17 ans après, les familles des cents victimes ne sont toujours pas indemnisées

5 septembre 1991- 5 septembre 2008, il y a 17 ans se produisait un terrible accident ferroviaire, non loin de la gare de Mvoungouti, faisant cent morts.
Depuis, les familles des cents passagers tués dans cet accident et les blessés n’ont toujours pas été indemnisés. Réunis au sein de l’Association des parents des victimes de Mvoungouti, les proches des victimes multiplient les démarches auprès des pouvoirs publics, pour obtenir gain de cause. Le président de cette association, Patrice Loubelo, a réuni les membres, le 17 août 2008, à son domicile à Brazzaville, pour leur faire le point des démarches menées.

« La Semaine Africaine » N°2823 du 5 septembre 2008

Les parents concernés par l’affaire de Mvoungouti et demeurant à Brazzaville, se sont réunis au domicile brazzavillois de leur président, Patrice Loubelo. Ce dernier leur a fait le compte rendu des démarches qu’il a entreprises à Brazzaville, depuis le 8 mai 2008, auprès des autorités politiques de notre pays (présidence de la République, primature, Ministère des transports, présidence du sénat ; présidence de l’assemblée nationale ; médiateur de la République, présidence de la Fondation Congo Assistance). Il s’est exprimé en ces termes :
« Ce n’est pas mon premier séjour à Brazzaville, dans l’intention de rencontrer les autorités politiques de notre pays devant résoudre le problème de Mvoungouti. Parfois, je suis resté plus de huit mois, ici, à arpenter les murs des bureaux où j’espérais être reçu en audience. Mon avant dernier séjour remonte à la période d’avril à septembre 2006. Je ne voulais pas repartir, tant que je n’avais pas été reçu par le premier ministre qui pouvait m’expliquer ce qu’est devenu le chèque d’un milliard deux cent millions de francs Cfa en provenance de Comilog-Gabon, du 10 juin 2005.
Hélas, le 12 septembre, mon épouse me rappelait, d’urgence, à Pointe-Noire. Son état de santé devenant inquiétant. Je suis, donc, rentré, précipitamment, à Pointe-Noire, pour faire hospitaliser mon épouse.
Malheureusement, après deux mois passés à la clinique Océan, le médecin avait jugé nécessaire une évacuation sanitaire en France. Nous sommes arrivés à Paris, puis à Belfort, par mes propres ressources, en novembre 2006. Le
19 décembre, la mort a eu raison de mon épouse. Elle a été enterrée à Belfort, sa ville natale. Et moi, je suis rentré au
Congo, en janvier 2007. Malgré mon veuvage, j’ai repris mon combat pour faire entendre raison à l’Etat congolais, en vain. Cette année et depuis mai 2008, je suis revenu à la charge. J’ai écrit à toutes les autorités de notre pays. Le silence reste de marbre. Même la première dame du Congo, qui a toujours consolé les veuves et les orphelins congolais, ne veut rien savoir des veuves et orphelins de Mvoungouti »
, a-t-il dit.

Patrice Loubelo a félicité les membres de son association, à Pointe-Noire, qui n’ont pas été comptés parmi « les fauteurs de troubles interpellés dans la ville océane », à la suite des incidents qui ont affecté les obsèques du président Thystère Tchicaya. Il a déploré l’absence d’entretien des tombes des victimes de l’accident ferroviaire de Mvoungouti.
« Le 5 septembre, comme de coutume, nous irons déposer une fleur sur chacune des tombes de nos cent parents enterrés au site de Mvoungouti, dans le cimetière de Mongo-Nkamba. Ici aussi, je dois vous dire que les parents présents à Pointe-Noire sont à féliciter, car la vue de ce site fait couler des larmes. L’Etat qui avait promis de s’occuper de ce lieu a tourné casaque. Les vandales ont profané les tombes, volant sable et graviers, pour aller construire d’autres tombes alentour, laissant des trous béants d’où on aperçoit les cercueils flottant dans les eaux des pluies. La veille du 5 septembre, la mairie et le C.f.c.o font semblant d’aller nettoyer l’espace, parce que le lendemain, le représentant de l’Etat devra aller déposer une gerbe de fleurs devant la stèle. Ce jour-là, devant le spectacle désolant qui s’offre aux yeux des parents et amis, la fanfare de la marine joue le chant aux morts. Le représentant de l’Etat qui arrive à cet endroit, en marchant sur les tombes disséminées ça et là, dépose sa gerbe de fleurs et le convoi officiel s’ébranle, pour un apéritif à l’hôtel Mbou-Mvoumvou, sans que le chef n’ait daigné entretenir les parents des victimes.
Nous avons beau nous plaindre, le manège dure depuis 17 ans ».

Après l’avoir longuement écouté, les parents ont renouvelé leur confiance au président en promettant de ne rien entreprendre sans son avis. « Nous sommes une association respectueuse des autorités qui nous gouvernent, pourvu que l’Etat ne continue pas à s’emmurer dans un silence de cimetière », estiment-ils. A l’occasion des 17 ans de l’accident de Mvoungouti, des messes sont demandées le 5 septembre, à Brazzaville et à Pointe-Noire.

Patrice LOUBELO