Généralement quand on parle du rôle de la diaspora dans le développement de l’Afrique, souvent on ne fait qu’allusion aux transferts d’argent que les Africains font dans leurs pays et qui permettent de régler quelques problèmes vitaux.

Et, chaque année, le montant total de ces transferts est très exorbitant et se chiffre en milliard. Toutes monnaies confondues.

Certes, dans certains pays notamment ouest-africains l’impact de ces transferts est très visible. Pour preuve, des Conseils départementaux ou d’autres organisations régionales ou villageoises attendent, chaque année, les transferts de leurs diasporas avant de voter leurs budgets de fonctionnement et d’investissement.

L’aura de la diaspora

Aussi, les gouvernements qui encouragent la participation des diasporas dans le développement de leurs pays, ont créé des départements qui s’occupent des relations avec la diaspora. Mais, ces relations ne devraient pas se limiter à un simple contrôle d’effectifs des citoyens de ces pays vivant à l’étranger. Elles doivent imposer des programmes et des calendriers de travail. Les gouvernements doivent aussi avoir la mission d’accompagner leurs citoyens vivant à l’étranger dans la réalisation de leurs projets de développement, en leur facilitant les démarches administratives et l’implantation. Par exemple, ils doivent les exempter de certaines charges (douanes, impôts et autres taxes pendant les cinq premières années qui suivent la réalisation du projet). Mais, les diasporas ont aussi un grand rôle à jouer dans la politique et l’instauration de la démocratie dans leurs pays.

Notre discours concerne donc le développement économique et le développement politique.

Le développement économique

Au moment où la plupart des gouvernements africains parlent de la diversification des économies, les diasporas ne devraient pas être mises sur les bancs de touche comme dans le football. Mais, elles doivent être amenées à jouer des rôles très importants voire déterminants. Car, elles peuvent être capables de développer l’informel qui est la base du développement du secteur privé d’un pays, et non les zones économiques qui, d’ailleurs, ont échoué dans beaucoup de pays puisque les capitaux investis sont repartis vers les pays investisseurs.

Mais, pour jouer leur rôle dans le développement économique, les diasporas ont besoin de bonnes politiques des gouvernements et des cartographies.

Les cartographies

Nous appelons cartographies ces documents techniques qui présentent chaque secteur de l’économie, situent les lieux où il peut avoir lieu et se développer, valorisent les atouts naturels dont le projet a besoin (climat, sol, sous-sol, végétation, hydrographie, relief..) et humains (statistiques et qualifications des personnes formées dans ce secteur et qui y travaillent déjà ou y attendent des emplois), fait savoir ses difficultés ou les raisons d’échecs, et résume la politique du gouvernement sur ce secteur.

Au Congo, l’élaboration des cartographies peut revenir au Conseil Économique, Social et Environnemental.

Et, un an avant la fin de chaque mandat présidentiel, le Conseil Économique, Social et Environnemental devra publier les cartographies du pays. Elles doivent être accessibles à tous les Congolais. Car, elles permettront de vite découvrir les exploits et les limites du Président sortant, et mettre fin aux missions onéreuses des membres du nouveau gouvernement qui prennent des mois pour ne pas dire des années à voyager à travers tout le pays pour aller toucher du doigt les réalités de chaque localité.

Aussi, les candidats à l’élection présidentielle s’en serviront pour élaborer leurs discours de campagne et rédiger leurs Programmes et Calendriers de gouvernement. Les membres des diasporas les utiliseront dans le choix des projets dans lesquels ils veulent ou peuvent investir comme opérateur privé ou partenaire du gouvernement ou des conseils départementaux. Il faudra que le Congo arrive à cela pour créer le secteur privé puisqu’au bout de quelques années, le gouvernement ou le Conseil départemental pourra vendre ou céder ses parts à l’actionnaire privé.

Le ministère chargé des relations avec la diaspora et les Conseils départementaux s’en serviront pour promouvoir les secteurs qui sont prioritaires et qui peuvent aider à la diversification de l’économie.

Parce que telle qu’elle se conçoit, la diversification des économies africaines ne semble être qu’une affaire des gouvernements qui pourtant ont déjà lamentablement échoué dans la création des emplois et des richesses car ils naviguent à vue. Sans cartographies.

Aujourd’hui, les gouvernements africains ont besoin de leurs diasporas pour développer les secteurs privés qui sont les bases de l’économie, à travers l’informel. Mais, le développement économique doit rimer avec la démocratie. Pas de développement sans la démocratie.

Les diasporas et la politique

Deux cas d’espèce nous permettent de mener notre réflexion sur le rôle que peuvent jouer les diasporas africaines dans le développement politique de leurs pays d’origine et de résidence. Dans les deux cas, les politiques doivent se développer et évoluer.

Mais, ce rôle dépend de la reconnaissance ou non de la double nationalité des Africains par les gouvernements des pays où ils résident.

La double nationalité

Les Africains qui ont la double nationalité devraient, en effet, jouer leur rôle dans leur pays de résidence et dans leur pays d’origine.

Pour ce faire, ils doivent massivement sympathiser ou adhérer dans les partis politiques dans leurs pays de résidence et dans leurs pays d’origine au lieu de créer des mini partis qui n’ont d’assises ni dans les pays d’origine ni dans les pays de résidence. Mais, le rôle des Africains vivant dans les pays qui ne reconnaissent pas la double nationalité ne doit pas être négligeable.

Ces Africains doivent, eux aussi, adhérer massivement dans les partis politiques de leurs choix dans les pays où ils résident. C’est que le débat politique se mène dans les partis et dans les assemblées nationales ou départementales ou encore municipales. Même à titre informatif, les Africains peuvent parler des situations politiques dans leurs pays dans ces assemblées.

Dans les deux cas, l’adhésion des Africains dans les partis politiques des pays dans lesquels ils résident, fera que l’on amène les problèmes politiques africains dans les instances officielles qui sont chargées du débat politique,

Or, dans la rue, et pendant les manifestations ou les marches, les Africains ne débattent qu’avec les badauds et les policiers qui y viennent pour assurer l’ordre public et sécuriser les personnes et les biens. Et, qui ne feront pas un rapport politique de la manifestation.

Certes, les journalistes qui s’intéressent à l’Afrique peuvent publier quelques filets ou brèves, mais leurs sujets introduits par un ou des conseillers ou députés dans l’ordre du jour d’une session parlementaire, aura plus d’échos et d’impacts dans l’opinion nationale et internationale.

En plus, c’est dans les partis politiques que sortent les membres du parlement européen par exemple.

Plus les Africains seront nombreux dans les partis politiques, plus ils influenceront les politiques de ces partis et des gouvernements jusqu’à mettre fin à certaines pratiques que les marches ou manifestations dans la rue ou encore les discours dans les métros ou places publiques n’arrivent pas à arrêter.

En adhérant dans les partis politiques, les élus de ces partis seront dans l’obligation de faire parvenir leurs messages dans les instances municipales, départementales, nationales et continentales puisqu’ils compteront aussi sur les voix des Africains pour se faire réélire.

Imaginons l’impact que peut avoir une affaire inscrite à l’ordre du jour d’une session du parlement européen par des députés français, italiens, allemands, belges, suédois, norvégiens… qui accepteront d’être la voix des Africains, notamment ceux qui ont adhéré à leurs partis. Ne voyez-vous pas que les lignes pourraient vite bouger là où elles n’ont pas bougé avec les marches et les manifestations ?

Nous ne disons pas que les marches et les manifestations ne sont pas utiles dans la lutte politique ; mais nous voulons exhorter les Africains à adhérer aux partis politiques où ils vont cohabiter les élus et auront la chance de se faire élire dans les assemblées municipales, départementales et nationales.

Aussi, l’adhésion des Africains dans les partis politiques de leurs pays de résidence devra faciliter la collaboration avec ceux de leurs pays d’origine.

Qui a tué Guy Brice Parfait Kolelas ?

Aujourd’hui, les Africains aspirent au renouvellement de leurs classes politiques. Des jeunes leaders politiques émergent dans leurs pays ; mais souvent ils sont écrasés par les vieux dinosaures politiques qui ne veulent pas leur laisser la place. En plus, ils ont du mal à avoir le soutien des lobbies étrangers. C’est le cas de Guy Brice Parfait Kolelas qui pourtant a fait ses preuves pendant les élections de mars 2016 et 2021 et que nous les Congolais de la diaspora avons laissé se faire écraser par le vieux parti au pouvoir.

Or la collaboration entre les partis politiques peut aider les jeunes leaders africains à se faire connaître dans les grands milieux politiques et avoir le soutien et la protection des grands lobbies. C’est souvent le cas, les grands lobbies politiques se servent du prétexte de ne pas bien connaître les jeunes loups qui sortent de leurs tanières politiques pour ne pas soutenir l’alternance politique dans les pays africains.

La diaspora n’a pas accompagné Guy Brice Parfait Kolelas dans son aventure politique comme elle l’accompagne aujourd’hui dans sa tombe. Aussi, elle ne l’a pas introduit dans les réseaux politiques étrangers ou proposer le soutien des partis politiques européens, pour faire naître la confiance et être en sécurité.

La mort de Guy Brice Parfait Kolelas, c’est aussi la faute à nous, membres des différentes diasporas.

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain