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Quand Ndalla Graille et Ben Moukacha parlent de la Tolérance

Ils ne se connaissent pas. L’un ne partage pas forcément les idées de l’autre. Et pourtant, ils s’apprécient. Leur rencontre, du moins leur échange hautement philosophique, sur la terrasse d’un café parisien, ce vendredi 12 juillet, a porté sur un grand principe : la Tolérance. Entretien.

Comment définissez-vous le mot « Tolérance » ?

Ndalla Graille : C’est un terme ambigu. Ce peut être le pardon d’un péché véniel, ce peut être aussi « l’acceptation » de l’autre dans sa fragilité…

Ben Moukacha : La Tolérance, c’est comprendre le choix de l’autre, se dire que l’Autre et non Autrui existe et, pour reprendre Monsieur Graille, c’est aussi l’acceptation de l’autre... Je vous donne un exemple : ici, en France, le Parlement a adopté une loi qui continue de susciter des manifestations, je veux parler de la loi sur le Mariage pour tous. Qu’est-ce que cette loi c’est sinon un exemple de compréhension du choix de l’autre ? Cette loi, en tout cas, participe de la Tolérance.

Ndalla Graille  : Justement, c’est cela même qui me pose problème. Est-ce une loi de circonstance ou une nécessité ! La question se pose aussi de savoir pourquoi on se marie. Le mariage n’est pas un principe, c’est une valeur. Les hommes ou les femmes de même sexe qui se marient savent pertinemment que leur acte pose problème… Du coup, je me demande s’il faut tout tolérer.

Si vous définissez le mot « Tolérance » par l’acceptation de l’autre, ne court-on pas le risque d’accepter même des sottises ?

Ndalla Graille : Effectivement, on court le risque d’être docile. C’est j’ai pourquoi je mets une condition à la définition que j’ai donnée du mot « Tolérance » : le dialogue. Je veux dire le respect de l’autre. Et respecter l’autre, c’est accepter de dialoguer avec lui.

Ben Moukacha : Je vais paraphraser Oswald Wirth : soyons indulgents et ne demandons pas à chacun de voir les choses comme nous-mêmes. Nous pouvons aussi établir un lien entre la liberté et la tolérance, la liberté étant une amplitude de la tolérance. Je m’explique : la liberté de pensée est absolue, alors que la liberté d’action est limitée par celle des autres et nous conduit donc à la tolérance mutuelle.

Ndalla Graille : Je suis d’accord avec vous. Sauf que pour que ma liberté d’action soit limitée, il faut au préable que celle de l’autre émane d’un esprit sincère. Je ne peux donc admettre ce qui est anormal, sous prétexte que je suis tolérance. La Tolérance, c’est le fait de savoir dire « non », quand quelque chose est anormal.

Ben Moukacha : Un autre exemple : la Sapélogie ! Un immense allélulia, pour reprendre Albert Camus parlant de la Renaissance.

Ndalla Graille  : Je m’en doutais(Rires) ! Sans blagues, votre affaire-là n’est pas mal comme exemple de Tolérance. Car je dois vous dire parfois vous agacez. Mais, comme la Sapélogie est votre choix, alors on se doit de respecter ce choix.

Pour reprendre votre adjectif, n’admettriez-vous pas qu’on revise la Constitution pour que Denis Sassou Nguesso se représente en 2016 ?

Ndalla Graille  : La Constitution actuelle est claire : deux choses ne peuvent être modifiées : la forme républicaine de l’Etat et le nombre de mandats présidentiels. Si nous passons outre, on risque de faire un saut dans l’inconnu. Mais je connais bien Sassou, il ne fera pas basculer le Congo dans une aventure inconnue, car il tient à la paix qu’il a eu du mal à imposer.

Ben Moukacha  : Rien n’est immuable, pas même un texte fondamental. On peut le changer, il faut le changer. Mais pour quelles raisons ? C’est là tout le problème…

L’attitude d’un collectif de jeunes congolais qui veulent imiter les Combattants (originaires de la RDC - NDLR) vous paraît-elle une intolérance ou une nécessité politique ?

Ndalla Graille : La fin ne justifie pas les moyens. J’ai dit.

Ben Moukacha : C’est indéniablement un moyen de pression et d’expression. Mais attention, la violence ne résout pas grand-chose. Regardez ce qui se passe dans les pays arabes touchés les révolutions : à la violence, on a répondu par la violence. Résultat des courses : rien n’augure de bon. Du moins pour les jours à venir. Voudrions-nous ça au Congo ? Je souhaite comme le « grand » Graille a dit que les uns et les autres nouent un dialogue dans le respect de l’autre, c’est-à-dire la TOLERANCE.

Qu’est-ce que vous lisez en ce moment ?

Ndalla Graille : Un livre sur Mao - Mao, ses complots et ses murs rouges. J’ai bien connu Mao à Pékin avant que j’y sois nommé Ambassadeur en 1969. Je garde de la Chine et de Mao de très grands souvenirs.

Ben Moukacha  : Je lis Le Gourou, Une Imposture congolaise de Claude-Ernest Ndalla – je distingue toujours Graille de Claude Ernest -, un roman d’une puissance inouïe, comme la Sapélogie. J’ai entamé aussi Voyage au Congo d’André Gide, et pour cause, je serai à Brazzaville dans quelques jours après 25 ans d’absence.

Nous vous remercions !

Propos recueillis par Florence Banzouzi et Vivianne Bantsimba

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