Assis sur une branche, un chimpanzé ausculte les poils d’un congénère et en retire de petites saletés ou des pellicules qu’il avale avec un claquement frénétique de lèvres...

Au coeur de la forêt congolaise, une telle séance d’"épouillage" serait banale si l’un des deux singes ne présentait quelque chose d’inhabituel : il porte un gros collier muni d’un émetteur miniature.

Contrairement à son compagnon, qui a toujours vécu en liberté dans le Parc national de Conkouati-Douli (sud-ouest du Congo-Brazzaville), le second primate est l’un des rescapés du braconnage sauvés grâce à l’ONG HELP Congo (Habitat écologique et liberté des primates).

L’idée de remettre des chimpanzés captifs dans la nature est née il y a tout juste quinze ans dans la tête d’Aliette Jamart, une commerçante française établie au Congo depuis 1963 et que rien ne prédestinait à un engagement en faveur des chimpanzés.

"C’est en découvrant la misère des primates au zoo de Pointe-Noire que j’ai commencé à m’intéresser au sort des bébés chimpanzés et que j’ai décidé d’intervenir", raconte à l’AFP Aliette Jamart, de passage à Paris. "En quelques mois, j’avais onze singes à la maison. Je me suis rapidement rendue compte qu’il n’y avait qu’une seule solution véritable : les relâcher dans la nature".

Son projet fut accueilli avec scepticisme par la quasi-totalité des spécialistes. La complexité des rapports au sein d’une communauté de chimpanzés prévenaient-ils, vouait le projet à l’échec : les relâchés, surtout les mâles, seront rejetés, sinon tués par leurs congénères sauvages.

"La nature ne connaît pas la pitié, rétorquait Aliette Jamart. Un peu de casse est forcément à prévoir, mais la conservation se fait dans l’intérêt d’une espèce, pas dans celui de la survie de quelques individus."

naissances

La Française a trouvé quelques âmes soeurs au sein de la communauté scientifique prêtes à l’aider à préparer le terrain. En 1991, elle a obtenu le feu vert des autorités congolaises pour partir avec ses chimpanzés (ils seront 48 au total) vers Conkouati, à 170 km au nord de Pointe-Noire, pour leur apprendre d’abord à vivre ensemble sur trois îles, avant de retrouver l’entière liberté sur un site forestier voisin, dit du "Triangle".

Le jour "J" est arrivé en novembre 1996 : cinq premiers chimpanzés, quatre femelles et un mâle, munis de colliers-émetteurs pour permettre leur suivi, ont été transférés vers le Triangle. En tout, 35 chimpanzés ont été remis en liberté, et vingt d’entre eux sont régulièrement observés.

Trois femelles et un mâle ont été trouvés morts entre 1997 et 2003, un mâle disparu depuis cinq ans l’est vraisemblablement aussi. Comme on s’y attendait, plusieurs autres mâles ont subi des attaques, et seule la présence d’observateurs humains à proximité a arrêté leurs poursuivants.

En revanche, les femelles rejoignent facilement les sauvages. "Nous avons revu des femelles après plus d’un an d’absence", témoigne Catherine Sourmail, jeune vétérinaire, de retour du Congo.

Surtout, 2003 a été l’année des naissances : quatre petits ont été mis au monde par d’anciennes pensionnaires de HELP Congo. Parmi elles, le tout premier chimpanzé récupéré par Aliette Jamart en 1989, Jeannette : la boucle est bouclée avec succès.

"On ignore encore l’identité de leurs pères, précise Catherine Sourmail, mais certains d’entre eux sont très probablement des chimpanzés sauvages. Quand on aura réussi à récupérer des poils des bébés pour analyse génétique, je suis persuadée que cela se confirmera."


Proposé par : niaou

Les "sanctuaires" de chimpanzés

PARIS, 1er mai (AFP) - 11h36 -

Help-Congo (Habitat écologique et liberté des primates) est l’une des associations engagées dans le sauvetage de jeunes chimpanzés issus du braconnage à travers l’Afrique, la seule, à ce jour, à avoir rendu l’entière liberté à des chimpanzés ex-captifs.

Ces ONG, dont les principales (une douzaine) sont regroupées depuis 2000 au sein de la Pasa (Pan African Sanctuary Association/Association pan-africaine des sanctuaires), possèdent plus de 500 primates, et le nombre de leurs pensionnaires ne cesse de croître.

Il s’agit de bébés (dont certains sont devenus depuis leur prise en charge des adolescents, voire des adultes) que les braconniers ont tenté de vendre vivants après avoir tué leur mère pour la viande.

Dans ces "sanctuaires", les singes trouvent des conditions de vie satisfaisantes sur des îles ou dans des parcelles de forêt entourées de clôture électrique. Mais ils y sont condamnés à rester captifs, la réintroduction dans la nature ne figurant pas au programme.

Certains de leurs responsables y sont hostiles : lors de la réunion constitutive de la Pasa, ils sont allés jusqu’à se demander, dans les couloirs, si Aliette Jamart (fondatrice de Help-Congo) aimait ses chimpanzés, puisqu’elle les laissait se débrouiller seuls dans la forêt, avec tous les risques encourus...

Le succès de Help-Congo, qui a rendu la liberté à 35 chimpanzés au Congo-Brazzaville, semble amener les sanctuaires à commencer à étudier l’option des réintroductions.

Relâcher les chimpanzés demeurera forcément une exception, préviennent les spécialistes. Cette opération n’est en effet envisageable que dans des conditions très strictes : les candidats à la liberté doivent être des singes adolescents préparés à entamer une vie autonome, la végétation du site doit correspondre aux besoins de l’espèce, le site lui-même doit être éloigné des zones habitées pour prévenir le risque de braconnage et aussi de conflits avec les populations humaines, etc.

Mais si les études préalables sont concluantes, relâcher les chimpanzés deviendra un moyen de contribution directe à la conservation de ces primates qui, tout en étant officiellement protégés, sont de plus en plus menacés par la chasse et la destruction de leur habitat.

ebonga ebonga te...