Jean-Félix DEMBA-NTELO, architecte-urbaniste et ancien Ministre des Travaux Publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat du Congo (1991 à 1992), a publié sur son mur de Facebook un article très profond sur le Congo du premier ministre Opangault, et des présidents Youlou et Massamba-Débat.

Nous le publions sur notre site pour montrer à nos lecteurs qu’avant et juste après l’indépendance, le Congo s’était mis sur un bon chemin. Il était un pays glorieux qui présageait un avenir radieux pour sa population. La politique de l’éducation et la formation était audacieuse et incitative. Il existait des cursus de formation alternatives à l’Université. Dans l’administration publique, on mettait l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Mais, c’est avec l’arrivée des « Cadres et experts rouges » que le pays a basculé dans la médiocrité et s’est enfoncé dans la boue où il patauge et fait du sur place.

Une politique audacieuse et incitative dans la formation

Il est très courant d’entendre ou de lire de la part des dirigeants du PCT, surtout de leur Président des propos méprisants du genre : «  J’AI FAIT DE LUI CE QU’IL EST », s’agissant de certains compatriotes ayant fait de brillantes carrières dans notre administration publique.

Propos aussi injurieux que diffamatoires tenus souvent par des individus médiocres, sans formation, sans culture et ayant acquis leur ascension sociale que par les privilèges d’un pouvoir clanique, patrimonial et clientéliste, conquis et pérennisé par une succession de coups d’État, suivis de bains de sang. Il sied de rappeler qu’avant que la gestion clanique et patrimoniale de l’État par le PCT ne conduise dès les années 80 à la faillite totale du système éducatif et à la politisation des administrations publiques, notre pays fût parmi les premiers en Afrique subsaharienne à avoir initié la formation dans les meilleures écoles et universités à l’étranger ( Europe, URSS, Asie, Amériques et Afrique ), ses élites, grâce à une politique audacieuse et incitative des bourses d’études octroyées sur les seuls critères des succès et performances scolaires, et non sur des considérations subjectives et discriminatoires.

Ainsi chaque cycle scolaire (primaire, collège, lycée ) était une période de saines émulations où chaque élève se battait corps et âme, soutenu et encouragé par les parents et l’État, pour franchir les barrières constituées par les diplômes intermédiaires tels le CEPE, le BEPC, et le BACCALAURÉAT, avant d’entrer à l’Université.

Des cursus de formation alternatives à l’Université

Pour donner la chance à tous, le Ministère de l’éducation nationale avait prévu des cursus de formations alternatives à l’Université, pour ceux qui n’avaient pas pu obtenir le Baccalauréat, avec l’ouverture sur concours, de cycles professionnels tels : la Capacité en droit, le Brevet d’Etudes Professionnelles ( BEP ), les écoles paramédicales d’assistants sanitaires, d’assistants sociaux, de sages-femmes, etc.
Tous ces cycles de formation moyenne étaient garantis par d’importantes mesures d’accompagnement avec des bâtiments et équipements modernes, des bourses d’études, des stages vacances rémunérés. Cette politique de formation des cadres supérieurs et moyens fût mise en place dès la loi cadre en 1956 par le Gouvernement de Jacques Opangault, Président du Conseil et amplifiée par celui de Fulbert YOULOU élu Premier Ministre à la proclamation de la République en Novembre 1958.

L’homme qu’il faut a la place qu’il faut

Nommé Premier Ministre du gouvernement provisoire le 17 Août 1963, Alphonse Massamba Débat bénéficiera de cette politique de formation des cadres, en formant le premier gouvernement composé des Ministres universitaires, avec : Pascal LISSOUBA, agronome et Docteur d’État, à l’agriculture ; Docteur Bernard GALIBA agrégé de médecine à la santé et éducation nationale ; Paul KAYA Economètre à l’économie, les transports et les travaux publics ; Édouard Ebouka Babakas Inspecteur des finances aux finances et au budget ; David Charles GANAO, fraîchement sorti de l’ENA en France aux affaires étrangères ; Jules Nkounkou magistrat à la Justice etc. Ce gouvernement d’à peine une dizaine de Ministres, sous l’autorité d’Alphonse. Massamba Débat est considéré par tous comme le plus compétent depuis l’indépendance, par les résultats acquis au plan économique en 5 ans de gestion du pays.

En moins de 10 ans d’indépendance, l’administration publique congolaise comptait déjà, une kyrielle de cadres de très haut niveau dans les domaines les plus variés. Hélas avec l’arrivée au pouvoir par coup d’État du PCT en 1969, cette politique de formation des cadres de qualité, mise en place par les pères fondateurs de l’indépendance, a été hypothéquée. Nous avons ainsi assisté à l’écroulement de tout l’édifice d’un État républicain moderne, particulièrement a partir des années 80 où la politisation des grands corps de l’État a ouvert les portes aux médiocres. Le principe du Parti qui dirige l’État a accouché du recours prioritaire aux CADRES ROUGES ET EXPERTS « L’institutionnalisation de la trilogie déterminante  » avec l’entrée dans la gestion des administrations publiques des délégués du Parti, du Syndicat et de l’UJSC, a consacré le triomphe des antivaleurs du favoritisme, du népotisme, de l’impunité, du non-respect de l’autorité et du bien public, de la corruption, l’achat des consciences et du clientélisme.

Lorsqu’ils tiennent à l’endroit des élites congolaises le propos « J’AI FAIT DE LUI CE QU’IL EST » , ces parvenus du système PCT peuvent-ils justifier leur apport personnel dans le cursus de formation, du primaire à l’université, en passant par le collège et le lycée, des cadres qu’ils traitent comme des sujets parce que propulsés au pouvoir par tant d’horreur et de crimes ? En République, l’État est la propriété du peuple qui vous en confie la gestion pour une durée déterminée, par des élections libres, équitables et transparentes. Donc tous ceux qui accèdent à la gestion de l’État, par voie élective ou par nomination, sont des serviteurs du peuple et de la Nation, responsables tous à égalité devant la loi. (Président de la République, Ministres parlementaires, Conseillers, hauts fonctionnaires civils et militaires).

La nomination aux hautes fonctions civiles et militaires en Conseil des Ministres par le Président de la République est un devoir constitutionnel et non une faveur, car le profil du cadre nommé doit répondre aux exigences du service public qu’il est appelé à servir, sous peine de sanction.

Un pouvoir politique qui n’a ni considération, ni confiance dans les élites nationales du pays qu’il est sensé gouverner, est très vite à la solde des affairistes étrangers dont il sert d’instrument dans le pillage de nos ressources et notre potentiel économique.

Jean Felix DEMBA-NTELO,
Architecte-urbaniste. Ancien Ministre des Travaux Publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat (1991-1992).
Pointe-Noire le 16 Avril 2021