En 1990, dans le cadre de la 16e Conférence des chefs d’Etat d’Afrique et de France, il s’est tenu dans la commune de la Baule-Escoublac, dans le département de la Loire-Atlantique, un important et historique sommet. On y avait parlé de la démocratie.

François Mitterrand, le Président français, qui présidait cette rencontre, avait imposé la démocratie à ses homologues africains et conditionné l’aide de son pays. Puis, vinrent les Conférences Nationales Souveraines, le multipartisme et les élections qui ont fait renaître l’espoir dans les pays africains.

En 1995, Jacques Chirac est élu Président de la France. L’ex-premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand pense que la démocratie est un luxe pour les Africains. Il faut donc la retirer, tout simplement.

Il se sert de ses amitiés avec des dirigeants africains pour démolir l’édifice construit par son prédécesseur.

C’est ainsi qu’en 1997, alors qu’il était battu à l’élection présidentielle de 1992 par Pascal Lissouba, Denis Sassou Nguesso revient au pouvoir après une longue et meurtrière guerre qui a fait 400.000 morts et d’importants dégâts matériels grâce au soutien multiforme de la France. Sans détour, le président Jacques Chirac avait reconnu à RFI que c’est lui qui avait demandé à l’Angola de prêter main forte à Denis Sassou Nguesso pour gagner la guerre. Dès lors, la France avait réintroduit un loup dans la bergerie congolaise. Crimes de sang, de démocratie, économiques… vont redevenir le dada de l’homme fort du Congo, pendant plusieurs décennies.

L’amour de la France pour Denis Sassou Nguesso

En 2016, alors que Denis Sassou Nguesso est encore battu à l’élection présidentielle. Et que deux candidats : Guy Brice Parfait Kolelas et Jean Marie Michel Mokoko, se préparaient pour une confrontation au deuxième tour, l’ambassadeur de France au Congo, Bertrand Cochery, se rendit au domicile de Mokoko pour le persuader à accepter la réélection de Denis Sassou Nguesso. Son refus le conduit en prison pour une raison fallacieuse d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Mais, à cause de nombreuses affaires qui éclaboussent Denis Sassou Nguesso et la pression des Congolais, la France d’Emmanuel Macron tente de retirer son amour envers le président dictateur congolais qui est vomi par son peuple à cause de ses nombreux crimes odieux et de son génocide dans le département du Pool. Elle demande la libération de Jean Marie Michel Mokoko comme si elle veut, cette fois-ci, le soutenir à la prochaine élection. La France profite de la dégradation de la santé de Mokoko pour faire pression sur le pouvoir de Brazzaville et obtenir sa libération. Mais en vain ! Denis Sassou Nguesso qui voit le piège que lui tend la France, l’évite carrément. Il maintient Jean Marie Michel Mokoko en prison. Pourtant, la France peut aussi se servir de l’affaire des disparus du Beach et le génocide du Pool pour plier l’empereur du Congo. Mais, elle ne veut pas le faire.

La France reçoit Guy Brice Parfait Kolelas

Alors que le Congo se prépare à l’élection présidentielle du 17 et 21 mars 2021, la France, sans doute par le truchement des services de son ambassade au Congo, rencontre Guy Brice Parfait Kolelas, l’un des gagnants du premier tour de l’élection présidentielle de mars 2016. Le président Emmanuel Macron veut découvrir le jeune politicien et avoir des garanties sur les relations de son pays avec le Congo.

Emmanuel Macron avait-il informé Denis Sassou Nguesso de cette rencontre ? Comment la France l’a-t-elle managée pour épargner Kolelas de la jalousie de Sassou Nguesso ?

En toute hypothèse, comme dans les précédentes tentatives, le Président Emmanuel Macron n’avait pas réussi à convaincre Denis Sassou Nguesso qui est un obsédé du pouvoir.

D’ailleurs, nous avons appris que dans une conversation téléphonique avec son homologue français, Denis Sassou Nguesso aurait promis de participer à sa dernière élection présidentielle, avant de prendre sa retraite politique.

Était-il sincère avec lui-même puisque l’homme ne respecte ni sa parole d’officier général, ni ses propres constitutions ni sa mémoire.

La rencontre Kolelas-France était-elle sincère ?

D’après une source proche du pouvoir, Denis Sassou Nguesso craignait depuis longtemps la rencontre France-Kolelas. Pourtant, ce dernier est aussi français.

Et, quand la rencontre a eu lieu à Brazzaville, Denis Sassou Nguesso était dans tous ses états et avait piqué une colère noire.

Mais, pourquoi la France n’avait-elle pas pris soin de faire cette rencontre par personne interposée ? Etait-elle sincère avec Kolelas d’autant plus qu’elle a besoin de Sassou Nguesso dans la déstabilisation du pouvoir centrafricain et le soutien qu’elle apporte au président ivoirien, Alassane Ouattara, dans le débat sur la monnaie Eco qui a lieu dans la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ?

Nous imaginons que la France avait jugé insuffisant le poids de Kolelas dans les deux situations qui la préoccupent en Afrique. Kolelas est jeune et n’a pas d’expérience dans la gestion d’un Etat et pour faire ce genre de coup.

En plus, Sassou Nguesso est déjà très engagé aux côtés des rebelles centrafricains à qui il vend des armes et des munitions et ouvre les frontières de son pays pour leur offrir une arrière-base.

Nous osons croire que Kolelas était sorti de cette rencontre sans le soutien de la France. Sinon elle aurait tout fait pour sauver sa vie.

Rencontre Sassou-Kolelas

Au sortir de sa rencontre avec la France, Guy Brice Parfait Kolelas a été sommé par les dignitaires du pouvoir de Brazzaville de rencontrer Denis Sassou Nguesso pour lui rendre compte.

Kolelas avait cédé à la pression et est allé rencontrer celui qu’il appelle Papa. Mais, la réception n’est pas discrète. Elle a lieu en présence d’Antoinette Sassou Nguesso, Firmin Ayessa, Jean-François Ndenguet et Jean-Dominique Okemba.

Mais, Denis Sassou Nguesso ne demande pas seulement à Kolelas le compte rendu de sa rencontre avec les services de l’ambassade de France, il veut obtenir son retrait de l’élection présidentielle de mars 2021, comme il a déjà obtenu celui du président de l’opposition gouvernementale et leader de l’Upads, Pascal Tsaty Mabiala, pour faire son coup K.O. Un nguiri (sac) plein d’argent lui est proposé.

Mais, Kolelas ne le prend pas. Il a besoin d’aller réfléchir. Une façon de décliner l’offre de Sassou puisque l’homme est sûr de refaire des bons résultats dans les urnes.

La folie de Firmin Ayessa

Vinrent les dépôts de candidatures et les campagnes électorales. Kolelas est candidat et refait la surprise pendant les campagnes. Sa popularité va grandissante. Le Pct, le parti au pouvoir voit sa défaite, malgré les grands moyens mis dans la campagne de son candidat, Denis Sassou Nguesso.

Le refrain « Yaya Parfait tu nuanina ! Yaya Parfait tu zonzela ngati Kongo dieto dia toma, ngati bala beto ba sala ». En clair : « Cher Parfait sois notre intercesseur pour que notre pays, le Congo resplendisse et qu’il y ait des emplois pour nos enfants » retentit dans tous les coins du pays, ébranle les cœurs et éclipse celui de koffi Olomide, chanté pour agrémenter la campagne de Denis Sassou et qui a coûté cher au enfants Sassou.

Mais, c’est le ministre d’Etat, Firmin Ayessa qui révèle et confirme le désespoir et la panique que Kolelas créé dans le camp Pct. C’est à Owando, lors d’un meeting de Sassou Nguesso qu’il crache le tonnerre et le feu en promettant à Guy Brice Parfait Kolelas de lui faire boire l’eau par les narines :« soki yo mwana moke, mama a pekisi yo, papa apekisi yo, ozo yoka te... » pour rappeler les paroles de Denis et Antoinette Sassou Nguesso que Kolelas prend pour père et mère.

Résultat : les Congolais ont vu Kolelas sous un respirateur artificiel jusqu’à ce que mort s’en suive.

Décès de kolelas à Paris

Les informations qui sont mises sur les réseaux sociaux disent que Kolelas est mort à Paris. Alors que l’avion non médicalisé affrété pour l’évacuer en France venait juste d’atterrir à l’aéroport de Paris-Le Bourget.

Aussi rapportent-elles que le médecin mis à la disposition du patient Kolelas par le gouvernement congolais aurait demandé à Mme Kolelas de se retirer un instant avant qu’il l’ait appelée pour lui annoncer le décès de son mari. Que s’est-il passé entretemps demandent les Congolais ?

Chose curieuse, le Parquet de Bobigny s’est aussitôt autosaisi du dossier après le constat de la mort de Kolelas.

Une chose que la justice française n’a jamais faite même dans les situations les plus dramatiques qu’a connues le Congo. Les affaires des biens mal acquis, les disparus du beach, le génocide du Pool auquel avaient participé des militaires français … n’ont jamais intéressé la justice française.

Les résultats de l’autopsie remis à Macron ?

Kolelas est mort, mais il continue à faire parler de lui. Le cadavre bouge encore. Après son décès, des membres de la famille ont demandé l’autopsie. Mais, selon une certaine presse, les investigations conduites par l’Institut médico-légal de Paris confirment la thèse d’un décès provoqué par une insuffisance cardio-respiratoire due à une pneumopathie au virus SARS-COV-2, le virus qui serait à l’origine de la Covid-19 chez l’homme. La famille ne croit pas à ces résultats. Elle demande une expertise privée.

Mais, en attendant les résultats de cette deuxième autopsie, des informations venant de Paris et qui sont mises sur les réseaux sociaux rapportent que les résultats de la première autopsie seraient remis au président français, Emmanuel Macron, à la demande de Sassou Nguesso pour en faire un secret d’Etat. Car, la paix et la stabilité des institutions du Congo en dépendraient.

Pour l’heure, les Congolais se mobilisent et manifestent à Paris pour obtenir les premiers résultats de l’autopsie que cacherait Emmanuel Macron.

Néanmoins, Sassou Nguesso est devenu une pierre dans la chaussure de Macron. Le Président français va-t-il se débarrasser du caillou dans ses mocassins ou continuer la longue marche de la réélection ? 2022, date de la prochaine élection présidentielle en France, approche et Macron doit soigner son image s’il veut gagner un deuxième mandat ou déclarer forfait comme François Hollande en 2017.

Devant tout ce qui précède, nous déduisons simplement que la France n’arrive pas à sortir le loup-Sassou qu’elle avait réintroduit dans la bergerie congolaise.


Serge Armand Zanzala,
journaliste et écrivain