Lettre ouverte au Président de la République française, au Secrétaire Général de l’organisation des Nations Unies (ONU) Oui au Président de la République Française qui a dit « Non » à Monsieur Denis Sassou-Nguesso, l’inventeur de la stratégie du 3è Mandat via le changement de Constitution.

Monsieur le Président de la République Française, Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU, C’est un grand honneur pour nous de vous adresser cette Lettre ouverte au
moment où se tient dans la capitale de la République du Congo, notre pays d’origine, une rencontre regroupant quatre chefs d’Etat et deux Premiers Ministres d’Afrique centrale ainsi que le Ministre Français de l’Europe et des Affaires étrangères et divers acteurs institutionnels de la vie académique, diplomatique et économique du monde francophone.

En effet, du 27 au 29 octobre 2020, Brazzaville est le lieu de célébration du « 80ème anniversaire du Manifeste de Brazzaville  », un événement auquel le Président de la République Française, Monsieur Emmanuel Macron, était initialement invité par Monsieur Denis Sassou Nguesso, le Président de facto de la République du Congo.

En notre qualité de membres d’une plateforme associative de droit français regroupant des Congolais de la diaspora aussi bien dans le but de défendre la Démocratie et la République en tant que valeurs que dans celui de promouvoir les intérêts du peuple souverain du Congo, nous sommes satisfaits face au constat suivant : le Président de la République Française, Emmanuel Macron, a évité un piège tendu par le Général Sassou Nguesso à tous les défenseurs de la Liberté et des principes de la Démocratie et de la République.

De quoi s’agit-il précisément ? Et quelles leçons doit-on en tirer ? La réponse, en quelques points, à chacune de ces deux questions, justifie pleinement qu’une Lettre ouverte soit adressée à la fois au Président de la République Française et au Secrétaire Général de l’ONU.

1-Brazzaville est un «  lieu de mémoire  » pour les défenseurs de la Liberté, de la Démocratie et de la République en tant que valeurs et institutions, si l’on considère l’époque où le Général De Gaulle en fit la capitale de la France Libre.

C’est bien ce qu’explique Pierre Messmer, le dernier Haut Commissaire de la République en Afrique Equatoriale Française, dans la préface d’une brochure du Ministère français de la Coopération traitant, en 1994, du cinquantième anniversaire de la Conférence de Brazzaville. Ainsi, ce Gaulliste emblématique écrit : « Brazzaville, c’est d’abord la capitale de la France Libre. Elle le devient à la fin du mois d’Août 1940, à la suite du ralliement de l’Afrique Equatoriale Française, qui confère au Général De Gaulle la légitimité qui lui manquait à Londres et concrétise la continuité de la République. Le Général fit à Brazzaville, on l’oublie trop souvent, de très nombreux séjours tout au long de la guerre, y lança un Manifeste le 27 octobre
1940 sur le respect de la démocratie et y prononça parmi ses plus importants discours de la période.
 »

2- Brazzaville est, dans la période actuelle le pandémonium, la capitale de l’enfer des partisans africains du « 3ème mandat via le changement de Constitution  », si l’on considère le fait que, dans le but de rester « Président à vie  », Denis Sassou Nguesso est l’inventeur et le premier bénéficiaire, en Afrique, de cette stratégie, depuis 2015-2016. Faut-il encore rappeler que Denis Sassou Nguesso est le Président de facto de la République du Congo et non le Président élu, puisque ce militaire à la
retraite avait mis fin à la pseudo-élection présidentielle d’avril 2016 qui devait connaître un deuxième tour opposant le Général Jean-Marie Michel Mokoko et Parfait Kolélas ? Et par rapport à cette pseudo-élection présidentielle de 2016, le gouvernement français n’a-t-il pas demandé, par la voix de son Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères la libération du Général Mokoko qui n’est en prison que pour « crime de lèse-majesté » dans la mesure où il n’a jamais reconnu la «  victoire » de Denis Sassou Nguesso ? Faut-il encore préciser que ce même Denis Sassou Nguesso est un «  Président à vie  » qui, à l’âge officiel de 77 ans, totalise 36 ans, en 2020, dans le fauteuil de Président de la République, chef de l’Etat ? Et ceci de 1979 à 1992 suite à un coup d’Etat de palais, puis de 1997 à aujourd’hui suite à un coup d’Etat militaire réussi durant une guerre civile du pétrole qu’il avait orchestrée avec la Françafrique contre le régime de Pascal Lissouba, qui reste le premier et le seul Président démocratiquement élu au suffrage universel direct au Congo.

3-À Brazzaville, vers mars-avril-mai 2021 , le Général Sassou Nguesso prévoit de se présenter pour une énième fois comme un « Président réélu  » à l’issue d’une énième pseudo- élection présidentielle. Dans cette perspective il rêvait d’une grande conférence internationale pour lancer sa « précampagne électorale  » en compagnie du Président de la République Française et de tous les chefs d’Etat des pays francophones du continent. Et cela, tout en célébrant, en réalité, le 24 octobre 1997, date de son auto-proclamation comme Président de la République à l’issue du coup d’Etat militaire qui lui avait assuré cinq ans de pouvoirau titre d’une «  transition  ».

3- L’objectif politique de Monsieur Sassou Nguesso est d’instrumentaliser ceux qu’il croit être ses pairs afin qu’ils lui servent de faire-valoir dans l’opinion internationale, lui dont l’opinion nationale est le cadet des soucis. C’est de ce point de vue que nous voudrions préciser, à la très haute attention du Président de la République Française et du Secrétaire Général de l’ONU la contradiction fondamentale qui existe entre, d’un côté, les valeurs portées par le Manifeste de Brazzaville et de l’autre, les « antivaleurs  » qui sont incarnées par Monsieur Sassou Nguesso et son système politique au Congo.

C’est de ce même point de vue que nous considérons comme un devoir pour les Congolais défenseurs de la Liberté, de la Démocratie et de la République, d’expliquer aux peuples et aux dirigeants du reste du monde la chose suivante : à Brazzaville, lieu symbolique et historique pour les valeurs et principes de Liberté, de Démocratie et de République à l’époque de la Résistance française contre la nazisme, il y a, au moins depuis 2015-2016, la source de tous les maux liés à la stratégie dictatoriale du « 3ème mandat via le changement de Constitution ». À cet égard, la situation actuelle en Guinée et en Côte d’Ivoire préoccupe d’autant plus le peuple congolais qu’il a
lui-même connu des malheurs semblables et qu’il est appelé, à son tour, vers mars-avril- mai 2021, à faire face aux manœuvres dont sont victimes les forces vives de Guinée et de Côte d’Ivoire actuellement.

Déjà nous devons saluer tous les Africains qui, grâce aux réseaux sociaux et divers autres moyens ont fait échouer le projet de « conférence internationale » imaginé par Sassou Nguesso pour faire croire au triomphe de sa stratégie de « Président à vie  ». En effet, longtemps négociée et annoncée par le Ministre des Affaires Etrangères de Sassou Nguesso comme étant une grande « Conférence internationale » pour célébrer à la fois le 60ème anniversaire des indépendances de 14 pays africains et le 80ème anniversaire du Manifeste de Brazzaville, la rencontre qui a lieu en ce mois d’octobre 2020 à Brazzaville se réduit, un colloque organisé du 27 au 28 octobre.
Nous sommes tout particulièrement persuadés qu’en ne se rendant pas à Brazzaville en ce mois d’octobre 2020, le Président de la République Française, Emmanuel Macron, s’est mis du côté des peuples africains et qu’il y restera résolument pour défendre les valeurs du Manifeste de Brazzaville. Du reste, en cette année 2020, n’a-t-il pas prononcé un discours mémorable, y compris pour les Africains, à l’occasion de la célébration du 150ème anniversaire de la proclamation de la République en
France ?

4-En République du Congo, sans Denis Sassou Nguesso et son système politique, le peuple saura garantir et protéger les intérêts de la France et ceux des autres pays «  partenaires au développement  », dans le respect des dispositifs assurés par l’ONU. Nous sommes tout à fait conscients de l’importance des intérêts économiques tant dans les relations entre la France et le Congo que dans les relations entre le Congo et tout autre pays du monde et notamment la Chine ainsi que les autres pays que l’on dit « émergents ». À ce sujet nous aimerions rappeler qu’à peine le 20
octobre 2020 le site internet officiel de l’Ambassade du Congo en France a vendu ce qui était encore un projet d’événement en republiant un article du site Financial Afrik daté du 17 octobre 2020, et qui présente clairement, dans les termes suivants une partie cachée des objectifs de Monsieur Sassou Nguesso. On peut lire ceci : « Selon de fiables informations, bien qu’il s’agisse d’un rendez-vous politique, les enjeux économiques seront prééminents au moment où des voix s’élèvent de plus en plus dans l’espace francophone non seulement pour exiger la déclassification des archives historiques, mais davantage pour la révision des accords de coopération économique largement à l’avantage de la France  ». Un tel objectif ne manque pas d’interpeller la
jeunesse africaine qui peut raisonner aujourd’hui comme le Président ghanéen Nana Akufo répondant au Président français Emmanuel Macron, au Ghana, en novembre 2017 pour expliquer que l’Afrique est capable de « se développer » elle-même. Toutefois, les investissements étrangers et la coopération internationale seront toujours utiles. C’est dans cette mesure que nous pouvons exprimer au Président Emmanuel Macron ce souci dupeuple congolais et des autres peuples des pays africains francophones : « Monsieur le Président, durant votre campagne vous aviez promis un aggiornamento dans le but de mettre fin à la Françafrique. Il est grand temps de le faire. ‘Les Présidents à vie’ ne peuvent pas vous empêcher d’agir ainsi même s’ils font du chantage en recourant aux pays émergents d’Asie et notamment la Chine, la Russie et la Turquie. Pour avoir appris de nos parents qui avaient combattu le colonialisme que vous qualifiez vous-même de ‘crime contre l’humanité’ et pour avoir assimilé les leçons de dignité de nos ancêtres qui avaient lutté contre ce premier ‘crime contre l’humanité’ qu’étaient les traites négrières occidentale et orientale, nous savons autant sinon mieux que quiconque la chose suivante : le prix de la liberté est une lutte permanente pour nos intérêts bien compris dans le sens de l’émancipation ».

5-Des crises aggravées à l’heure de la pandémie du covid-19 Monsieur le Président de la République Française, Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU, Nous ne saurions terminer cette Lettre ouverte sans attirer votre très haute attention sur les conséquences que la pandémie du covid-19 pourraient encore avoir en matière de droits humains dans la mesure où le pouvoir de Sassou Nguesso en profite pour investir plus que jamais dans ce qu’il appelle la sécurité . Quelques indications peuvent être fournies : augmentation des dépenses selon l’indicateur « budget défense par habitant  » qui situe le Congo devant la Chine et parmi les cinq premiers en Afrique ; nombre important de personnes condamnées suite à des procès politiques qui ont donné lieu à la détention de certains de nos compatriotes et des peines par sursis pour d’autres alors que le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU demande leur élargissement pur et simple depuis au moins deux ans ; population terrorisés par des miliciens du pouvoir allant parfois jusqu’à tuer des jeunes qui ne portent pas le masque ; opacité totale sur la gestion de l’aide publique internationale destinée à la lutte contre la pandémie.

Quand on sait que, d’après son rapport du 22 octobre 2020, le Fonds Monétaire International (FMI) a exclu le Congo des discussions pouvant permettre, à très court terme, l’allocation d’une aide financière à ce pays qui connaît une crise économique et financière sans précédent, nous ne pouvons que solliciter votre appui multiforme aux forces vives qui sont aptes à sortir le Congo de ces crises politiques, économiques et sociales.

6-Monsieur le Président de la République Française, Afin de vous aider à nous aider, puisque nous sommes, pour un grand nombre d’entre nous, également de nationalité française, nous souhaiterions vous transmettre quelques dossiers spécifiques qu’une délégation composée par nous et comprenant des compatriotes congolais représentatifs se chargerait de défendre au cours d’une audience à l’Elysée bien avant la période critique de mars-avril- mai 2021.

7- Monsieur Le Secrétaire général de l’ONU, L’histoire des violences politiques étant un fait coutumier au Congo, nous vous prions d’assurer dans des délais convenables les dispositifs de prévention des conflits, notamment en favorisant la libération des prisonniers politiques, la liberté de manifester, la libre circulation des personnes, la régularité d’Internet et plus généralement les conditions d’une paix véritable en République.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République française, Monsieur le Secrétaire Général de l’ONU, l’expression de notre très haute considération.
Le Bureau des ASSISES NATIONALES DU CONGO

[email protected]

Tél : 06.64.39.34.94
Tél : 06.45.89.88.52

Assises Nationales du Congo
83, rue de Reuilly,
ACDE Impasse du Mousset
75012 Paris
Association Loi 1901
Récépissé n° W7512246551
Paris, le 24 octobre 2020,