ABIDJAN (AFP) - Plus de 6.000 personnes ont été intoxiquées et cinq ont été tuées par les émanations de produits chimiques déchargés d’un navire étranger et déversés fin août dans des décharges publiques d’Abidjan, selon un dernier bilan fourni dimanche par le ministère ivoirien de la Santé.

Un précédent bilan, donné samedi, faisait état de trois morts et plus de 5.000 victimes d’intoxications.

« Nous avons recensé à ce jour plus de 6.000 personnes venues consulter les centres de santé et cinq personnes décédées » en lien avec cette pollution, a affirmé dimanche après-midi à l’AFP le responsable de la communication du ministère de la Santé, Siméon N’Da.

« Il semble que le nombre de personnes qui se rendent dans les centres de santé ait diminué hier et aujourd’hui par rapport aux jours d’avant », a-t-il ajouté.

Le président ivoirien Laurent Gbagbo devait présider en fin d’après-midi une réunion du comité interministériel d’urgence mis en place pour lutter contre la pollution et assister les victimes.

Les deux nouveaux décès recensés dimanche sont deux hommes, un prisonnier de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA), transporté au CHU de Treichville, où il est mort, et un jeune de 19 ans habitant le quartier de Deux-Plateaux, a précisé M. N’Da.

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) du quartier chic de Cocody, où le produit a été en partie été déversé, a enregistré à lui seul « plus de 2.000 cas », avait indiqué samedi le ministère, en précisant qu’au total, seules une dizaine personnes intoxiquées avaient du être hospitalisées.

Les victimes se plaignent en général de vomissements, éruptions cutanées, malaises, diarrhées et maux de têtes.

Les autorités ivoiriennes ont annoncé vendredi la mise en place d’un « plan d’urgence » pour neutraliser la solution toxique, déversée dans une dizaine de décharges de la ville dans la nuit du 19 au 20 août par une société ivoirienne qui les avait déchargés du Probo Koala, un navire battant pavillon panaméen.

Selon l’association écologique Greenpeace, 400 tonnes de boues issues du raffinage pétrolier, riches en matière organique et en éléments souffrés très toxiques (hydrogène sulfuré, H2S et mercaptans) ont été déversés à Abidjan.

Un total de 538 tonnes de déchets liquides avaient été déchargés du navire, selon les documents officiels du port d’Abidjan.

L’origine exacte de ces déchets liquides reste encore à déterminer.

Une équipe de six experts français spécialistes du traitement des déchets toxiques est arrivée vendredi à Abidjan pour aider les autorités à évaluer les dégâts et à faire face à cette pollution.

Composée notamment d’un chimiste, d’un ingénieur et d’un pharmacien cette équipe sera chargée de recenser tous les sites où ces déchets ont été déversés, de les sécuriser, puis de les analyser afin d’évaluer les conséquences environnementales et sanitaires de la pollution et enfin de trouver un lieu de stockage unique pour regrouper ces déchets et les traiter.

A la suite de ce scandale, le Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny a annoncé mercredi soir la démission de son gouvernement, coupable selon lui de « négligences » dans cette affaire, tout en maintenant un comité interministériel chargé de mettre en place le plan de crise.