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L'amour est un compromis, dit-on. Cliché ou pas, c'est une vérité indéniable. Un couple mixte le démontre. Delphine Mel, parisienne d'origine bretonne de 30 ans, a déjà coché dans son calepin les deux prochaines Pleine Lune : le 31 décembre et le 30 janvier. Elle vit maritalement avec un Congolais et sait que ces soirs-là, elle dormira seule. Son mari, lui, passera la nuit dans une autre chambre. Et pour cause : il observe les traditions de son clan, entre autres il ne fait pas l'amour durant la Pleine Lune. Pour une fois, Delphine Mel est frustrée. "Le 31 décembre, c'est la Saint Sylvestre, nous ferons la fête... Evidemment, notre tradition à nous, depuis huit ans, c'est de faire l'amour à gogo pour entamer la nouvelle année. Hélas, ce sera la Pleine Lune. Et, comme je respecte ses convictions, je dois faire une concession."
Son compagnon, 33 ans, est originaire de Louengo, un village à 150 kms de Brazzaville, au Congo. Il fait partie du clan des Nitoumbi et, chez eux, mieux vaut mourir que d'enfreindre la tradition. En juriste de base -- Alphonse est avocat au barreau de Paris --, il connaît la valeur de la tradition. Il y trouve sa force, sa joie de vivre... "Sans la tradition, avoue-t-il, je ne sais si je serai en harmonie avec moi-même." Et quand il pleut, il ne court pas : la coutume l'en interdit. Alors il s'abrite ou, s'il est pressé, se trempe. Cela, sa femme seule le sait. Au "sacrifice inconscient d'une partie de son identité", pour reprendre les mots de Karim Hauser à propos de la dilution de l'identité arabe dans les sociétés latinoaméricaines, Alphonse préfère la discrétion consciente d'une partie de soi (Une réponse à l'actuel débat sur "l'Identité nationale" en France, qu'il juge d'un opportunisme inopportun ; un débat qui participe plus du triomphe de la laideur que de la défaite de la beauté).
La tradition, une beauté
Alphonse estime que la tradition a une valeur inestimable. Les francs-maçons, paraît-il, ne jurent que par la tradition. C'est dire la noblesse de ce mot. A ses enfants métis, Alphonse raconte des histoires séculaires de son village natal ; leur explique les proverbes. Et, en cela, c'est un artisan de la parole, au même titre qu'un griot. Pour ses aïeuls, la Pleine Lune était le signe de joie des mânes des ancêtres. Alors, pour ne pas les défier, il fallait s'abstenir de tout rapport sexuel. Mais l'explication la plus crédible est que Louengo est une société matriarcale : la femme est la patronne, elle ne peut avoir de rivales dans son foyer. La polygamie devait être vaincue. Du reste, à moins d'être un monstre, un homme ne peut satisfaire sexuellement deux, trois, quatre femmes à la fois. Forcément, il y aura des disparités. "Vous ne pourrez jamais être équitables envers vos femmes." (Sourate 4; verset 129) La polygamie n'est pas une règle, mais une exception, elle n'est donc pas obligatoire. Le Coran ne l'autorise qu'à la condition d'être juste "envers l'orphelin" (Sourate 4; verset 3).
Cette autopunition s'explique plus par le sexe que toute autre raison. A Louengo, l'abondance du sexe nuit à la quête de soi, à la santé intellectuelle. Il suffit de voir la majorité des polygames, ils sont maigrichons ; leur chevelure est épaisse. Ils réfléchissent moins. Très souvent, à cinquante ans, ce sont des épaves. Ils ne laissent à leurs enfants que le souvenir amer d'un homme écervelé, comme héritage. L'abstinence sexuelle, de temps à autre, ça a du bon : elle pousse l'homme à ne pas faire du rapport sexuel, du moins à Louengo, comme un impérialisme nécessaire. Bonne année à tous dans les bonnes traditions!
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