« Les fourberies de Scapin  » de Molière semblent s’être transformées en « Ténébreuse affaire  » de Balzac. Où est passé le général Jean-Marie Michel Mokoko ?

Embarqué à Brazzaville le jeudi 30 juillet 2020 à bord d’un avion du Qatar (après étude des images, ce n’est finalement pas un avion médicalisé, mais un avion d’affaires) le «  prisonnier personnel » de Sassou a quitté le Congo pour des soins en Turquie.

Depuis, celui que l’on surnomme J3M a disparu de la circulation (disons des écrans radar de l’information).

La correspondante de RFI à Ankara annoncera l’arrivée en Turquie de l’aéronef le vendredi 31 juillet. Sans images à l’appui. Le « colis » serait-il réellement arrivé sur les rives du Bosphore ? Premier point d’interrogation.

Jeudi 30 juillet, après le décollage de Maya-Maya, l’avion a fait escale à Pointe-Noire où le médecin du général (un militaire) et deux agents de « sécurité » sont débarqués sans ménagement, comme des malpropres. C’est le second point d’interrogation.

Pointe-Noire était-elle une escale technique ou une technique politique savamment concoctée par ceux qui n’ont pas aimé le virage de Sassou vers l’axe Pékin/Ankara ?

En français dans le texte

A l’aéroport Agostino Neto, le commandant de bord sensé s’exprimer en anglais ou en arabe (l’avion venant du Qatar), parlait un français sans accent. Comble d’humiliation, le médecin militaire de Mokoko aurait reçu (dans la gueule) le dossier médical que lui aurait balancé le commandant de bord à l’accent parisien.

«  Pas même un palu, Mokoko n’a jamais été malade », plaisante une source qui a requis l’anonymat. Le covid diagnostiqué serait donc fantaisiste. Admettons le cas d’un « palu » sévère. Depuis quand évacue-t-on les gens pour la malaria ? Ce seraient tous les Congolais qui doivent donc être évacués : tous, à un moment ou à un autre, ayant souffert de paludisme !
De source anonyme, le malade imaginaire se porte comme un char allemand.

Au décollage de la capitale économique, l’avion de Mokoko aurait survolé la ville de Matadi (en RDC) avant de mettre le cap sur Nairobi, au Kenya. Pourquoi cette bifurcation ?
Ensuite, l’espace aérien s’est semble-t-il transformé en Triangle des Bermudes car on n’a plus eu de nouvelles de l’appareil, un jet privé. On vogue en plein Makana II.

Y aurait-il un plan politique derrière le plan de vol ?

La Turquie : voyage de santé ou promenade de santé ?

Kenyan Airway (la compagnie kenyane) atterrit à Paris tous les vendredis. Précisément la date d’arrivée du général en Europe.

Faux malade, le général Jean-Marie Michel Mokoko aurait-t-il été transféré dans ce vol à destination d’un lieu sûr ? Par exemple dans un pays de L’espace Schengen ?

On peut dire qu’en matière d’évacuation en Turquie, le lieu officiel annoncé par le pouvoir de Brazzaville est un « non-lieu  ».

Nous sommes à la limite de la science fiction car tout ça s’apparente à une exfiltration, au nez et à la barbe de Sassou. L’affaire est ténébreuse comme Mpila en a le secret. On se perd en conjectures. On perd son latin.

On comprend, dès lors, cette réaction d’internaute nommé « Ntsourou-Motandeau seront vengés » sur Congo liberty, devenue virale le 31 juillet 2020 :
« SASSOU a-t-il été dupé par Ankara ??? IL EST DANS TOUS SES ETATS
C’est compliqué ici, nous n’avions pu fermer l’œil de la nuit. Ici il est 4h du matin et nous savons toujours pas répondre à certaines questions, Mouènè est dans tous ses ÉTATS, furax, très en colère. On ne sait toujours pas comment cela a pu être possible. Nous nous surveillons tout, faisant attention à ce qu’il faut ou ne pas dire. Depuis le départ du général Mokoko, personne n’est en mesure de dire ce qui s’est réellement passé, l’avion a quitté Brazzaville avec Mokoko, un médecin et deux agents de la DGST. Arrivés à Pointe-Noire le médecin et les deux agents ont été débarqués, comment la tour de contrôle a pu donner une autorisation de décoller et surtout qui l’a fait ? Ce n’est qu’une fois décollé que l’on s’aperçoit que les agents ont aussi été débarqué de l’avion, alors que la stratégie mise en place ne concernait que le médecin militaire. Mon frère, Mouènè ne contrôle plus rien, ni Pointe-Noire, ni ceux qu’ils considèrent comme amis, ni ceux qui travaillent dans les coulisses. Est-ce que l’ordre de décollage a été donné par un pirate informatique ? Wana ndjambé sé moto ayébi.
Mon frère c’est compliqué, nous analysons encore le parcours compliqué de ce vol, ici Mouènè se voit trahit par Ankara. Je t’appelle via Whatsapp vers 8h si évolution.
 »

L’avion non-médicalisé survolait déjà la RDC quand le propriétaire du prisonnier Mokoko s’est rendu compte du pot-aux-roses.

« Envoyer la justice dans les airs ? Vous n’y pensez pas », aurait pu rager Blanchard Okoï (Chef d’Etat-Major) qui, de toute façon ne dispose pas d’avion de chasse dans son arsenal. Tout ce dont son chef Sassou dispose, ce sont des hélico-bombardiers dont les habitants de la région du Pool font les frais.

Il est vrai que Tchisékédi wa Tsilombo aurait pu coopérer pour arraisonner l’appareil. Mais le temps de réunir son Etat-Major, les quatre heures qui séparent Matadi de Nairobi auraient déjà été couvertes par l’appareil volant emportant l’oiseau Mokoko.

Sans preuves de vie en Turquie, finalement, où se trouve Mokoko alias le «  Général du peuple  » ?
Réponse en lingala d’Oyo : « Wana ndjambé sé moto ayébi » (traduction libre : le ciel n’est pas tombé.)

Comédie humaine, Divine comédie, Raid d’Entebbe, Bataille de Kolweizi. Vol au-dessus d’un nid de coucou, Opération Barracuda, Le trou, tout y passe. Il y a de la matière pour une fiction. On attend le roman d’Emmanuel Boundzéki Dongala sur cette vraie fausse évasion comme Gérard de Villiers avec La piste de Brazzaville après l’attentat sur le DC10. Alain Mabanckou à toi la plume ! Wilfried N’Sondé, à toi la balle.

« L’histoire se joue en deux temps, une première fois en tragédie, une deuxième fois en comédie » (Karl Marx) Nous ajoutons : une troisième fois en chute dans le vide.

L’histoire de l’Homme du 5 juin commence en tragédie, elle finit en comédie. Avant la chute finale ?

Thierry Oko