Directeur général de l’Agence de régulation et de transfert de fonds au Ministère des finances et du budget, Robert Jean Raphael Massamba-Débat, troisième fils de feu Alphonse Massamba-Débat, est décédé ce mardi 6 novembre 2020 à Brazzaville sans avoir une idée de l’endroit où fut inhumé son père en 1977. Gémissons.

Robert avait deux casquettes. Cet article parlera du guitariste, pas du grand commis de l’État rompu aux rigueurs de la finance, docteur en Économie.

Noblesse oblige

C’est un grand artiste qui vient de jouer sa dernière note en Fa mineur. On pouvait l’appeler le musicien aristocrate car sa noblesse se souciait peu de la rupture de classe, lui dont le rang social s’attachait à la haute bourgeoisie politique du Congo-Brazzaville. Fils d’un ancien Président de la République du Congo (1964-1969) (lui-même, le noble papa, excellent footballeur et bon flutiste) Robert n’eut pas l’impression de casser une barrière sociale en se lançant à l’assaut de la guitare, instrument en vogue dans les couches populaires. Un prince jouant au saltimbanque ? « Mon père balaya d’un revers de la main les remarques que pouvait susciter mon choix artistique » avouera-t-il.

Robert alias Bob apprit ses premiers accords grâce à Rock Mavounia, redoutable disciple de Jimmy Hendriks, un monstre de la guitare. Bob avait une connaissance aiguë des modes lydiens, doriens, phrygiens qui donnent des couleurs au jeu des grands guitaristes. Aussi je lui soupçonne d’autres maîtres que Rock Mavounia car l’artiste abordait sans retenue des champs aussi complexes que la salsa, le rock, la bossa-nova qui exigent les inquiétants accords de neuvième, diminués ou renversés.

Pour l’avoir vu faire ses gammes, Bob ne tarissait pas d’éloges quand il parlait des maîtres en harmonies et en dysharmonies de la rive gauche : Nico Kasanda, Athel Bumba (Afrisam), Tonton Ricos (Bella-Bella) et de la rive droite : Lucky Mahoungou (Cépakos), Gerry Gérard (Bantou), Kimbembé Mousse (Sinza), Makosso, Samba Mascot.

Voilà pour la formation de l’idole.

Les Techniciens

Puis vint l’épopée des groupes en herbe (années 1970) dont la vague submergea les muses des adolescents scolarisés. Bob fait ses classes dans Les Techniciens (groupe issu du Lycée technique du 1er mai) en compagnie de Zama Jean-de-Dieu, Rock Mavounia, Toussaint Issangui, Ngoma Pergo, Charly, Odilon Ingani, Lascony, Clément Bakouma, Gaston Banzoulou etc.
Ces lycéens avaient réconcilié dilettantisme et professionnalisme avec une facilité déconcertante. Hormis Mwana Zama (John God) Balou Canta, c’est étonnant qu’ils ne fissent pas carrière dans la musique.

Le disque

1975- Après s’être confinés dans les studios de Socodi, Les Techniciens accouchent de deux 45 tours devenus aujourd’hui des pièces rares. Il s’agit de quatre titres : Manda, Marie-claire Lo, Michaël, Chanta Bouita. Les auteurs, Dieudonné Mwana Zama, Ngoma Pergo, Issangui Toussaint, Mwana Zama paraissaient avoir intériorisé le système de la composition musicale dont Grand Kalé, Pépé Kalé, Tabu-Ley, les Frères Soki, Simaro, Pamelo Mounka avaient le secret.
A Socodi (société congolaise du disque), sous la prise de son d’Andoche Ntoumi, campaient au chant : Issangui Toussaint, Tedy, Pergo, Mwana Zama. A la batterie Lascony, à la rythmique Clément Bakouma De Foundoux, à la guitare basse Gaston Stévy Banzoulou, à la guitare Lead Robert Massamba-Débat.

Chantabouita

Une dissension brisera Les Techniciens. Naîtrons de cette rupture Chantabouita et Les Nkowa. Robert, Stévy, Toussaint, John God, Balou Canta, Lascony, Clément feront partie de Chantabouita (acronyme de Chantal Bouity, une muse de John God).

On croyait le disque canonique enregistré à socodi disparu à jamais dans le marasme des pillages post-conflit. C’est avec stupéfaction qu’on découvre que Radio-Forum de Maurice Massengo-Tiassé possède ces titres, véritables chefs-d’œuvre, dans ses archives.

1980, marque un tournant dans le parcours musical. Bob part poursuivre ses études en France. Montpellier verra s’exprimer le génie musical de Robert Débat dans le groupe Zimaméya co-créé avec Nkounkou Marlo, Alberick. Ils seront rejoints par René Gomez, Djo Ballard et Paul Soni Benga. De retour au Congo au début des années 1990, le guitariste met un bémol à la fonction musicale profane. Il se consacre à la musique religieuse.

Appendice

En 2012, en compagnie de Mwana Zama, Bob et moi tapons un bœuf dans sa villa de Bacongo où trônait un impressionnant matos. J’étais à la basse, lui à la guitare, Mwana Zama au chant. Nous revisitâmes les titres enregistrés à Socodi assortis de commentaires burlesques de Bob car il maniait aussi bien l’humour que la guitare. Ce fut son chant de cygne. Je ne le revis plus en tant qu’artiste. J’ai gardé dans mes oreilles ces dissonances qui font le charme des chorus chez les musiciens de qualité.

En vérité, Bob ne jouait pas de la guitare, il se jouait de la guitare.
RIP Robert.

G. D. Bimbou