiadi Franco rond son contrat avec les Editions Loningisa.

IV – CARRIERE MUSICALE (1961- 1989)

1961 – L’OK Jazz est le deuxième orchestre congolais à se rendre à Bruxelles, après l’African Jazz en 1960. Luambo Makiadi Franco et son groupe sont conviés par les Editions musicales « Surboum  », propriété de Joseph Kabasele, (premier éditeur congolais) à enregistrer sous son label. On se souvient des grands succès comme « La mode ya puis  », « Amida muziki ya OK, « Nabanzi Zozo », « Jalousie ya nini na ngai », « Como quere », etc, réalisés avec la chaleureuse voix de Mulamba « Mujos ». A l’actif de ses enregistrements, le premier équipement musical de l’OK Jazz acheté par Joseph Kabasele, fruit de la vente des disques OK Jazz par les éditions « Surboum »

1961 – Création de l’édition musicale « Epanza Makita » de Luambo Makiadi Franco.

De retour de Bruxelles, Luambo Makiadi s’inspire de l’expérience de Joseph Kabasele, et crée à son tour l’Edition « Epanza Makita  » avec le concours de Mr Thomas Kanza (personnalité politique de l’ABACO) qui va assurer les bons offices auprès de la firme belge Fonior. Néanmoins, Luambo va parallèlement avec ses éditions continuer à sortir quelques disques chez Loningisa jusqu’en 1962 année au cours de laquelle l’éditeur grec Papadimitriou ferme définitivement « Loningisa ». Ganga Edo et Loubelo « De la lune » quant eux vont réintégrer l’OK Jazz, le 11.Août .1962. Les éditions « Epanza Makita » succèderont en 1965 aux éditions « Populaires ». Un progrès et une nouvelle jeunesse pour la production phonographique de Luambo Franco.

1961 – 1989 – Luambo Makiadi Franco à la croisée des chemins

Placées sous le signe de la maturité et de la réussite, les années 1961 à 1989, vont situer Luambo Makiadi Franco et son groupe OK Jazz à la croisée des chemins. Beaucoup de mutations, en effet, sont connus au fil des années, au niveau des hommes. Luambo Franco, le patron, à l’audace de jouer avec des jeunes talents et des vedettes confirmées avec qui le dialogue est passionnant et fructueux. Certes, la notion de gain était le lev motif à travers lequel toutes les tentatives étaient permises, Luambo Franco plaçait souvent en tête le profit. C’est ce qui a expliqué dans les années 70, la formule de « Tout Puissant OK Jazz », ou « Orchestre Entreprise », avec près de 50 musiciens qui au début des années 80 étaient repartis en deux groupes : un à Kinshasa et un autre à Bruxelles, avant de s’implanter en 1982 en Belgique. Il tourne dans les pays de l’’Union Européenne, puis au Etats-Unis d’Amérique en 1983, récoltant partout un succès énorme.

De retour au bercail en 1985, Luambo s’engage à fond dans une nouvelle forme d’expression, « le duo Luambo-Madilu  » qui veut retourner à la rumba de base, va embrasser toutes les philosophies, toucher à toutes les expériences, C’est l’époque des « Mamou » (1984) et « Mario » (1985).

Au nombre des musiciens qui pendant cette période se sont révélés exceptionnellement doués et « rumberos » de haut niveau, tout comme quelques évènements qui s’y rattachent, notons :

1961 - 1963 : Simon Lutumba « Simaro » (1961) Georges Kiamuangana « Verckys » - Christophe Djali, Djangi Checain « Lola » (1963).

- En 1962, Vicky Longomba, réintègre l’OK Jazz après une absence de deux ans au cours desquels, il a évolué dans l’African Jazz et le Negro Succès. C’est lui qui pèsera sur la balance, pour obtenir le retour dans l’OK Jazz de Ganga Edo et Loubelo « De la lune »

1964 – 1966 : Michel Boyibanda, Dele Pedro (1964) Lununa-Mbemba (1965), Gilbert Youlou Mabiala(1966), Francis Bitsoumanou « Celi Bitsu », (1966) Jean-Felix Pouela « Dupool » (1966) Nestor Diangani (1966), Mose Sengo « Fanfan » (1968).-

Conflit Luambo – Kwamy

- La période précitée est particulièrement marquée par le conflit qui a opposé en 1965 Luambo Franco et Jean Kwamy a l’issu du départ de ce dernier dans l’African Fiesta. Conflit qui a généré deux chansons opposantes «  Faux millionnaire » de Kwamy, « Chicotte » de Franco. Il est à noter aussi, la participation de l’OK Jazz en 1966 au premier festival mondial des arts nègres de Dakar, aux côtés des Bantous de la capitale de Brazzaville.

- Michel Boyibanda (13.04.1964). J.Félix Pouela « Dupool » (1966) Youlou Mabiala (15.08.1966) inaugurent une nouvelle ère de la présence des musiciens brazzavillois dans l’OK Jazz. Notamment après l’expulsion des brazzavillois de Kinshasa, le 22 Août 1964 par le premier ministre congolais Moïse Tchombe.

1967 – La naissance en Avril, de l’Orchestre Révolution, va constituer le plus grand mouvement que Luambo Franco n’avait jamais connu dans son groupe. Il a été sérieusement ébranlé par le départ massif des musiciens : Mulamba Mujos, Kwamy (ex. A. Fiesta) Welekingara « John Payne », Armando Brazzos, Tshamala, Picolo, Bosuma « Dessoin » Musekiwa Isaac, Christophe Djali, Michel Boyibanda, qui par un élan de solidarité ont voulu démontrer leur force. Hélas ! L’orchestre Révolution » n’a vécu que le temps d’un feu de paille. Cependant, il a tout de même sorti un album qui a été salué comme l’un des grandes réussites de l’année, avec les titres : « Ngai mwana Congo » et « Divorce » de Mujos, « Mopepe ya mbula » et « Kinshasa nayaki de Kwami ». Il est à noter que bon nombre des dissidents avait rejoint Luambo Makiadi quelque temps après.

Entre autres musiciens présents dans l’OK Jazz

1969 -1975 : Ntoya Fwala « Pajos » (1969), Kasongo Kawaka « Rondo » », (1969), Mpudi Decca (1970) , Kongi Aska (1971), Adamo Seye Kadimoke (1971) Barami Miranda (1971), Kapitena Kasongo (1971) , Kalloux “Vieux”, Samuel Mangwana « Sam » (1972), Kiambukuta “Josky” (1971) Mayaula Mayoni (1974) Dombe Opetum (1975) Blaise Wuta-Mayi (1974), Ngiandu Kanza (1974), Yoka Mangaya « Gege » (1974), Mavatiku Visi « Michelino », Impompo Loway (1975).

1972 – Vicky Longomba est de nouveau en porte à faux avec Luambo Makiadi Franco. Il le quitte pour former l’Orchestre LOVY du Zaïre dont dépendent les Editions « Viclong ». Luambo Franco et Longomba Victor ONGOMBA « Vicky » deux cofondateurs de l’OK Jazz qui ne s’appréciaient pas tellement.

1972, le 27 Octobre, Mobutu, président du Zaïre, décrète la loi de recours à l’authenticité, obligeant les zaïrois à abandonner leur prénom chrétien pour un prénom authentiquement zaïrois. C’est à partir de cette date, que François Luambo Franco est devenu Luambo Makiadi et d’ajouter un autre nom qui traduit ses origines tribales : « L’Okanga La Ndju Pene »

1976 - 1989 : Daniel Nzitani Ntesa « Dalienst » (1976) Mankonko Kinkudi « Makos » (1976) Flavien Makabi Mingini (1976) Thierry Mantuika Kobi (1976) , Monongi Mopia « Petit Pierre » (1976), Tchandala Kosuana (1976) Lukoki Diatho (1977), Dialungana Kasia « Gerry » (1977) Antoine Nedule « Papa Noël » (1978) Madilu Bialu (1982), Carlito (1984) Lokombe,, Dizzy Mandjeku, Jo Mpoy Andjeku, , Malage , (1986) , et tant d’autres.…

1978, peut être considérée comme la pire année dans la carrière de Luambo Makiadi Franco : Son emprisonnement. En effet, le génial chroniqueur dont on appréciait la vocation de pédagogue social, s’est laissé aller dans les caricatures obscènes. Il chante « Hélène » et « Jacquie » deux titres à caractère pornographique, (vendus à la sauvette) qui le conduisent directement en prison. Au sortir de là, il se repent auprès de son public ; mais son honneur avait pris un coup.

Luambo Makiadi Franco, n’était pas à sa première prison. Les deux premières fois en 1952 et 1959 par l’administration coloniale belge (faute de pièce d’identité, puis de permis de conduire - accident sur la Vespa -). Infractions qui étaient toujours, sévèrement réprimées par les Belges.

Septembre 1987- Excellente idée de Luambo Franco, de faire appel à deux chanteuses : Nana et Baniel pour un exercice de style aux voix veloutées. , L’expérience n’a pas duré, certes, mais, elle a été couronnée par deux disques dont les morceaux ont été tous des reflets de l’univers urbain comme on le ressentait à Kinshasa : « C’est dur », « Je vis comme un PDG », « Les ont dit », « La vie d’une femme célibataire », « Flora est une femme difficile ».

1988 – Longomba Vicky tire sa révérence le 12 Mars à Kinshasa,
après 36 ans de carrière musicale bien remplis, au sein des éditions CEFA, dans l’OK Jazz, l’African Jazz, le Negro Succès et le Lovy du Zaîre. A cette date, Luambo Makiadi et Bosuma « Dessoin » se trouvaient être les deux survivants kinois cofondateurs de l’OK Jazz en 1956. En 2020 il n’existe plus aucun co-fondateur de l’OK Jazz le6 juin 1956.

Avec Luambo Makiadi Franco, tous ses musiciens précités, ont parcouru l’Afrique, l’Europe, l’Amérique et ont enregistré des milliers des disques. Luambo Makiadi Franco, particulièrement s’est révélé à travers tout l’œuvre de son orchestre un technicien extraordinaire qui a exploité toutes les possibilités de sa guitare et de sa voix, générateur de plus merveilleuses acrobaties sonores.

Septembre 1989 – Les concerts d’adieu de Luambo Makiadi

Septembre 1989, soit un mois avant sa mort, Luambo Makiadi qui n’avait plus la maîtrise de son état de santé, trouve quand même les forces de livrer les concerts à Bruxelles, à Londres et à Amsterdam. Le 22 Septembre, à Amsterdam a lieu le concert à l’issu duquel il est admis à l’hôpital le 23 Septembre 1989. Auparavant, Luambo Makiadi a enregistré à Bruxelles son dernier album « Forever » accompagné par le chanteur Sam Mangwana. Cet album met fin à son apogée discographique qui a commencée en 1953 avec « Lilima wa ngai  » et « Kombo ya Loningisa  » : Groupe WATAM, soit 36 ans de présence sur le marché du disque.

Enfin, très sympathique et tolérant dans ses relations avec ses musiciens, Luambo Makiadi n’a jamais osé fermer la porte à tous ceux des musiciens qui quittaient l’OK Jazz et qui demandaient à y revenir. Formé à l’école de la vie, au bout de l’effort et de la persévérance, Luambo Makiadi Franco a vécu au milieu d’un peuple dont il a écouté, exprimé les sentiments les plus profonds. Tout comme il a su courageusement dénoncé les injustices et les faiblesses de la société congolaise ses principales sources d’inspiration. Notamment, des thèmes incendiaires, liés à la prostitution, à la pédophilie, à la maladie, à la sérénité dans le couple, au célibat, au divorce, à la mendicité, à l’infidélité (2ème bureau), aux « Zigolo » , au travail, à l’amour, à la vie , à la mort, etc… à travers lesquels chaque mélomane avait trouvé son compte.

D’aucun se souviennent encore des mérites discographiques de Luambo et son groupe. Entre autre « les maracas d’or », les disques d’or. Un bestseller inoubliable, celui du duo Tabu Ley Rochereau – Luambo Franco : « Lisanga ya banganga » (1983), OK Jazz plébiscité meilleur orchestre de l’année 1982, des distinctions nationales pendant le règne de Mobutu, etc.

Si chaque époque génère son messie, on peut affirmer que Luambo Makiadi a constitué pendant tout son règne, le « messie » de la musique congolaise, dont l’œuvre a pris un caractère de parole d’évangile. Hélas ! Comme tout messie humain, Luambo Makiadi Franco n’a pas échappé à notre sort commun : La mort. Elle est intervenue le 12 Octobre 1989 à Namur en Belgique., après plusieurs mois d’incertitude, quant à la nature de la maladie qui le rongeait.- Rapatrié le 15 Octobre à Kinshasa il a été inhumé le 18 Octobre au cimetière de la Ngombe, après tous les honneurs dus à un dignitaire, un héro national. Quelques années après sa mort une avenue de Kinshasa porte depuis son nom : - Avenue Luambo Makiadi Franco - (ex. avenue Bokassa)

V – L’HERITAGE LUAMBO MAKIADI

Quel héritage a-t-il laissé à l’OK Jazz ? Question que s’est posé un confrère du journal « Etumba » de Brazzaville, en 1996 et qui répond :

« Les espoirs que tous les mélomanes avaient mis sur l’immortalisation de l’OK Jazz se sont estompés trois ans seulement après la mort de Franco. Les musiciens, en effet, n’ont pas pu arrêter leurs ambitions personnelles pour sauver l’essentiel, c’est-à-dire : l’OK Jazz.

Les problèmes de discipline, aggravés par ceux du patrimoine légué à la famille Luambo ont conduit au début de l’année 1994 à l’éclatement de l’OK Jazz.- Madilu , la famille Luambo, l’OK Jazz (vidé de ses musiciens) d’un côté. Lutumba Simaro et presque tous les musiciens de l’OK Jazz, avec lui ; de l’autre. Les derniers sous la direction de Lutumba vont former le 01 Février 1994, le nouvel orchestre dénommé « Bana Ok »

Malgré toutes les interventions des autorités gouvernementales du Zaïre, aucun arrangement ne sera obtenu pour réconcilier les deux parties. »

Tout est parti, en fait, d’un concert donné par Madilu pendant son séjour à Bruxelles, avec les anciens musiciens de l’OK Jazz installés dans cette ville, et pour lequel il enfreint au règlement du groupe, qui interdit l’organisation à l’étranger des concerts en empruntant le sigle OK Jazz. Pour ce faire il a été suspendu pour trois mois. Cette suspension ne sera pas du goût de la Famille Luambo, particulièrement, Marie Louise Akangana, la sœur à Franco, qui réagira par la confiscation des instruments. Elle va même plus loin en exigeant l’augmentation du pourcentage sur les royalties que l’OK Jazz devra dorénavant versées à la Famille Luambo dans le cadre du pactole laissé par son frère. La famille soutient la position de Madilu, selon laquelle le concert donné à Bruxelles était motivé par l’aide à apporter aux enfants de Franco sérieusement dans le besoin.

La décision de Lutumba, après la confiscation des instruments est sans recours, malgré l’engagement qu’il avait pris à la mort de Franco, de sauvegarder l’œuvre du Grand Maître.

Ainsi, s’est confirmé – ce que redoutait tous les mélomanes - « La suprématie de Franco pour qui, l’OK Jazz n’existait qu’à travers lui seul et sa famille, laissant Lutumba Simaro, prétendu successeur sans aucun pouvoir  » -

En attendant, si oui ou non l’OK Jazz va se reconstituer, Madilu System sort au mois d’Avril 1994 une cassette dans laquelle la chanson « Ya Jean » est à la une de tous les hit-parades (K7 réalisée avec le concours des anciens musiciens de l’OK Jazz en Europe). De retour à Kinshasa et sur la même lancée, il continue la production musicale avec des musiciens mieux placés pour réactualiser la Rumba traditionnelle, la populariser auprès des nostalgiques de Luambo Makiadi.

De son côté Lutumba Simaro qui a confirmé l’existence de son groupe « Bana Ok » depuis le 1 Février 1994 réagit par la sortie, lui aussi, d’une cassette qui lui confère son titre inaliénable de poète de la chanson congolaise : « Cabinet molili ».

Et l’OK Jazz à cette époque qu’est-il devenu ? Après la création de « BANA OK » et le passage à la carrière solo de Bialu Madilu « System ».

Les réponses à ces questions avaient trouvé leurs réponses en 1996, lorsque l’un des fils à Luambo Franco, dans le souci de perpétuer la mémoire de son père, sollicite les services de Gilbert Youlou Mabiala et de Michel Boyibanda pour restaurer l’orchestre OK Jazz, La demande acquière le consentement des deux musiciens brazzavillois. Cependant, Michel Boyibanda se rétractera par la suite, laissant Youlou Mabiala faire cavalier seul avec des jeunes musiciens de Kinshasa et de Brazzaville, parmi lesquels ceux qui avaient évolué avec lui dans le groupe Kamikaze.

Le 24 Décembre 1996, Youlou Mabiala exhume l’OK Jazz et ouvre aussitôt les hostilités par une chanson très controversée, car elle ne plait pas à Lutumba Simaro qui se sent visé par la composition « Mwana Luambo » de Youlou Mabiala. Une chanson bien réussie, mais qui est une diatribe. Elle fustige, en quelque sorte la bande à Lutumba Simaro pour avoir trahi la mémoire du Grand Maître. Youlou Mabiala qui se dit « Mwana Luambo » (« le fis à Luambo ») est le seul à avoir relevé le défi. Et comme pour sceller indéfiniment sa vocation à Luambo.
Youlou Mabiala prend comme épouse la fille ainée à Luambo Makiadi (Marie-Hélène Luambo, « Mama Leti ») avec qui il forme une famille et un enfant est né de ce couple.

Depuis, Youlou Mabiala est demeuré chef de l’OK Jazz et avait recouvré une énergie nouvelle, une conception qui lui avait fait éviter l’asphyxie, et lui avait permis de communiquer à nouveau avec le vrai public de l’OK Jazz à travers les concerts et les disques, jusqu’ au malheureux concert du 15 Août 2004 à Pointe-Noire où Youlou Mabiala est terrassé par une crise d’hypertension. Un tournant douloureux qui du coup a mis définitivement fin à l’existence de l’OK Jazz, principal héritage de Luambo Makiadi Franco et de tous ceux qui à travers le monde ont été bercé par sa musique

Le temps nous dira si les efforts d’Emongo le fils à Luambo Franco, ses frères et sœurs, la fondation Luambo Makiadi qui se proposent de transférer le corps de Luambo Makiadi à Sona Bata (Bas-Congo), son village de naissance, seront à même de remettre l’OK Jazz sur les rails !

Clément OSSINONDE