Fondée le 21 septembre 2013, l’ARC (association Les Amis de la République Centrafricaine), a fêté son septième anniversaire ce lundi 21 septembre 2020 dans le 18ème arrondissement de Paris. Pour cause de mesures contre la Covid-19, l’événement a commencé au Portobello, au 36 de la rue Ordener, pour s’achever au café-restaurant Le Jade, rue Belliard.

En raison de la précaution sanitaire, l’anniversaire s’est déroulé en comité très restreint. On a noté au Portobello la présence de Bedel Baouna, Congolais et membre actif de l’ARC. Étaient présents rue Belliard, Pascaline (Trésorière), Charly (Chargé de mission), Simon Mobitang (Secrétaire général et cofondateur de L’ARC).

Genèse

L’association est née d’un besoin impérial d’intellectuels de toutes nationalités de réfléchir sur la question de la RCA, un pays qui semble atteint d’un mal aussi mystérieux qu’incurable : la balkanisation. « L’acte de naissance de l’ARC fut quasiment signé à La Maison de l’Afrique (Paris) où l’échange des idées frappa l’opinion quant à la façon de prendre la parole  », rappelle Simon Mobitang. Prenant exemple sur la question malienne, l’auditoire en arriva à la conclusion que le parallèle entre La Centrafrique et le Mali n’avait pas lieu d’être. Le Mali, Etat en guerre permanente dans sa partie nord, tranchait avec la RCA, pays où 80% du territoire, aux mains de groupes armés, créa la situation inédite où l’État n’existait plus. Un Etat sans Etat : le comble de l’anarchie.

Issus de plusieurs horizons géographiques, les amis de la RCA, gouvernés par un même idéal, décidèrent de s’organiser en association. Ainsi naquit L’ARC, sigle (ça ne s’invente pas) qui est l’anagramme de la RCA. Voilà pour la genèse.

La politique

Tout le long de son fonctionnement, une question a tourné autour de la raison d’être de L’ARC. Fallait-il observer une neutralité en se contentant de faire des propositions ou devrait-on se jeter corps et âme dans le débat politique centrafricain ? ARC, simple amicale ou Parti Politique ?

Pour son président, Me Michel Langa, l’ARC est, sans concession, apolitique. Composée d’amis et non « d’enfants de la RCA », il serait, en effet, difficile aux Centrafricains d’accepter ce qui serait une forme d’ingérence des membres « amis de la RCA » si jamais l’ARC se transformait en parti politique.

Cependant, pour d’autres, le niveau hétérogène de l’ARC est davantage un atout qu’un handicap. Sans jeu de mot facile, un arc qui a plusieurs cordes « bande fort  ». On parle ici de transcendance. Or les frontières, notamment en Afrique, sont une imposition issue de la Conférence de Berlin. Les combats qui valent la peine d’être menées sont ceux de l’ingérence transfrontalière, transculturelle, trans-ethnique. Bref, les combats panafricains.

Les exemples du droit d’ingérence sont légion dans le monde ; à commencer par celui de Barthélémy Boganda, père-fondateur de la RCA, un modèle incontestable de panafricanisme, partisan farouche des États-Unis d’Afrique… Né dans le territoire de la Lobagne, il se disait également Congolais. Frantz Fanon, médecin-psychiatre d’origine antillaise, mena son combat d’intellectuel militant en Algérie. Le Bolivien Ernesto « Che  » Guevara s’impliqua dans le maquis du Congo-Léopoldville et dans la politique cubaine, deux situations que rien ne l’obligeait d’embrasser sauf le sens aigu de justice qui l’habitait. Au début du siècle dernier, Franco, en Espagne, fut combattu par les Résistants venus de toute l’Europe (Brigades Internationales) sensibles aux cris des peuples croulant sous le joug du dictateur.

Guerre et Paix

Pour l’heure, sept ans après sa création, bien qu’apolitique, l’ARC se donne comme objectif d’être un groupe de pression agissant sur le cours de l’histoire centrafricaine. Par exemple la question de l’impunité. Le crime et le châtiment représentent un sujet sur lequel l’ARC, le président Michel Langa, de surcroit, avocat au Barreau de Paris, n’entend pas transiger. Il y a eu des crimes contre l’humanité en RCA, des génocides sur la base religieuse, voire ethnique. Ces crimes-là sont imprescriptibles.
« L’ARC a expliqué, à ce propos, sa position au Président Faustin-Archange Touadéra  », dit l’homme de Droit. L’État centrafricain doit se rendre à cette évidence que Justice doit être rendue. Car sans la justice, les frustrations seront légion. Les victimes auront toujours le sentiment d’avoir été sacrifiées sur l’autel de la combine politique. Or la justice est un pilier de la démocratie.

Démocratie

Maintenant que la RCA est en train d’emprunter la voie démocratique, les enjeux de lutte changent. En épousant, entre autres, la cause des victimes. En insistant sur ce que la démocratie n’est pas seulement une technique mais une culture ; ce qui unit les Centrafricains est plus noble que ce qui les divise…

Quant à déterminer si l’ARC est une association apolitique ou un parti politique, la question ne se pose plus. « J’ai beaucoup à faire dans mon cabinet que de m’occuper de politique » assène Me Langa qui compte plus de 20 ans de barreau. La neutralité de l’association des amis de la RCA n’est donc pas négociable.

Les élections présidentielles approchant (27 décembre 2020), l’ARC ne prend position pour aucun des quatre candidats en lice. Au contraire, elle travaillera avec celui qui sera (ré)élu après le deuxième tour le 12 février 2021. Elle coopérera de la même manière qu’elle le fit en 2019 lorsque l’Ambassade de la RCA l’invita à la Semaine Africaine, à L’UNESCO.

Daniel Bimbou