Dans le roman « Le monde s’effondre » de Chinua Achebe, le héros, Okonkwo, tue, dans le cadre rituel, son fils adoptif, Ikemefuna, qu’il aimait tendrement. Les coutumes dans ces sociétés du Bas Niger étaient féroces.

La morale de cet infanticide : il y a une sauvegarde des intérêts à laquelle on ne peut déroger quitte à sacrifier des êtres chers quand il s’agit de conserver le pouvoir, source de tous les profits en Afrique.

On entend ces temps-ci la thèse que Sassou, père adoptif de Guy Brice Parfait Kolélas, n’est pas étranger dans la mort inopinée de ce dernier dans la nuit du 21 au 22 mars 2021. Rite anthropologique ou machiavélisme politique ?

« Après tout ce que Sassou a fait pour les Kolélas, il n’a rien à avoir dans la disparition non seulement du père mais aussi du fils » disent les irréductibles du tyran congolais. Selon ce raisonnement, Sassou aimait Guy Brice Kolélas plus que Kiki comme Okonkwo de Chinua Achebe son fils adoptif Ikemefuna . La preuve ? D’abord nommé ministre de la Pêche, Sassou fit ensuite de Kolélas son ministre de la Fonction Publique. Qui dit mieux ?

Cependant la rétrospective de l’alliance MCDDI/PCT mérite d’être faite. Comment ces deux frères ennemis, Kolélas/père et Sassou Nguesso, en sont-ils arrivés à s’entendre comme deux larrons en foire après s’être étripés pendant des années, peu avant la Conférence Nationale ?

Un célèbre homme d’église, L’Abbé Joseph Yanguissa, à l’époque, deuxième personnalité à la mairie de Brazzaville quand Kolélas était maire en 1994, fut témoin d’une conversation téléphonique entre Kolélas et Sassou au cours de laquelle les deux leaders politiques ne tarirent pas d’éloges l’un envers l’autre.

« Ba babi » commenta Kolélas quand il raccrocha. (« Ce sont des salauds ! ») : c’est ce que pensait du fond de son cœur l’ami Kolélas de Sassou et compagnie c’est-à dire des Mbochi.

En effet, personne n’était dupe. Le mariage Kolélas/Sassou était celui de la carpe et du lapin ; une sorte de pacte germano-soviétique, genre « je t’aime moi non plus. »

C’est sans surprise que la nouvelle amitié vola en éclats comme un ballon en baudruche en 1997 pendant le coup d’Etat de Sassou. Kolélas retourna la veste, devint Premier Ministre de Pascal Lissouba. Des années d’exil plus tard après le chute du professeur, Kolélas revint à Brazzaville inhumer son épouse Ma Ngoundi grâce à la « magnanimité » de Sassou. Désormais devenu veuf, Kolélas se retrouva dans une nouvelle dynamique d’alliance avec Sassou qui, pour sceller l’amitié, lui donna une épouse d’origine mbochi. Les mauvaises langues parlèrent de « femme fatale » à propos de cette maitresse nordiste, une sorte de Dalila pour Samson. Bref. Kolélas, malade est évacué à Paris où il meurt non sans faire promettre à son ami Mbochi de prendre soin de ses enfants. Les profanes trouvent « naturel » le décès du président du MCDDI. Mais les connaisseurs admirent le coup de Jarnac du camarade Sassou car ils y voient le crime parfait.

Famille recomposée

Sassou respecta les dernières volontés de son nouvel allié. Il prit les enfants Kolélas sous sa coupe. Aussi, se structura la famille recomposée. Antoinette Ngouli Sassou se substitua à Mâ Ngoundi. Elle joua à la perfection son rôle de marâtre, celui de mère sévère comme dans les contes. L’opinion, une fois de plus, ironisa sur cette étrange parenté car d’ennemis que les Kolélas et les Sassou étaient, ils devinrent les meilleurs amis du monde. Guy Brice Parfait Kolélas donnait du Papa à Sassou. Ca sentait le soufre. Ca faisait rire sous cape.

Comme dans « Le monde s’effondre », Sassou avait un pacte à respecter. Il n’avait pas oublié le contentieux de 97 quand Kolélas prit le parti de Lissouba dans une sorte d’alliance Sud-Sud qui fit peur au président du PCT.

La rançon d’une alliance

A l’heure qu’il est, Okonkwo d’Oyo est en train de faire payer à la famille Kolélas la transgression de 1997 suite à laquelle il faillit rater son coup d’Etat n’eut été l’appui de la France par l’Angola interposée.

Ceux qui (à commencer par Kolélas/fils) crient que Sassou était devenu le père bien-aimé des orphelins de Bernard Bakana Kolélas, ceux-là font doucement rire. Sassou valida le testament de Kolélas moribond parce que, ce geste teinté d’humanité, permettait d’acheter la paix menacée par une région du Pool insoumise. Sassou savait que les Kongo-Lari obéissaient aux Kolélas au doigt et à l’œil. Il le « nguirisa » généreusement.

Qui a bu, boira

Malheureusement à chaque échéance électorale, on assista à un retour du refoulé chez les descendants de Kolélas. On dit que qui a bu continuera de boire. Aussi, en dépit du pacte de non-agression, quand vinrent les élections du 21 mars 2021 où le fils prodigue menaça le pouvoir en se présentant contre l’Empereur, il n’y eut pas d’Ange Gabriel qui, comme dans la Bible, retint la main d’Abraham quand il voulut égorger son fils Isaac. Cette fois-ci l’Empereur d’Oyo déjoua le coup de Kolélas alias Brutus, fils adoptif de Jules César Auguste.

La suite se passe Quai de la Rapée, à l’Athanée de Paris où repose la dépouille de l’impudent rival. A qui a profité la mort du leader de Yuki ? Cette fois-ci les connaisseurs ont des doutes car c’est tellement cousu de fil blanc que le crime contre Guy Brice n’a rien de parfait.

Thierry Oko