Pour une paix véritable et durable au Congo, les élites du Pool et celles de la Cuvette doivent nécessairement se réconcilier !

La sagesse bantoue recommande que lorsque l’on a perdu un couteau, il faut le chercher dans tous les coins et recoins. Cette assertion nous permet d’être tranchant en étant conscient que l’article va faire couler beaucoup de salive et pousser certains esprits à nous poignarder. Nous sommes conscient de blesser et prêt à supporter des réactions à « couteaux tirés ».

En effet, devant les guerres récurrentes enregistrées dans notre pays, et du fait que les Congolais vivent encore dans la psychose d’une autre guerre, en 2021, nous osons « casser les carreaux » ou transgresser des tabous. Notre hypothèse est que la véritable et durable paix au Congo passe par l’irrespect du politiquement correct.

Le Pool et la Cuvette : deux départements trouble-fêtes

Trouble-fête : «  personne importune qui vient troubler la joie d’une réunion, qui détruit la satisfaction générale ».

C’est la deuxième partie de cette définition c’est-à-dire «  la personne qui détruit la satisfaction générale » que nous retenons. Le départements du Pool donne l’impression aux Mbochi de troubler leur conception « lé dza, lé nwa » de la vie. Ce qui n’est pas du goût de La Cuvette et suscite la réprobation des autres régions aux yeux desquelles Les Laris (toujours eux) empêchent le monde de tourner paisiblement en rond. Ca date de 1959 et ça continue. Nous voulons dire que toutes les guerres du Congo, sauf celle de 1993-1994 opposant partisans de Bernard Kolelas et de Pascal Lissouba, ne sont que la continuation de celle de 1959 appellée « guerre des Laris contre les mbochis  ».

A notre avis, cette guerre n’a jamais fini, n’est jamais achevée. Elle continue jusqu’à nos jours. Le « bal de Ndinga » se poursuit. Tantôt, la guerre est froide, tantôt elle est vive. Elle est toujours là parfois visible, parfois invisible. Pourtant, elle couve toujours dans les têtes des élites de la Cuvette et celles du Pool. Le problème est chez l’élite et non dans la population.

Les origines de ces guerres ne sont pas politiques

Certes, la conception du pouvoir chez tous les peuples qui habitent le territoire congolais et la course effrénée au leadership politique peuvent être les causes lointaines des guerres que vivent les Congolais ; mais la lecture approfondie révèle qu’après la guerre de 1959 qui était née d’un conflit postélectoral, toutes les autres guerres enregistrées au Congo sont faites pour venger. 1959 est la brique fondatrice, le mythe de fondation de l’Apocalypse des années 90.

L’origine du conflit Pool-Cuvette n’est donc pas politique. Les fils du Pool savent bien que le Président Abbé Fulbert Youlou avait été poussé à la démission par des fils du Pool parmi lesquels Aimé Matsika, Félix Mouzabakani et David Mountsaka même si, dans le lot des syndicalistes, on comptait ceux du nord, notamment de la Cuvette. Le successeur de Youlou, Alphonse Massamba-Débat, avait aussi été démis de son poste avec la complicité des fils du Pool : Ernest Ndalla Graille, André Hombessa et bien d’autres même si on comptait aussi parmi les révolutionnaires, des fils du nord. Comme César, c’était des Brutus, leurs propres parents qui les poignardèrent. Et, les fils du Pool n’ont jamais accusé les originaires du nord dans les départs précipités de Youlou et Massamba-Débat. Aussi, sont-ils présents dans tous les régimes même ceux qui sont dirigés par les fils de la Cuvette. Un bémol tout de même ; le canif qui coupa le lien de Massamba-Débat avec le pouvoir fut aussi manié par Ngouabi, un fils du Nord.

Il en est de même pour les fils de la Cuvette. Dans l’assassinat du président Marien Ngouabi et la chute de son successeur Jacques Joachim Yhomby Opango (tous deux fils de la Cuvette), ceux qui tenaient le couteau (qui littéralement égorgea leur camarade), les vrais artisans sont connus. Ce sont des fils de la Cuvette. Des fils du Pool, innocents, avaient péri dans cette affaire qui aujourd’hui montre que ce n’étaient que des seconds couteaux.

Ceci nous pousse à dire que les ressortissants du Pool et ceux de la Cuvette ne doivent pas s’accuser mutuellement dans les chutes de leurs leaders. Ces pertes du pouvoir ne doivent donc pas être des prétextes pour toujours chercher à venger 1959 où brillèrent des lames de couteau de part et d’autre.

Genèse du conflit : la guerre de 1959

La guerre civile de 1959 est un conflit postélectoral qui a opposé les partisans de l’Abbé Fulbert Youlou à ceux de Jacques Napoléon Opangault.
Une guerre sauvage au cours de laquelle les belligérants s’affrontaient avec des machettes, des sagaies, des harpons dans les quartiers Poto-Poto, au nord, et Bacongo, au sud de Brazzaville.
L’opinion fixa à jamais dans l’imaginaire social le statut du Mbochi qui ne peut se présenter dans une compétition électorale sans avoir un couteau entre les dents.
Malgré la guerre, Fulbert Youlou et Jacques Opangault fumèrent le calumet de la paix, finirent par se réconcilier. Pour preuve, en 1963, lors de la chute de Youlou,
Opangault mit fin à sa mission en Italie, et rentra précipitamment au pays où il rejoignit Youlou au palais. Tous les deux se constituèrent prisonniers politiques. Mais, leurs partisans, notamment les élites intellectuelles de leurs départements d’origine, n’avaient pas emboité le pas. Ils se mirent à souffler le chaud et le froid, avec, en arrière plan, l’idée de venger 1959.

Les guerres de la vengeance

En 1972, le lieutenant Ange Diawara, bien qu’étant un « café au lait » né de parents de différentes ethnies est en conflit avec le Président Marien Ngouabi. Il organise son maquis à Goma tsé-tsé (Ngo ma sesse, la panthère de la savane) le vrai nom du bâtisseur de ce village. Les Forces armées congolaises mènent dans cette localité une véritable opération punitive. Femmes, hommes, vieux, jeunes et enfants sont tués. Nous ne savons pas qui était le chef des opérations militaires. Mais, nous avons appris que les éléments qui étaient mis à sa disposition étaient en majorité du nord. Ce qui est vrai, le chef d’état major général des armées était le lieutenant Henri Sylvère Ondzièle Bangui, originaire de la Cuvette. Cependant, les dégâts humains et matériels enregistrés et la cruauté avec laquelle avait été menée cette opération, nous poussent à dire qu’il y a eu la vengeance des morts et la continuation de la guerre de 1959, treize ans plus tôt. La vengeance dit-on est un plat qui se mange froid.

Anga

1987 : le capitaine Pierre Anga (fils de la Cuvette) veut en découdre définitivement avec Sassou Nguesso pour des accusations mutuelles dans l’assassinat de Marien Ngouabi. Il se replie à Ikonongo, son village. Les Forces armées congolaises y mènent, là aussi, une opération punitive qui fait beaucoup de dégâts humains et matériels. Le chef des opérations militaires était le général Konta (originaire du Pool). Et, son équipe serait composée en majorité d’originaires du Pool. Imaginez la rage et l’esprit de vengeance bien que les militaires du Pool le fissent pour le compte du pouvoir mbochi de Sassou.

1997 : Les partisans du président Pascal Lissouba (originaire du Niari) et ceux de son successeur, Denis Sassou Nguesso, (originaire de la Cuvette) sont en conflit. Bernard Kolelas (originaire du Pool), entre dans la danse en apportant son soutient à Pascal Lissouba. C’est une véritable guerre armée. Après la fuite à l’étranger de Lissouba et Kolelas, Ntumi dont les origines du Pool sont douteuses, puisque une certaine opinion les situe de l’autre côté des montagnes de Mindouli, dans la République démocratique du Congo, continue la guerre. Elle va durer près de dix ans. Bien que le chef des opérations militaires soit toujours le général Konta, et que cette guerre s’inscrive dans le cadre de l’Opération « Mouébara », montée par Sassou Nguesso, pour dépeupler les régions australes du Congo, nous ne nous trompons pas lorsque nous disons que cette guerre n’est que la continuité de la guerre de 1959. Bien qu’il y ait des effets collatéraux dans le Niari, c’est bien Le Pool et la Cuvette qui continuent leur vendetta.

Cependant, celle de 2016 qui est aussi un conflit postélectoral et qui devait donc concerner tous les départements du Congo, ne s’est pourtant focalisée que dans le département du Pool, faisant d’importants dégâts humains et matériels. Les protagonistes : Sassou Nguesso, soit disant originaire de la Cuvette (on le dit Béninois), et Frédéric Binsamou, soit disant fils du Pool. Le chef des opérations militaires : le général François Ossélé (un Likouba), et le chef d’état major général, le général de division Guy Blanchard Okoî (fils de la Cuvette).

Ces quatre cas suffisent, à notre avis, pour dire qu’il y a un réel conflit entre le département du Pool et celui de la Cuvette. Et, que la guerre de 1959 n’est pas finie. Elle couve encore dans la têtes des élites du Pool et celles de la Cuvette.

Il faut la finir.

Créer un comité de paix et réconciliation

Pour mettre définitivement fin à la guerre de 1959 et à l’esprit corse de vengeance nous pensons que les élites civiles et militaires doivent faire la paix et se réconcilier. Les deux départements s’affrontent en généralisant leur conflit, remettant ainsi en cause la paix et l’unité nationale. Et, si l’on n’y prend garde ce conflit peut perdurer sans que les vraies causes ne soient connues et éradiquées. Mais, il faudra aussi craindre qu’avec les guerres récurrentes imposées aux fils du Pool par Denis Sassou Nguesso, et l’importance des dégâts humains et matériels enregistrés que la vendetta italo-corse soit le maître mot de demain. Lorsque Sassou Nguesso n’y sera plus.

Aussi, voulons-nous dire que c’est dans ce comité que les guerres du Pool ainsi que le problème de Ntumi devront trouver leur première solution.
La sagesse lari dit «  Wo vouiri mbwa, ni yandi kua zenga yo mutila » ( seul le maître peut mutiler son chien).

Mais, dans ce comité, il faudra y mettre des vrais sages, tant du côté du Pool que celui de la Cuvette. Pas les « sages du Pool » fabriqués de toutes pièces par Sassou, avalant des couleuvres à Mpila. Nous sommes convaincu que la paix véritable et durable du Congo passera par cette réconciliation entre les élites du Pool et celles de la Cuvette. Aussi, voulons-nous dire qu’avec cette réconciliation, la guerre programmée de 2021, par Sassou Nguesso, n’aura plus lieu. Mais, ce comité ne devra, en aucun cas, entraver le projet du Dialogue national avec lequel on veut réconcilier tous les Congolais, définir le mode de gestion politique et économique. 2021 c’est bientôt. Il faut « courir en se hâtant ».

Serge Armand Zanzala, journaliste et écrivain