Décédé en France, Pascal Lissouba, ancien Président de la République, voit sa dépouille mortuaire soulever une controverse quant à son lieu d’ensevelissement. L’ancien chef d’Etat sera mis en terre ce lundi 31 août 2020 à Perpignan. Sera-t-on dans le cas de figure de l’inhumation provisoire en Hexagone ou de l’enterrement définitif au Congo après exhumation ?

Que dit la Loi française sur l’exhumation ?

« L’exhumation qui consiste à sortir un cercueil ou les restes du défunt d’une fosse ou d’un caveau, est soumise à une autorisation. Elle peut être demandée par la famille du défunt ou avoir lieu à l’initiative de la mairie, de la sécurité sociale ou de la justice.
L’autorisation d’exhumation peut être accordée quelle que soit la date à laquelle ont eu lieu le décès et l’inhumation.
Toutefois, si le défunt était atteint d’une maladie contagieuse au moment du décès, la demande d’exhumation ne pourra être effectuée qu’un an après la date du décès. »( https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F1115)

Changement social

Dans le contexte congolais, les exhumations ne sont pas monnaie courante. Les seules connues sont celles de l’Abbé Fulbert Youlou exhumé à Madrid, réenterré à Madibou-Brazzaville, de Pierre Savorgnan de Brazza enterré à Père Lachaise, ensuite à Alger, remis en terre à Brazzaville : du musicien Paul Kamba enseveli à Moukoundji-Ngouaka, remis au tombeau au cimetière du centre-ville de Brazzaville.

Les inhumations à la hâte dues à la guerre civile de 1997, enclenchèrent des exhumations à la fin du conflit. Ce fut fait sous l’égide de l’OMS. A part ça le trauma des ré-enterrements n’est pas encore intégré dans les mœurs funèbres congolaises. On prête toutefois la transgression de la sacralité des dépouilles aux seuls « mindjoula » (déterreurs en pays kongo) pour des raisons de magie noire.

Avec l’hécatombe du corona, de nouvelles habitudes promettent de voir le jour dans la société congolaise : les inhumations provisoires. La mort dans l’âme, la famille de l’ancien chef d’Etat, Joachim Yombi Opango ( décédé du corona), a enterré en France son illustre parent en attendant d’être exhumé et re-enseveli au Congo, son pays natal. Prémonition ou non, l’ancien Ministre des Finances Moungounga-Nkombo Nguila a, dans ses dernières volontés, demandé que son corps soit provisoirement inhumé en terre française puis remis en terre congolaise après le départ de Sassou.
Mémoires d’outre-tombe sur lesquels le Roi d’Oyo passe outre.

En effet, de son vivant, Sassou ne supporte pas que ses pairs décédés en terres étrangères soient mis en terre dans leur terre natale. Autrement dit, c’est une question d’Ego puisque on ne nota pas la même réticence pour les ossements de Pierre Savorgnan de Brazza exposés à coups de milliards dans un mausolée érigé dans la capitale congolaise.

Débat interne

Aux dernières nouvelles, la famille de feu Pascal Lissouba, pressentant cette aversion de Sassou de recevoir les dépouilles de ses collègues au Congo pendant qu’il est pouvoir, et, pour des raisons de dignité personnelle, a été confrontée à un dilemme sur le destin post-mortem du professeur (probabilité de l’inhumation/exhumation de leur parent). Une branche, radicale, est pour l’enterrement définitif de Pascal Lissouba à Perpignan ce lundi 31 août 2020. L’autre branche, conservatiste (plus attachée aux coutumes), plaide pour l’ensevelissement provisoire en terre catalane puis définitive en terre téké, probablement à Tchinguidi, auprès de sa mère.

Quand La Bible dit de laisser les morts enterrer les morts, cela veut dire « aimons-nous vivants  » (slogan à la mode ces temps-ci). Pascal Lissouba ne pouvait pas dire que Sassou l’aimait. Vice versa.

Sassou a son caveau à Kokona à Oyo. L’occupera-t-il un jour ? Mobutu a le sien à Gbadolite. Il ne l’a jamais occupé.

Simon Mavoula