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Psychologie différentielle existentielle

L’être du Pool serait le traître et, le Mbochi, le bon chic type

Ces exilés en file indienne fuyant les bombardements ne paient que leur bêtise. Une théorie que boit comme du petit lait le camarade Sassou dit que l’ennemi du Pool c’est le Pool. Cette région regorge tellement de traîtres que ceux-ci en viennent à dénoncer les leurs auprès des autorités Mbochi qui ne demandent pas mieux que de réprimer. (On se justifie comme on peut).

Dans le Pool se déroule un combat de coqs arbitré par un parieur de La Cuvette. Les plumes volent dans le poulailler, Sassou vole ses compatriotes. C’est l’idéologie congolaise comme Marx parle de l’idéologie allemande : tout marche sur la tête.

Une réputation colle à la peau du Kongo-lari, celle d’« agent de renseignement », réputation qui permet à la sécurité de l’Etat Mbochi de lui faire la peau en toute légalité puisqu’en exploitant les renseignements en question il n’est pas, il n’est plus question de culpabiliser car c’est « l’autre lui-même » (comme dirait Alain Mabanckou) qui l’aura cherché.

Je ne sais pas si je me fais comprendre.

En somme le Lari serait le Judas Iscariote des rapports sociaux dans l’idéologie congolaise. Ce cliché est devenu quasiment un mythe au Congo depuis la chute de Youlou

Les victimes sudistes de la répression mbochi ne doivent s’en prendre qu’à elles-mêmes étant donné que dans ce processus, ce ne sont pas, les Mbochi qui vont les cueillir mais plutôt leurs propres frères kongo-lari qui viennent les livrer aux mains de leurs tortionnaires nordistes.

CHARCUTERIE DU BEACH

Ce fut le cas dans les exterminations du Beach en 1999 où l’Etat Mbochi esquissa comme Hitler avec les Juifs en 1939 la « Solution finale » aux dépens des Laris. Faisant le guet au port fluvial, des indicateurs Lari désignaient à leurs futurs assassins les supposés miliciens Ninjas dissimulés au milieu des passagers alors que ces indicateurs ( à l’instar de Vital) savaient bien que les Cobras de Dabira, Ndenguet, Camille Oko et Sassou ne dissimulaient pas leurs intentions de massacrer.

En tout cas pendant que le colonel Marcel Touanga pleurait la disparition de son fils Narcisse Touanga (gendarme de son état) enlevé au Beach, un officier supérieur Mbochi justifia la boucherie du port de Brazzaville par la disparition des valeurs morales chez l’Être Lari, prêt à trahir pour un « oui » pour un « non ». La victime serait son propre bourreau. Inversion de rôles d’un jeu sans foi ni règle où la mauvaise foi triomphe. Goffman parlerait de renversement de stigmate c’est-à-dire un jugement paradoxal de l’ordre logique des choses.

Voilà une belle thèse franchement sadique qui a le mérite de donner bonne conscience à ceux qui pour des raisons de conservation, à tout prix, du pouvoir n’ont plus cette conscience humaine du bien et du mal dont parle Albert Camus. Ca défend son beefsteak comme ça peut en se défendant d’être cruels ou méchants puisque dans le syllogisme qui est le leur, c’est l’autre, qui par sa transgression des règles, « l’a lui-même cherché » (comme disent les gamins). Aussi on est quitte de toute responsabilité.

« On n’a pas l’intention de laisser choir ce qui nous est devenu cher (i.e. le pouvoir) notamment depuis le conflit-fondateur de 1959 lorsque Jacques Opangault terrassa Youlou dans une lutte sans merci » analysera le youtubeur Edgar Bokilo.

LES TRAITRES KONGO-LARI

Exit le remords inscrit dans nos gènes depuis le fratricide de Caïn dans La Genèse. Pourtant si les traîtres Lari viennent à eux, c’est parce que, quelque part, les Mbochis y trouvent leur part. Ce n’est pas pour rien qu’ils les motivent moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. Pensez bien que les Judas du Pool n’ont jamais été éconduits par leurs employeurs, ne serait-ce que par principe moral, étant donné que la dénonciation, quelle que soit la culture, n’a jamais été une conduite honorable en général même quand il s’agit de son pire ennemi.

Dénoncer la dénonciation analyse Pierre Bourdieu est une question d’honneur. Il est honteux de trahir. Disqualifier le traître est la meilleure riposte sociale.

Le seul justificatif qu’ils ont trouvé dans les disparitions du Beach est que les méchants ce n’étaient pas eux mais les mouchards du Pool qui désignaient au débarcadère de Brazzaville leurs frères rentrés de Kinshasa.

En d’autres termes s’il n’y avait pas eu dénonciations à bons comptes, il n’y aurait pas eu règlements de comptes. C’est en héros qu’on aurait accueilli les réfugiés rentrés de Kinshasa, n’eut-été le comportement inique des Laris consistant à « donner » leurs parents.

Jamais l’idée que, « eux, n’étaient pas obligés de les faire disparaître » n’a traversé leur esprit car quelle idée de tuer des gens auxquels on a dit que la guerre était finie !

GENTILS MBOCHI, CRUELS KONGO

Selon ce syllogisme, les acteurs de la Solution finale Mouebara dont on a vu les ravages dans le Pool, sont, en définitive, de gentils gentlemen en mission humanitaire dans la région.

Isidore Mvouba (un fils de la région et fils putatif de La Cuvette ) légitima le déluge des bombes sur les villages du Pool par la demande personnelle des « bombardés » de déloger Ntoumi et ses miliciens embusqués au milieu d’eux.

Curieuse manière d’échapper à la mort en suppliant l’adversaire de déverser sur sa tête un déluge de feu.
Les Vietnamiens réclamant le napalm aux Américains pour se tirer d’affaire n’auraient pas mieux fait.
Les stratèges Mouebara n’ont rien demandé à personne. On leur a livré à domicile du gibier (de potence) par (si on ose dire) des rabatteurs Kongo-lari.

LA PHILOSOPHIE KONGO

Appât du gain, fourberie, haine sont le pain quotidien des Poolistes. Razzias et mises à sac que subit leur région ne sont que le salaire de leurs turpitudes.

Les Lari ne doivent s’en prendre qu’à eux-mêmes.

Cette vision d’un monde Lari qui collabore à fond est partagée par nombre d’originaires de cette région-martyr. En définitive, l’ennemi du Kongo-lari c’est le Kongo-Lari.

Comme dans le syndrome de Stockholm, on en est arrivé au point où la victime Kongo-Lari se dit que le bourreau Mbochi n’a point de faute puisque le fouet qui le frappe est fabriqué par ceux qui le reçoivent violemment sur le dos.

Vous avez bien compris : les Kongo-lari se comprennent dans le sadisme, voire le sadomasochisme. En matière de la victimisation compulsive, ils ont de la matière à revendre. Ils s’inspirent volontiers du modèle pétainisme berlinois que de celui du gaullisme londonien. Donc ils sont éligibles à la répression. Ils n’ont que ce qu’ils méritent.

LE DISTINGUO NORD-SUD

Les gens du Pool ont le monopole de la traîtrise, ceux du Nord, celui de la franchise. Les gars du Pool sont des vendéens enclins à la chouannerie.
Au septentrion la loyauté ethnique, dans le Midi la fourberie et la déchirure tribale.

En tout cas c’est l’image d’Epinal.

Yhomby et Kiganga, l’un nordiste, l’autre sudiste, s’allièrent pour dégommer Marien Ngouabi en 1970. Au moment du passage à l’acte, le camarade Yhombi se dégonfla. Il vendit la mèche parce que de mèche avec un ressortissant du Pool sans d’ailleurs qu’on ne sache comment ces deux-là en étaient arrivés à une telle amitié tenant de toute évidence du mariage de la carpe et du lapin.

Issu du même village que Marien Ngouabi et Sassou, Yhombi dans un sursaut grégaire ne supporta pas l’idée qu’un insurgé venu du Sud, fasse la peau à son frère Kouyou. Kiganga paya de sa vie sa naïveté, Ngouabi eut la vie sauve.

Yhombi : loyaliste ou tribaliste ?

Ange Diawara Bidié Senga, en revanche, d’origine sudiste, ne laissa pas de chance à Kiganga alias Siroco, également sudiste, quand il fut question de le déloger des locaux de la Radio Congo au coup d’Etat de 1970. Ange ne fit pas de quartier quand Kiganga et ses ses compagnons en provenance de Kinshasa occupèrent le quartier de la Radio à l’heure du laitier.

Mais lorsque Diawara, le 22 mars 1972, changea de fusil d’épaule, Sassou et Ngouabi n’hésitèrent pas de fusiller le Lari qu’il était.

Certains expliquent la solidarité à rude épreuve des Nordistes par leur référence au patriarcat. Le système lignager patrilinéaire attribue au pacte secret une spécificité d’une inviolabilité quasi sicilienne.

Le secret est sacrée chez les frères de l’Equateur.

La conspiration de 1977 qui se conclut par la mort de Marien Ngouabi était à 98 % Mbochi. Le doute plane à ce jour sur les véritables fomenteurs de ce plan mortel. On peut faire le pari que les membres du complot homicide emporteront tous dans la tombe le secret de ce qui se passa réellement le 18 mars 1977 à l’Etat-Major quand le CMP mit hors d’état de nuire le frère Kouyou Marien Ngouabi d’Ombélé.

Même à la Conférence Nationale, personne ne brisa l’omerta malgré les dissensions a posteriori entre les membres du Comité Militaire du Parti. Aujourd’hui encore, le doute subsiste.

Les partisans de la thèse d’un Sud habitué à trahir, voient de l’eau apportée à leur moulin par cet exemple. Tout comme le cas de Youlou chassé en 1963 par une insurrection ayant à sa tête ses frères Lari de Bacongo. On attendra en vain que le fantasmagorique arlésien caporal Ferdinand soulève les masses de Talangaï pour prendre d’assaut le Bunker de Mpila d’où le frère Sassou pille le Congo.

Le Lari est larron, le Mbochi un bon chic type. Voilà pour les faits

THEORIE

Pour la théorie, nous raisonnons comme Erving Goffman. Le traître est une figure universelle de l’humanité. Le nombre de lettres de dénonciation reçues par les Nazis sous L’Occupation n’est pas le fait des Kongo-Lari. Et ça ne fait pas de tous les Français des collabos pétainistes.

Les guerres, moments propices au relâchement des prohibitions, font remonter la monstruosité refoulée dans l’inconscient.

Mettez un sujet Mbochi dans la situation d’écrasement comme celle où se trouve le Kongo, il n’en mènera pas large. La trahison comme chez les Vichystes sera son modus operandi et son modus vivendi quand il voudra sauver sa petite vie.

« En situation de domination, chaque individu cherche des situations qui parfois le refoulent à la périphérie de la morale » dirait Louis Gruel sur le modèle de Goffman.

Et puis, la trahison, Sassou connaît.

Quand le camarade Sassou veut trahir le serment de la souveraineté nationale les avantages que lui procurent sa collaboration avec la France font voler en éclat le loyalisme ethnique qui, selon lui, est typique des Mbochis et fait défaut aux Sudistes.

A chaque univers de domination/répression son lot de traîtres et son stock de traîtrise. Les Judas n’ont pas de couleur ethnique. L’Iscariote, en général est un agent aux yeux duquel l’argent n’a ni couleur ni odeur mais toutes les saveurs possibles, y compris l’amertume, y compris le fiel et le miel.

SIMON MAVOULA

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