Je vous fait partager ci dessous un article très interessant relatif à la venue des chinois en Afrique diffusé sur le site amadoo.com.
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Puisque personne ne veut le faire, les Chinois eux le feront. Ils se lancent dans le commerce et envahissent l'Afrique (n'y voyez rien de pejoratif). Meme les pays reputes pour le sens des affaires des populations ne sont pas epargnes. Les Libanais n'ont qu'a bien se tenir, des milliers de petits chinois viennent vendre tout ce que leur pays peut produire a moindre cout sur les cotes africaines. Vous avez un projet industriel? reflechissez a deux fois avant de vous lancer car leur force de frappe est redoutable.
Les Chinois sont partout en Afrique! Ce constat, on l’entend désormais sur tout le continent, du Caire à Johannesburg, de Tananarive à Luanda. «Ils débarquent comme des sauterelles, s’exclame cet entrepreneur français basé en Afrique de l’Ouest, ils sont en train de prendre notre place!» En moins de cinq ans, et via d’innombrables visites officielles, dont la tournée géante du président Hu Jintao début 2004, 41 Etats africains ont signé des accords avec Pékin, appliquant souvent la clause de la nation la plus favorisée au détriment de Taïwan – l’autre Chine – mais aussi d’Européens dépassés et d’Américains obnubilés par la lutte anti-terroriste. On croyait l’Afrique agonisant loin des yeux de l’Occident: la Chine l’a réveillée.
Depuis l’an 2000, date du premier Forum Chine-Afrique à Pékin, les Chinois tissent leur toile. Les échanges commerciaux sino-africains n’ont cessé de croître durant cette période, passant de 10 milliards de dollars à près de 28 milliards fin 2004.
La soif de l’Empire du Milieu en matières premières est intarissable pour étancher sa croissance. Deuxième importateur de pétrole au monde et toujours plus dépendant en énergie, Pékin puise 25% de son naphte en Afrique. Mais la relation ne s’arrête pas là. La Chine décroche des concessions de pêches, annexe des forêts de bois précieux, ouvre des mines, importe du coton en masse, coton qu’elle transforme chez elle et réexporte dans des conditions idéales pour elle, depuis la fin de l’accord multifibre à l’OMC (1er janvier 2005). Les héritiers de Mao moissonnent aussi les contrats de construction, pipelines, routes, hôpitaux et aéroports. D’un bout à l’autre du continent noir flotte le drapeau rouge. Et, pour certains déjà, le péril jaune.
Les Chinois sont établis de longue date sur les rives africaines de l’océan Indien et le grand frère rouge tutoie ses vieux amis «socialistes» (Angola, Ethiopie, Algérie) ou encore les poids lourds des «non-alignés» comme l’Egypte. Mais depuis peu, il n’hésite plus à piétiner les platesbandes françaises au Gabon, au Tchad, au Niger, au Mali et jusqu’au Sénégal.
« Chinatown grignote de-Gaulle» A Dakar, le boulevard du Général-de-Gaulle est le plus large et le plus long de la capitale sénégalaise. C’est là, le jour de l’Indépendance, que l’on défile la tête haute, devant le peuple massé sur les contre-avenues ombragées. Mais voilà, depuis deux ans, «de-Gaulle, c’est Chinatown», maugréent les Dakarois. Tout un symbole. Des centaines de Chinois, des milliers peut-être, nul ne sait, y ont pris leurs quartiers.
En longeant l’allée sur près de deux kilomètres, en effet, des dizaines de boutiques ont grignoté Gibraltar, jadis quartier résidentiel de la classe moyenne. Une progression à la chinoise. Un magasin d’abord, puis une autre à côté, puis en face, etc. Ils louent au prix fort d’anciens garages réaménagés en locaux de fortune pour y écouler les babioles de l’Empire du Milieu, de la rose en plastique au string écartelé sur le mur, en passant par l’électroménager. Le coût de la vie à Dakar a bien augmenté avec l’afflux des multinationales rapatriées de Côte d’Ivoire. Et la manne des loyers chinois est bienvenue.
Les prix aussi: trois à cinq fois plus bas pour les produits de base. En pleine rue, mon ami Diop achète une machette pour la fête de la Tabaski de vendredi (fête du mouton), «Made in China» sourit-il. Des femmes en boubous étincelants déambulent satisfaites en enjambant les détritus, les garnements joueurs et les sacs en plastique. «De-Gaulle» est devenu sale, mais les plus pauvres, pressés aux stands chinois, ont l’impression, eux, que leur pouvoir d’achat a grandi.
Les vendeurs sont très méfiants. «Excusez-moi, vous parlez français?» Sans surprise, aucun ne parle une langue locale, pas même l’anglais. Et le gêneur est vite repéré. Inquiets, les vendeurs d’à côté nous guettent du coin de l’œil et filent. Un autre nous reçoit d’un «meyou, meyou!» (non!) et de vifs hochements de têtes, pour exprimer toute sa répulsion à communiquer. L’ami Diop, qui palabre avec un assistant wolof lance malicieusement: «S’il s’agit d’un prix, crois-moi, ils parlent toutes les langues!»
Les migrants chinois, c’est le cheval de Troie de Pékin, l’avant-poste des prix cassés – une drogue à accoutumance pour les pauvres – les prémices aussi d’avances plus officielles. Avec le Sénégal, la Chine achève son tour d’Afrique.
Pour s’imposer, elle a osé se rendre là où les Occidentaux ne vont plus ou pas encore. Par peur, par négligence, par mépris. Pékin n’a jamais rompu ses liens avec la Libye, sanctionnée par l’ONU mais pilier de l’Union africaine. Il n’a pas eu de scrupules à soutenir le régime soudanais contre du pétrole. Il ne parle jamais droits de l’homme mais business. Contrairement aux Occidentaux qui exigent hypocritement transparence et démocratie contre leur aide, la Chine prête à bons taux et sans condition – sinon l’arrêt de toute activité avec Taïwan. Côté pots-de-vin, elle supplante la France-Afrique qui fait figure en comparaison de gentil collège d’éthique.
Mais le succès a d’autres ressorts. La Chine n’a jamais été une puissance coloniale et impulse un esprit différent sur le continent, rappelé avec habileté au Forum Chine-Afrique en 2000, par Jiang Zemin à 44 dirigeants africains: «Il faut combattre ensemble l’hégémonisme et la domination occidentale» et s’entraider «dans la perspective d’établir un nouvel ordre mondial». Ici, la formule fait mouche, comme en lointain écho aux conférences des non-alignés qui ont succédé aux indépendances: le vieux rêve d’un nouvel ordre économique international, du développement Sud-Sud, souffle à nouveau.
Le grand frère chinois enrichi est de retour. Au second forum, à Addis-Abeba (décembre 2003), il a promis un nouveau bond en avant d’ici à 2006. Et jusqu’ici il a tenu promesse. Vingt accords bilatéraux sur la protection des investissements ont été signés et 250 accords d’assistance économique (44% de l’aide chinoise à l’étranger). La Chine a aussi créé un fonds de développement des ressources humaines pour l’Afrique et propose 7000 bourses d’étude.
Diplomatie pétrolière Des milliers de projets concrets témoignent déjà de cette coopération. A elle seule, la China Road and Bridge Corporation (CRBC) s’est engagée dans plus de 500 projets. Au Kenya, elle a rénové la route Mombasa-Nairobi. En Ethiopie, l’un des axes s’appelle désormais «Route de Chine» et la CRBC a remporté la réfection de la route de Douala, à la barbe des Français: 30% moins cher pour les Camerounais. La CRBC a ouvert des filiales dans quinze pays africains ou parfois 70% du réseau routier est «chinois».
Pékin séduit aussi en construisant des stades, comme celui de Dakar, des hôtels comme le Sheraton d’Alger ou des logements sociaux en Guinée, des aéroports au Mali ou au Maroc, des assemblées nationales au Gabon, au Tchad et à Djibouti. Pékin retape aussi et complète les liaisons ferroviaires du continent au Nigeria, en Zambie et en Tanzanie. Enfin, elle équipe le continent en téléphonie mobile. Tout le réseau tunisien a été quadrillé par la Chine qui coopère dans ce secteur avec vingt pays africains.
Mais ce sont la diplomatie pétrolière de la Chine et ses intérêts pour le sous-sol qui dominent. Notamment auprès des membres de l’Association des pays producteurs africains de pétrole (Algérie, Angola, Bénin, Cameroun, Congo, RDC, Côte d’Ivoire, Egypte, Gabon, Guinée équatoriale, Libye et Nigeria). Les Chinois qui fonctionnent par prêts plutôt que par donations, favorisent la participation de leurs compagnies dans l’exploitation et la prospection. Les pétrodictatures, apprécient d’autant plus que ces prêts ne sont pas conditionnés.
Le Nigeria, premier producteur d’Afrique, est le troisième partenaire de la Chine sur le continent après l’Angola et l’Afrique du Sud. Au Gabon, gros producteur du golfe de Guinée, le président Omar Bongo est devenu «l’ami des Chinois» à qui il a rendu visite dix fois.
Le pétrole n’est pas tout. Le géant a faim de toutes les matières premières. En Zambie, le groupe d’industrie des métaux non ferreux de Chine (NFC) a relancé en 2003 les immenses mines de cuivre de Chambezi. Au Burundi, non loin des gisements miniers de l’Est congolais, la Chine fait des clins d’œil. Le 16 janvier dernier, elle a équipé gratuitement le réseau informatique de l’Etat. Ce commentateur de République centrafricaine est pour sa part conquis: la Chine sera la nouvelle locomotive de son pays. La France, elle, occupe le 88e rang des investissements directs étrangers (IDE). Dès lors, pourquoi continuer à s’appuyer sur Paris? Quant à l’île française de la Réunion, elle intéresse les industriels chinois parce qu’elle leur donnerait l’accès au marché communautaire. Le projet est d’y implanter un lieu de production «high tech» assorti d’un label «Made in France»…
Les Africains sont toujours plus demandeurs des investissements chinois, comme le président kényan Mwai Kabaki. Une visite officielle est prévue début 2005. Mais Pékin a déjà déclaré le Kenya «destination touristique préférée des Chinois». Et cette présence devrait encore s’accroître en 2005 après le lancement du «New Asian/African Strategic Partnership», une plateforme de partenariat privé.
Les affaires s’accommodent mal de l’instabilité causée par la guerre et Pékin s’implique toujours plus dans les processus de paix. Il a participé au financement de la paix en Somalie et au Soudan, envoyé 500 casques bleus au Liberia (2003) et 218 en RDC (2004).
L’ingérence chinoise n’est pas pour autant dépourvue de dangers pour l’Afrique et les trémolos de la coopération Sud-Sud augurent aussi de nouveaux échanges inégaux. Pour répondre à ses besoins colossaux en bois tropicaux, la Chine exploite à outrance les forêts d’Afrique centrale (Guinée équatoriale, Cameroun, Gabon, RDC…). En 2004, 60% des quatre millions de m3 exportés par ces pays sont partis vers l’Asie, dont 95% en Chine. Et comme le coton, cette matière première n’est pas transformée sur place. La main-d’œuvre asiatique est jugée mieux qualifiée et meilleur marché.
Les Chinois ont aussi faim de poissons et jettent leurs filets. Au Sierra Leone, par exemple, convalescent après onze ans de guerre, 50% des bateaux de pêche enregistrés sont chinois. Ici encore, l’écologie n’est pas prioritaire.
L’éviction du rival taïwanais. Taipei, d’ailleurs, a déjà perdu cette guerre de l’ombre. Voici peu, le président de Formose en tournée a voulu se poser à Johannesburg. Son ex-partenaire sud-africain, converti à la Chine continentale, lui a fait savoir qu’il n’était plus le bienvenu. Le Taïwanais a donc poursuivi sa piteuse tournée là où il le pouvait encore: Sao Tomé, Swaziland, Malawi, Gambie, Burkina.
Le Sénégal, lui, comme le Tchad, joue sur les deux tableaux et fait monter les enchères. En 1996, Dakar a repris les relations avec Taipei, mais ne rejette pas les migrants du continent. Ce qui ne va pas sans poser des problèmes. Faits divers et règlements de compte entre mafias chinoises font les gros titres à Dakar. Un tripot clandestin au centre, des restaurants «écrans» sur le port, la contrebande, des prostituées aussi, dit-on. Voici un mois, une bande a sabré un rival chinois, «en plein jour» se souvient Abdou, un analyste financier international établi à deux pas du drame: «Le plus étonnant, c’est qu’il n’a pas porté plainte…»
La rue vote «chinois» Déjà, les Chinois sont accusés de tous les maux, de ne pas s’intégrer, de ne pas consommer local. L’Union des commerçants sénégalais, dont le quasi-monopole est inquiété par les prix chinois, a manifesté contre cette concurrence «déloyale» et ces «illégaux». Mais ce point de vue ne fait pas l’unanimité. L’Association des consommateurs est descendue peu après dans la rue sous le slogan «Laissez les Chinois en paix!». «Les gens sont heureux de pouvoir vêtir leurs enfants pour 1000 CFA (2,5 francs, ndlr) et payer la fourniture scolaire moins chère», affirme Solange, une mère de quatre enfants. Et comme la rue est satisfaite, la mairie ferme les yeux. La paix sociale vaut bien cela.
Une chose est certaine, les Chinois triment et donnent du travail à de jeunes Dakarois qui traduisent pour eux, négocient et les protègent du vol. D’autres, les «bana bana» s’approvisionnent chez eux en menu fretin qu’ils vont écouler dans les carrefours de Dakar: imitation Gucci et Ray Ban, gadgets lumineux et en règle générale tout ce dont nul n’a vraiment besoin. Et pourtant, ça tourne! En Afrique, les avant-postes de la globalisation son en place et les pionniers parlent chinois.