Si même la caisse de résonance le dit, ça doit être vrai. N'est-ce pas Andrew Young ?
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LE FAIT DU JOUR - L'électricité en question
Les critiques fusent de partout, le scepticisme est toujours à son niveau le plus élevé chez les Congolais lorsque s'engage le débat sur l'alimentation des ménages et des villes en électricité. Tous, en effet, ou du moins la plupart, pensent que les discours entendus concernant cette matière combien vitale pour le développement du pays et le bien-être des populations ne sont que du vent.
Cette attitude s'explique vraisemblablement par le temps qui passe sans que les délestages se terminent, dans le cas de Brazzaville et de Pointe-Noire surtout, par l'impatience des citadins de voir les ruelles s'éclairer car ceci contribuerait en même temps à réduire la marge de manœuvre des cambrioleurs qui profitent souvent de l'obscurité pour commettre leurs forfaits. Mais peut-on rester sensible à ce qui ne marche pas et fermer les yeux lorsque quelque chose bouge dans le bon sens ? La question mérite d'être posée car, malgré les plaintes, le pays se dote lentement, certes, mais avec obstination, d'outils de production de l'électricité.
Demain, en tout cas, quand tout sera rentré dans l'ordre, c'est-à-dire l'usine d'Imboulou terminée, la nouvelle centrale à gaz de Pointe-Noire rendue opérationnelle à côté de l'ancienne en fonctionnement, le Djoué, Moukoukoulou et Mpila tournant à plein régime, peut-être le Congo sortira-t-il de l'ornière, disons du noir[1]. Pour autant, les problèmes d'électricité seront-ils tous résolus ? Non, sans doute ! Pour plusieurs raisons dont deux semblent les plus essentielles.
Le premier problème sera celui de la société qui héritera d'un peu plus de 585 mégawatts et en assurera la distribution aux usagers. La pratique montre, en effet, que depuis plusieurs années, après une privatisation programmée et maintes fois avortée du fait de l'agitation des syndicats[2], la Société nationale d'électricité (SNE) a connu de nombreux écueils : son patrimoine, obsolète, a souffert des affres des guerres civiles de la décennie 1990, sa «cuisine interne» n'a pas toujours été gérée au mieux par ses différents dirigeants, ses agents n'ont pas souvent brillé par le sens des responsabilités.
À l'heure où de lourds investissements sont consentis pour la ressourcer, la SNE se dépouillera-t-elle cette fois du vieil homme en améliorant la qualité de ses prestations ? Plutôt que de se complaire dans la sortie de terre presque inespérée des ses nouvelles usines de production, la SNE devait dès à présent songer à innover et cesser d'arnaquer ses clients qu'elle facture parfois pour de l'électricité qu'ils n'ont pas consommée. On ne pourrait, en outre, trop lui conseiller de disposer dans ses entrepôts du matériel nécessaire pour assurer, dans les meilleures conditions, la vente de ses abonnements et l'entretien de son réseau.
Le deuxième problème sera celui des clients. On sait, en raison des questions évoquées plus haut, que certains n'ont pas été logés à bonne enseigne ; que, pris de colère devant des factures fantaisistes, il leur est arrivé parfois de pourchasser les agents venus vérifier leurs compteurs ou déposer une quittance. On sait pourtant aussi qu'ils ont souvent acquis frauduleusement des lignes d'alimentation en électricité, qu'ils trafiquent énormément le courant, qu'ils refusent de payer même après avoir régulièrement consommé le produit ; qu'ils laissent allumés en même temps le fer à repasser, la machine à laver, le ventilateur, le climatiseur, le réfrigérateur, la bouilloire, les ampoules et s'étonnent de devoir payer des factures qu'ils jugent faramineuses. Que ceux-là sachent d'ores et déjà que le courant en question coûte cher, que tant qu'on le consomme, on doit s'acquitter de son dû, qu'ailleurs, dans les pays qui ne connaissent ni coupures intempestives ni délestages - ce qui sera peut-être le cas un jour chez nous -, les ampoules allumées sont surveillées comme la prunelle des yeux. Attention donc à ne pas croire que ragaillardie par Imboulou et Côte Matève, la SNE donnera son courant grate comme Dieu donne la lune et le soleil.
Gankama N'Siah
In « Les Dépêches de Brazzaville »
Lundi 9 Août 2010 à 04:15:00