Les origines de la JMNR

Débats sur le Congo, réflexions sur ce qui s'y passe, sur son avenir, la recherche de solutions.

Les origines de la JMNR

Message par Loumo » Ven 06 Fév, 04 10:26

Monsieur K

Remettons les faits dans leur contexte historique.
La science commence quand on vire de bord les récits des veillées des yankee.

Tout est parti d'un mythe fondateur : celui selon lequel pour mettre fin aux conflits interethniques, il faut abandonner le multipartisme. Nourrissent ce mythe, les agents politiques (toutes tendances ethniques confondues) qui étaient à la tête des principaux partis politiques de l'époque. Nous somme à la fin des années 1950, soit un an avant la décolonisation et le début des indépendances.
Contrairement à une idée-reçu, ce ne fut pas Fulbert Youlou, ce fut tous les chefs de parti (MSA, UDDI, PPC ) qui se jetèrent à pieds joints dans le monopartisme. Traumatisés par les deux guerres civiles (en 1958 à Pointe-Noire et 1959 à Brazzaville), Jacque-Bonaparte-Opangault, Fulbert Youlou et Stéphane Tchitchellé estimèrent qu'il fallait en finir avec le multipartisme, facteurs de troubles inter-ethniques.

Ecoutons ce que nous en dit Célestin Malonga dans un témoignage riche en éléments historiques :

"L’Assemblée Nationale Congolaise vote à l’unanimité et avec acclamation, la loi
14-63 du 13 avril 1963 portant institution du parti unique, au cours de la session
extraordinaire ouverte, le 10 avril 1963, et présidée par Marcel Ibalico (député UDDIA).
Le vote est acquis à l’unanimité des députés de toutes tendances composant
l’Assemblée nationale (UDDIA, MSA, PPC).
Le Ministre de l’Information Isaac Ibouanga (UDDIA), tient le 17 avril 1963, une conférence de presse explicative sur la loi portant création du parti unique et au cours de laquelle il annonce la création du comité de mise en place du parti unique qui siègera à Brazzaville du 1er au 8 août 1963 (une semaine avant le mouvement des 3 glorieuses)."


En postulant que la JMNR est une émanation milicienne "débaïste" donc Kongo/lari, Monsieur K oublie que la stratégie qui consiste à armer les populations civiles, notamment la jeunesse, sort des cercles d'études marxistes qui, dans le cas du Congo, avaient comme maîtres à penser, Ndalla Graille, Lissouba, Noumazalaye, Henri Lopes, Matchocota, Maboungou-Mbimba, Hilaire Mouthault.
Massamba-Débat, obscur instituteur ayant travaillé au Tchad puis au Congo, pratiquant protestant, était loin de ce courant idéologique que vont lui faire miroiter les "aecistes" de la FEANF, des ailes "toulousaines" et "parisiennes" dès leur retour au pays sans avoir terminé leurs diplômes en France.
L'hypothèse la plus vérifiable est que la JMNR est une émanation du MNR, parti unique d'inspiration marxiste dont la cheville ouvrière est constituée par les militants de l'AEC.

Quant aux militants des différents partis politiques antérieurs à la période des indépendances, ils contribuent à leur propre enterrement quand ils se chargent de rédiger les textes fondateurs du monopartisme au Congo.

Célestin Malonga précise que ce ne sont pas les seuls Kongo/lari qui promulguent l'acte de naissance de cette monstruosité politique (le Parti Unique) ; des leaders venus du Nord, de l'Ouest et de l'Est y vont tous de leur savair-faire et de leur zèle :

"Est soumis à son examen, un projet de statuts du parti unique de type africain rédigé par une commission spéciale présidée par le Ministre Appolinaire Bazinga
(MSA) et comprenant notamment le Ministre Philippe Bikoumou (UDDIA) , deux hauts
fonctionnaires Paul Kaya et Pascal Lissouba, ainsi que les délégués de l’Assemblée nationale, de l’UDDIA, du MSA et du PPC, les partis appelés à disparaître après la
constitution du parti unique. "


Certes, Célestin Malonga concède que surtout Youlou excelle par son zèle.
Le 6 août 1963, Youlou dont le parti est majoritaire à l'assemblée :
"met en garde contre l’action politique des syndicalistes qui, entre autres, s’insurgent contre la création du parti unique."


Mais Youlou ne sait pas qu'il vit ses dernières heures politiques :

"Le 15 août 1963, fin de la 1ère République."

Quand Youlou quitte les affaires en 1963, il ne laisse aucune milice sur le terrain.

Après le départ de Youlou, le goût des Congolais pour le multipartisme revient au grand jour :

"Août 1963 : un organisme clandestin créé en 1959, par Aimé Matsika, Président de
l’Union de la Jeunesse Congolaise (U.J.C), une organisation communiste, reprend ses
activités au grand jour."


Le cercle d'étude marxiste mis en veilleuse à cause du monopartisme reprend du service. C'est le fameux "groupe de Mpila" ainsi nommé parce qu'il se retrouve dans le quartier Mpila où la plupart des anciens de la FEANF (Fédération des Etudiants de l'Afrique Noire Francophone) ont élu domicile. Aujourd'hui, Sassou a fait de Mpila sa niche.

" Le Groupe de Mpila est remis en activité. Il
s'agissait d'un groupe de réflexion politique de tendance marxiste, prônant le socialisme
scientifique. Ces membres faisaient partie de l'Association des étudiants congolais en
France. "


Quelle est la composition de ce groupe ?

"Maboungou Mbimba en est le chef. Il comprend en son sein les technocrates
ou étudiants ambitieux de la première génération et les étudiants de la tendance de
Toulouse. Les technocrates comprennent Pascal Lissouba, Antoine Da costa, Hilaire
Mounthault et Antoine Maboungou Mbimba. Lazare Matsocota s’abstient de participer à
ce groupe. Les Toulousains comprennent Ambroise Noumazalaye, Ndalla Graille et Jean
Baptiste Lounda. "


Qui crée la JMNR, Monsieur K ? C. Malonga est catégorique :

"Pascal Lissouba, membre du MNR est Premier
Ministre et tient le gouvernement. Ambroise Noumazalaye est Premier Secrétaire du
Mouvement National de la Révolution (MNR). A ce titre, il domine le parti le MNR et la
JMNR. "


Pascal Lissouba et Ambroise Noumazalaye sont les pères de la JMNR.
Les autres ne sont que les seconds couteaux. Il s'agit de :

- Alphonse Massamba- Débat, Secrétaire Général,
- Hilaire Mounthault,
- Alice Badiangana,
- Maurice Ognami,
- Aubert Lounda,
- Julien Boukambou et
- Gabriel Obongui.

Les syndicalistes (Aimé Matsika, Léon Angor, Thauley
Ganga, Gilbert Pongault, Pascal Okemba Morlendé) encouragent la création de ce parti unique, le MNR, eux qui en voulaient à Youlou d'avoir mis fin au multipartisme.

Création de la JMNR
Pascal Lissouba qui se définit " premier parmi les égaux" est, évidemment, aux premières loges.

"Le 6 au 8 août 1964 : Congrès constitutif de la Jeunesse du Mouvement National de la
Révolution (JMNR)."


Pascal Lissouba commence sa théorie de l'intimidation, au grand dam de ses adversaires. L'un d'eux, un nordiste, s'en émeut :

"26 août 1964 : adresse violente de M. Léon Robert Angor, Président de l’Assemblée, qui
met en demeure Pascal Lissouba et son gouvernement « de procéder à l’épuration des
leaders de la contre-révolution »."


Lissouba le vrai chef de la JMNR ?

Commence la paranoïa des révolutionnaires marxistes dans laquelle s'illustre au premier chef, Pascal Lissouba, qui anime une émission dominicale destinée à "édifier" la jeunesse et à très forte connotation marxiste dogmatique. Conséquence :

"12 février 1965 : Le Premier Ministre Pascal Lissouba dénonce un complot qu’il attribue
aux Belges et aux Portugais, contre le Congo et précise que « l’opinion congolaise ne
s’étonne de rien si elle assiste, dans les jours à venir, à quelques événements, qui
n’auront pour but que de sauvegarder l’indépendance du Congo Brazzaville, compte tenu du complot ourdi contre le pays. » "


Le triple meurtre de 1965
La couleur est annoncée, le futur chantre de la démocratie de l'intimidation, théoricien de la tribu/classe est le vrai capitaine d'un bateau de plus en plus ivre :

"Cette déclaration sera un bon prétexte pour
Ambroise Noumazalaye et ses compagnons "toulousains" pour ouvrir une période
sanglante au Congo.
16 février 1965 : assassinat de trois hauts fonctionnaires, tous originaires du Sud :
Lazare Matsocota, Joseph Pouabou, tous deux magistrats, et l’Abbé Anselme
Mansouémé, Directeur de l’Agence Congolaise d’Information."


Massamba-Débat en est ému. Son incontrôlable Premier Ministre en fait trop. Et c'est lui qui encaisse le choc. Après-tout n'est-il pas le Président de la République, ched de l'Exécutif ? Lissouba se frotte les mains. Ces trois cadavres dans le placard de la République sont une aubaine pour lui puisqu'ils donnent de Massamba-Débat l'image d'un Président sanguinaire.

La Défense Civile

"18 juin 1965 : La Défense Civile est créée par la loi 12-65 du 18 juin 1965. Elle est gérée
directement par le MNR (cf. art.1 de ladite loi) ; les membres devaient recevoir une
instruction et un entraînement militaires ( art. 5). Ceux-ci sont prodigués par quelques
officiers congolais dits révolutionnaires ( Madzela Louis, Kimbouala Nkaya) et par des
camarades cubains, dans le but de protéger la révolution et d’imposer la dictature du
prolétariat."


22 juin 1966 : création de l’Armée Populaire Nationale.
L'armée, devenue nationale (la base militaire française ayant été chassée) on y recrute tout azimut. Des jeunes sans formation adéquate sont promus à des grades d'officiers. Parmi eux, un militaire frais émoulu de St-Cyr.

L'entrée en scène de Marien Ngouabi


"31 juillet 1968 : coup d’Etat de Ngouabi. Au lendemain de la réussite de son coup
d’Etat, le Président Ngouabi dissout la Défense Civile et la Gendarmerie Nationale, et
procède à l’épuration de l’armée. Ainsi près de 340 officiers, sous-officiers et hommes
de troupes dont ¾ sont originaires du sud, sont simplement écartés au seul motif
d’insuffisance idéologique décelée sans aucune investigation, et remis à la disposition de
la fonction publique."


Le premier coup d'état du Congo est réalisé par un nordiste. Le coup est violent ; beaucoup de cadavres jonchent le champ de bataille. Le camp "Biafra" où se sont repliés des jeunes en armes est "nettoyé" par les hommes de troupe dirigés par Marien-Ngouabi. Ngouabi n'est pas comme Sassou qui regarde de loin son coup d'Etat. Ngouabi est lui-même sur le tarrain. Ngouabi est soutenu par les soviétiques avec lesquels il va, par la suite, nouer de solides relations idéologiques sans contre-partie économique. Le Congo sous Ngouabi devient l'arrière-base militaire russe dans le conflit angolais.

Le procès de Massamba-Débat

"Novembre 1969 : Procès du triple assassinat de Lazare Matsocota, Joseph Pouabou et
de l’Abbé Anselme Mansouémé. Ce procès se déroule secrètement, devant une
juridiction spéciale, et est présidé par Henri Lopes qui est destitué rudement en cours
de procès. Il est remplacé par le Chef de l’Etat Marien Ngouabi, lui-même."


Les accusés :

"Sont cités à comparaître, les membres du groupe de Mpila et l’ancien Président Massamba-Débat.
Les absents sont seuls condamnés, et à une peine criminelle de 10 ans de détention :
Michel Mbindi, ancien directeur des services de sécurité et ancien Ministre de l’Intérieur,
Antoine Van den Reysen, ancien Directeur de Cabinet du Premier Ministre Pascal
Lissouba et Antoine Maboungou Mbimba, Chef du Groupe de Mpila."


Ont été acquittés :

"Tous les accusés présents, Alphonse Massamba Débat, Pascal Lissouba, Ndalla Graille, Ambroise
Noumazalaye sont acquittés et frappés seulement des peines accessoires et inhabituelles
d’interdiction d’activité politique et d’interdiction de sortie du territoire national pendant
2 ans."


Lissouba plaide non coupable :

""Pascal Lissouba a toujours nié avoir été l’auteur de ce triple assassinat."
Lissouba, acquitté au bénéfice du doute disparaît de la circulation, renoue avec ses éprouvettes puis avec revient sur scène où son ancien complice, Noumazalaye, devenu membre du PCT le co-opte car le rêve de Lissouba (faire du Congo une petite Suisse) doit forcément se réaliser. Comment, il ne sait pas encore. On verra qu'il fera équipe avec le M22, sous le nom de code "le Gorille".

Qui avait intérêt à tuer les trois hauts fonctionnaires ?

"Pour Antoine Maboungou-Mbimba, le responsable de ce triple assassinat n’est autre que M.
Ambroise Noumazalaye."


Voici, ce qu’il déclara à la Conférence Nationale Souveraine :
"« … A aucun moment, il n ’a ét é question d ’opérer de quelconques assassinats. Qui
avait intérêt au meurtre ? Alphonse Massamba-Debat ? Non, parce que Pr ésident de la
République et Chef du Parti, donc détenant la réalité du pouvoir. Il ne peut ordonner la
liquidation de trois hautes personnalités du Sud, au risque de s’aliéner toute cette région
à laquelle il appartient. De plus, il ne désirait pas renouveler son mandat … Pascal
Lissouba ? Étant Premier Ministre, il peut naturellement aspirer à la magistrature
suprême. De ce fait, on serait tent é de penser qu ’ il pouvait être g ên é par Pouabou qui,
lui également, briguait semble –t-il la Présidence de la R épublique. Il pouvait également
être g êné par Matsokota qui ne manquait pas d’ambitions … Ce qui n'explique pas la
mort de Massouémé. De plus Pascal Lissouba est un leader sudiste. L’assassinat de ces
trois personnalités, elles aussi originaires du Sud, lui est, comme à Massambat-Débat,
préjudiciable, car un tel acte ne peut que fracturer les alliances du Sud. Ambroise
Noumazalaye ? Il aspire non seulement au poste de Premier Ministre, mais surtout à la
magistrature supr ême. Il souffre depuis l’Europe de se sentir seul du Nord au pouvoir.
Ceci est à l ’origine de sa nomination au poste de Premier Ministre, en remplacement de
Lissouba."


C. Malonga s'interroge :

"Et puis, n’a-t-il pas lanc é à la face de Massamba-D ébat qu ’ « il y aura un
Pr ésident du Nord avant la fin de votre quinquennat » ? … M. Noumazalaye n’a jamais ni infirmé ni refuté ces allégations, ni encore
poursuivi M. Maboumba-Mbimba pour diffamation et propagation de fausses nouvelles."


Les milices de Marien Ngouabi

"En 1969, le Président Ngouabi crée le Parti Congolais du Travail qui décide de redonner les armes aux populations civiles tout en précisant que ne peut accéder au port d’arme de guerre qu’un militant appartenant à une structure de production. C’est la défense civile qui renaît pour constituer la Milice dont la composante sont : la Milice Ouvrière, la Milice Estudiantine et la Milice Paysanne."


Incontestablement, Ngouabi s'est fortement inspiré de la JMNR pour monter sa Milice populaire.

Devenu Président, Ngouabi se fait remarquer en Afrique pour son radicalisme et sa forte production idéologique. "Il met Marx aux commandes de la République" disent ses détracteurs. Pote des Russes, il se fâche avec la France. Elf dont les prospêctions avaient commencé dans les années 1960 découvre les premiers gisements pétroliers off shore au large de Pointe-Noire.
En 1974, plus de 20 milliards cfa tombent dans les caisses de l'Etat. Ngouabi se les partage avec ses amis du bureau politique du PCT. La grève qui met les étudiants dans la rue en 1972 avait soumi à Ngouabi un cahier de charges. Il n'en tient pas compte quand le pactole pétrolier tombe au Trésor Public, malgré ses promesses. La révolution congolaise s'embourgeoise. Les critiqueq fusent. Ngouabi ne veut rien entendre. Il s'entoure d'une équipe composée des siens : le HCR (Haut Conseil de la République) où l'on retrouve pêle-mêle les frères de Makoua, Owando, Oyo.
Après avoir nationalisé toutes les entreprises privée, il lorgne vers le pétrole et exige un audit qui veut faire faire par les camarades Algériens.
La france prend la mouche. Elle s'énerve et arme quelques hommes de mains. Le 18 mars 1977, Ngouabi est éjecté de l'histoire pour avoir été trop marxiste et trop gourmand.


Sources :
Célestin Malonga
"New Perspectives"
USA
Loumo
Veterran
 
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Inscription : Mar 16 Sep, 03 10:30

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