La dernière créature des institutions financière en Afrique fait feu de tout bois au Congo-Brazzaville où l’Etat ne parvient pas à assurer le payement régulier des pensions, des bourses et des salaires depuis plusieurs années. Les divers programmes du Fonds monétaire international (FMI) font foi.

La crise des liquidités du Congo-Brazzaville est antérieure à la crise du coronavirus. Le covis 19 a bon dos. Les députés ont adopté le 16 décembre la loi de finances de l’Etat rectifiée pour l’année 2020 ainsi que le budget général, arrêté en recettes à la somme de 1 410 377 000000 FCFA et en dépenses à la somme de 1 523 680 000 000 FCFA.

Cigale

Ce budget dégage, en effet, un déficit de 113 303 000 000 FCFA augmentant le gap de financement. Cet écart de trésorerie est, quant à lui, estimé à 535 milliards FCFA. Le gap de financement global du budget réajusté est de 648 603 000 000 FCFA. Celui-ci sera financé, a indiqué le ministre délégué au Budget, Ludovic Ngatsé, par divers appuis des partenaires techniques et financiers tant intérieurs qu’extérieurs. La loi de finances initiale de l’exercice 2020 avait fait l’objet d’une première rectification en mai dernier. Ceci suite au choc relatif à la pandémie de la Covid-19 qui sévit dans le pays et dans le monde entier. « La cigale , ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue » . Au Congo-Brazzaville où l’Etat est une cigale, l’immense foule des travailleurs se retrouve démunie quand sonne l’heure de la retraite malgré les cotisations dont ces fourmis se sont acquittées à la Caisse des retraites des fonctionnaires (CREF) dirigée depuis 2017 par le flatteur François Nguimbi, qui n’avait dans sa bouche que le nom de « l’empereur » Denis Sassou Nguesso et à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) à la tête de laquelle se trouve Evariste Ondongo. Les deux préposés du Congo-Brazzaville aux organismes de retraite peinent à satisfaire les besoins des pensionnaires à la fin de chaque échéance cumulant ainsi plusieurs mois d’arriérés, atteignant jusqu’à deux années. Devenus le réceptacles du coup de l’âne de « l’empereur » de Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, les retraités vont recevoir en cette fin d’année 2020 le coup de pouce du Club de Brazzaville.

Le Club de Brazzaville est un groupe réunissant la BGFI-Bank, La Congolaise de Banque (LCB), Ecobank et la Banque sino-congolaise pour l’Afrique (BSCA). Jean Dominique Okemba est le président du conseil d’administration de la BGFI Bank. Le président directeur général de la BGFI, Henri-Claude Oyima, a annoncé le 19 septembre 2020 à Brazzaville la mise en place par un groupe de banques d’un financement de trois cents milliards de francs CFA, destinés à soutenir les entreprises en République du Congo.

Le Club misanthrope

Dans la recherche des solutions visant à apurer la dette intérieure du Congo-Brazzaville, le gouvernement avait conclu, en mars 2020, un accord de financement avec le Club de Brazzaville. Le prêt de 300 milliards de francs CFA du club de Brazzaville, car il s’agit bien d’un crédit, doit servir à soulager les finances des entreprises engagées dans les travaux de sable de Jean-Jacques Bouya et à rembourser les arriérés de paiement liés à la dette sociale (caisses de retraite CREF et CNSS). En définitive, le Congo-Brazzaville s’endette pour rembourser sa dette. Un véritable cercle vicieux. Bon prince, c’est dans ce cadre qu’une ponction de 10 milliards de francs CFA a été pratiquée dans les 300 milliards de francs CFA prêtés par le Club de Brazzaville en vue du versement des pensions pour redonner du sourire à cette catégorie de la population soumise à l’inanition et au sein de laquelle on observe un fort taux de mortalité faute de soins médicaux consécutifs au manque d’argent.

Chômage structurel

Avec l’allongement de la durée de la vie, le développement des activités qui émargent dans le secteur informel et donc qui ne versent pas de cotisations sociales et le déséquilibre sans cesse croissant entre actifs et retraités, conséquence d’un fort taux de chômage de plus de 50% de la population active, le déficit de l’assurance vieillesse devrait s’accroître en 2021 et encore se dégrader les années suivantes si rien n’était entrepris pour renverser la tendance. Au Congo-Brazzaville, 70% des jeunes en âge de travailler sont sans emplois. Leur mobilisation augmenterait le nombre de cotisants. Toutes les études prospectives montrent que si rien n’est fait, notre système de répartition volera en éclat.

Une réforme si importante, si structurante que celle des retraites
ne saurait se borner à une simple opération de bienveillance et de bienfaisance d’une institution de crédit comme le Club de Brazzaville. Il est plus que temps d’inventer les instruments financiers efficaces et stimulants qui permettront à chacun de préparer, à titre privé, le financement de ses vieux jours. C’est le système de capitalisation qu’il convient de faire coexister à côté du système de répartition héritée de la colonisation. Toutefois, sur ce terrain libéral, au Congo-Brazzaville, il vaut mieux avancer avec prudence.

Benjamin BILOMBOT BITADYS