Pour protester contre les accusations du juge Bruguière sur la responsabilité du président Kagame dans le génocide de 1994, Kigali a rompu ses relations diplomatiques avec Paris.

La France "regrette" cette décision.

Comme il le laissait entendre depuis le début de la semaine, le Rwanda a rompu ses relations diplomatiques avec la France ce vendredi. Son ambassadeur à Paris a été rappelé au pays et l’ambassadeur français à Kigali, expulsé, a jusqu’à samedi pour quitter le territoire. Selon le Quai d’Orsay, la France "regrette" cette décision

Les raisons de ce clash entre les deux pays : les recommandations du juge français Jean-Louis Bruguière. Enquêtant sur le génocide de 1994, il a recommandé que le président tutsi Paul Kagame soit poursuivi devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour sa participation présumée à l’attentat contre l’ex-président hutu, Juvénal Habyarima. Perpétré le 6 avril 1994, l’attentat fut le point déclencheur du génocide perpétré les trois mois suivants -800 000 morts, essentiellement des tutsis masscrés par des hutus. "Les investigations entreprises ont clairement démontré que, pour le Front patriotique rwandais (ndlr : la rébellion dirigée à l’époque par Kagame), l’élimination physique du président Juvénal Habyarimana était la condition nécessaire et préalable à une prise de pouvoir par la force et s’inscrivait dans un vaste plan élaboré à cette fin", écrit le juge dans sa lettre à l’Onu.

Le juge Bruguière a également délivré neuf mandats d’arrêt internationaux visant des proches de Paul Kagame et des haut responsables militaires de l’époque. "Nous avons passé en revue le rapport Bruguière, il est tellement creux que nous sommes surpris qu’une institution comme le tribunal à Paris puisse autoriser des inculpations sur la base d’un tel rapport. Cela confirme nos craintes que ceci est politique", affirmait dès mercredi le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande.

Manifestations

Jeudi après-midi, 25.000 personnes avaient manifesté à Kigali contre la France, en dénonçant le rôle joué selon eux par Paris pendant le génocide. Le Rwanda, dirigé actuellement par les tutsis, accusent en effet régulièrement la France d’avoir entraîné et armé les auteurs hutus du génocide avant les massacres. Une commission d’enquête rwandaise mène d’ailleurs des recherches sur l’action française dans le pays avant, pendant et après le génocide. Selon Kigali, les investigations du juge Brugière cherchent à masquer cette implication française. Paris a toujours démenti toute implication dans les exactions.

La commission reprendra ses audiences publiques le 11 décembre. A terme, elle doit se prononcer sur une éventuelle procédure devant la Cour internationale de justice (CIJ), qui juge les différends entre Etats.


Par : niaou