On ne gagne pas à tous les coups. Et tous les coups ne donnent pas la victoire. Dans la région du Pool, au Congo-Brazzaville, le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso, est en train de l’apprendre à ses dépens. Le dictateur aurait-il trouvé son maître ? La traque suivie de l’arrestation de Frédéric Bintsamou qui devait être une promenade de santé a tourné au cauchemar. Moutouari Côme Kosmos du Trio CEPAKOS Le Peuple avait chanté : « Mitou liboua ya nkoyi oyo olia  » (la tête de lion n’est pas comestible).

Plastron

A la suite d’un plastron du député-cobra Hyldevert Mouhani, en lançant le 4 avril 2017 l’expédition meurtrière et punitive dans la région du Pool, Denis Sassou Nguesso croyait, croix de bois croix de fer, que les miliciens Cobras allaient rentrer à Brazzaville quelques jours plus tard avec comme trophée la tête du Pasteur Ntoumi. Il a oublié que dans la région du Pool, poisson dans l’eau, Frédéric Binstsamou est dans son élément. Cette dixième tête de lion que Sassou a voulu se mettre sous la dent était la tête de trop. Dans le jargon militaire on appelle « plastron » le soldat qui, à l’entrainement, joue le rôle de l’ennemi.

Dommage que cette semaine du 10 octobre 2017 le milicien Hyldevert Mouhani venu débaucher des combattants à Paris, n’ait trouvé personne pour lui jeter à la face le rôle qu’il joua dans le déclenchement de la guerre du Pool. Djo Ballard, Ben Moukacha n’ont pas eu ce courage.

L’arlésienne

Ntoumi serait-il le Ho Chi Min local comme on le lit sur les sites, les blogs et les tweets ? Il y a quelque chose de surréaliste dans la traque du Pasteur Ntoumi par Sassou. Les mystiques prédisent la débâcle du général de l’Alima : il est plus facile pour ce dernier de retrouver une aiguille dans une botte de foin que de mettre la main sur le Pasteur de Soumouna. Mais soyons prosaïques, car, en vérité « paille dans une botte de foin  », Ntoumi dans le Pool est partout et nulle part, comme l’Arlésienne. Il connaît la région comme sa poche. Son message à destination de Monsieur 8 % est à la fois dramatique et comique : « Viens voir si j’y suis. »

Les prétendus sages

 En lieu et place d’un véritable dialogue appelé de leurs vœux par toute la classe politique à l’exception notable du PCT et les partis apparentés, le fils de Mama Mouébara a bricolé une vraie fausse rencontre avec un ramassis de sans-dents qui n’ont de sage que le nom. Le 3 octobre 2017, Denis Sassou Nguesso, à l’occasion de la réunion avec quelques « chapeaux à plume » de la région du Pool triés sur le volet, a accepté l’ouverture des couloirs sécurisés pour tous les jeunes qui voudront sortir, mais à une seule condition : sortir avec leurs armes. «  Quitter la forêt pour rejoindre des camps de cantonnement  » a suggéré sur Africa n°1 (10/10/1) le Dr Marcel Guitoukoulou, virulent opposant, devenu porte-parole de Denis Sassou-Nguesso.

De quoi parle-t-on ? Un couloir humanitaire ou corridor humanitaire est un espace établi dans une zone dévastée par une guerre ou une catastrophe pour permettre le passage d’une aide humanitaire, des enfants, des femmes, des malades et des personnes âgées. L’article 23 de la IVème Convention pose le principe du « libre passage de tout envoi de médicaments et de matériel sanitaire  » ainsi que « des vivres indispensables, de vêtements et fortifiants » vers les populations civiles. Or, sur instruction de Denis Sassou Nguesso, les zones de conflit de la région du Pool sont jusque-là interdites aux organisations humanitaires.

Comme un parfum des Disparus du Beach

 S’il faut sortir, se pose la question de la réinsertion. L’ancien opposant, Marcel GuiToukoulou, a tout faux. L’encasernement des ex-combattants n’est pas la panacée. Qu’est-ce que les jeunes se livrant aux travaux champêtres qui ont toujours vécu dans les villages iraient foutre à Brazzaville ? Grossir les rangs des jeunes citadins brazzavillois au chômage ? Denis Sassou Nguesso n’avait-il pas interdit l’installation dans la capitale Brazzaville des camps de réfugiés devant accueillir les ressortissant du Pool ? « Ces jeunes doivent sortir avec leurs armes. Ça ne peut pas être autrement. On pourra même les leur racheter. On ouvrira les couloirs sécurisés. Ils ne risqueront rien. C’est la parole du président ». Foi de Denis Sassou Nguesso. Que vaut la parole de l’homme d’ Edou-Penda ? Les populations du Congo-Brazzaville, en particulier les habitants de la région du Pool, ont encore en mémoire l’affaire des disparus du Beach.  

Quid du Pasteur Ntoumi ? Peut-on inviter les jeunes Nsiloulous à emprunter les couloirs humanitaires sans négocier un cessez le feu avec le Pasteur Ntoumi ? La classe politique qui appelle au dialogue, à l’arrêt des bombardements du Pool et à la libération sans condition des prisonniers politiques n’a pas été associée à la grand’messe des « sages » du Pool et de Sassou Nguesso. Pourquoi ? L’opération de séduction des jeunes Nsiloulous vise à isoler le Pasteur Ntoumi et montrer que ce dernier constitue un obstacle au retour de la paix dans cette partie du Congo-Brazzaville, condition indispensable à la reprise du trafic ferroviaire exigé par le FMI. Et, in fine, l’abattre comme un chien.   

Fidèle à sa volonté de conservation du pouvoir, Denis Sassou Nguesso met à exécution la stratégie de contournement de la classe politique, de l’isolement de Frédéric Bintsamou alias Pasteur Ntoumi et de l’évitement du dialogue politique, synonyme, pour lui, de perte du pouvoir, cela avec l’aide médiatique du franc-maçon Marcel Guitoukoulou, fraternité oblige.

Solutions

La solution de la crise du Pool passe par le retrait des forces armées de Denis Sassou Nguesso. Conséquences : retour des populations déplacées, maintien des jeunes dans les villages, reprise des activités agricoles, arrêt de l’exode rural, reprise du trafic du CFCO, disparition des poches de résistance, reprise des approvisionnements en produits vivriers, reprise du trafic routier

Le Pool souffre, le Congo-Brazzaville souffre des exactions de la Force publique déployées par Denis Sassou Nguesso se donnant le prétexte de la traque d’un rebelle, pour rançonner et piller les pauvres hères qui n’aspirent qu’à vivre en paix.

 Benjamin BILOMBOT BITADYS