22/1/2005 - Le président de l’URN et de la Commission Economie et Finances de l’Assemblée Nationale du Congo-Brazzaville, M. Gabriel Bokilo, a répondu à nos questions relatives au contrôle de l’action gouvernementale par l’assemblée nationale, aux malentendus au sein des FDU et la nomination du nouveau gouvernement.

Ancien fonctionnaire de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale et ancien gouverneur suppléant du FMI, député et président de la Commission Economie et Finances de l’assemblée nationale, docteur en droit, M. Gabriel Bokilo est compté parmi les grosses pointures de la politique congolaise. Il est également le président de l’Union pour le Redressement National (URN), un des partis membre des Forces Démocratiques Unies (FDU). La coalition des partis et associations politiques qui dirige le pays depuis octobre 1997, date de retour de M. Denis Sassou-Nguesso au sommet de l’Etat au Congo-Brazzaville. Bien que fidèle à ce dernier, il ne ménage pas ses discours lorsqu’il s’agit de critiquer la manière dont la chose publique est gérée et d’encourager le gouvernement à s’attaquer à la résolution des problèmes sociaux des Congolais.

Comment l’assemblée nationale va t-elle s’employer pour que le contrôle de l’action gouvernementale favorise davantage en 2005 la prise en compte des attentes des Congolais devenus de plus en plus exigeants ?

Gabriel Bokilo : " Je dois d’abord dire que la plupart des questions soulevées par les députés en 2004 portaient essentiellement sur la politique sociale du gouvernement. Les Congolais constatent d’ailleurs avec amertume que très peu de choses ont été faites sur le plan social. Les structures sanitaires sont confrontées à un manque criant de matériels et de personnel. Il existe dans notre pays de nombreuses écoles privées de bancs, de matériels didactiques et d’enseignants qualifiés. Certaines n’ont même pas d’enseignants. Des élèves étudient à même le sol dans certaines écoles de Brazzaville. A cela s’ajoute le problème de paiement des pensions de retraite. C’est pour toutes ces raisons que les critiques des députés formulées à l’encontre de l’action gouvernementale ont porté essentiellement sur la nécessité d’améliorer la situation sociale de nos compatriotes.

Car, nous avons fait un constat selon lequel l’exécutif congolais brasse depuis un certain temps d’importantes sommes d’argent sans que cela puisse avoir un impact sur le mieux-être des Congolais. Plus de 50% de Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté, soit avec moins d’un dollar par jour. Les députés souhaitent que le gouvernement fasse tout pour que le développement humain soit en rapport avec les ressources du pays. C’est pourquoi la mise en œuvre de différents mécanismes de contrôle de l’action gouvernementale avait toute sa raison d’être. Hormis les séances de questions d’actualité avec débat, nous avons recouru également aux séances de questions orales avec débat et de questions écrites.

Les enquêtes parlementaires sur la gestion des caisses de retraite, les services placés sous la tutelle du ministère des finances et ceux des départements ont menées. Ces enquêtes n’ont peut-être pas eu un écho retentissant auprès de la population. Elles nous ont cependant permis de nous rendre compte de la manière dont les ressources du pays sont gérées. Sur ce point, je pense que l’assemblée nationale a bien travaillé en 2004. Il va sans dire que nous devons faire mieux en 2005 et veiller à ce que la politique du gouvernement soit de plus en plus profitable à tous les Congolais.

Il y a eu des malentendus au sein des FDU en 2004. comment avez-vous géré cette situation ?

" Il y a forcément des malentendus et soubresauts dans toute organisation humaine. Mais l’essentiel pour tous était de poser certaines questions. Nous avons pris conscience qu’il faut aller vers la refondation des Forces Démocratiques Unies. Il nous faut désormais envisager autrement l’avenir de notre coalition politique, lui donner une nouvelle impulsion en tenant compte des exigences de notre peuple. Autrement dit, nous nous attelons à tenir la convention des FDU dans les jours à venir. Les réunions préparatoires se sont déjà tenues. Cette convention pourra avoir lieu en 2005 si tout se passe comme prévu.

Malgré le fait que l’URN, l’UPRN, l’ACOOS l’UNDP et le RDPC ont fustigé sans ambages la mégestion et d’autres maux qui minent le Congo, certains responsables de l’opposition ont considéré votre prise de position comme une guerre de positionnement ou une grogne des leaders des partis politiques frustrés. Que dites-vous ?

" Nous étions mécontents par rapport aux engagements politiques que nous avons pris en son temps au sein des FDU. Nous avons crié haut et fort sur les travers constatés par tous les Congolais. Nous avons manifesté entre autres notre mécontentement parce que les règles du jeu n’étaient pas respectées. Mais en aucun cas nous avions eu l’intention de nous positionner. Nous aurions adopté une autre attitude si nos revendications visaient le repositionnement.

Ceux qui pensent que nous voulons nous positionner se trompent largement. Ils verront dans un avenir proche que nos critiques porteront les fruits. Nous nous retrouverons en concertation pour jeter les nouvelles bases de collaboration au sein des FDU. Je ne peux prédire ce qui adviendra. Le plus important est que cette rencontre aboutisse au changement. Le changement tant souhaité par les uns et les autres à cause des dysfonctionnements constatés."

Quelle est l’opportunité pour le Président de la République de nommer un nouveau gouvernement dont près de 90% de membres ont soit conservé leurs postes, soit fait des permutations ?

" C’est une question délicate. Elle dépend de la manière dont le Chef de l’Etat attend conduire les affaires du pays. Nous observons ses actions de l’extérieur et nous n’avons pas la même perception que lui. Ce qui est vrai cependant, c’est le fait que plus d’un Congolais a estimé que la composition de la nouvelle équipe gouvernementale ne refletait pas la volonté de changement tant souhaité. Il nous reste plus qu’apprécier les membres du gouvernement à l’œuvre pour pouvoir apprécier à sa juste valeur le bien-fondé de la décision du Chef de l’Etat. "

On parle de plus en plus de la violation de la constitution de 2002 du fait de la nomination d’un Premier ministre par le Chef de l’Etat, puisque ce texte ne contient aucune disposition sur le poste de Premier ministre. Votre réaction ?

" Il me semble que l’on dramatise un peu trop cette question. Selon mon point de vue, la constitution en vigueur a fixé un régime présidentiel. Cela veut dire que c’est le Président de la République qui est le chef du gouvernement. Néanmoins, la constitution ne s’oppose expressement pas à la nomination d’un Premier ministre qui est le premier des ministres et non le chef du gouvernement. Le président de la République aurait violé la loi fondamentale s’il avait nommé un Premier ministre chef du gouvernement. Telle est la nuance.

A mon avis, la polémique sur l’inconstitutionnalité de la nomination d’un Premier ministre ne se justifie pas. Assistant du Président de la République, l’actuel Premier ministre ne peut ni nommer un ministre, ni démettre un ministre de ses fonctions comme c’est le cas dans un régime parlementaire. Le Premier ministre demeure comme par le passé le coordonnateur de l’action gouvernementale puisque les grandes orientations sur la manière de diriger les affaires de l’Etat émanent du Chef de l’Etat qui est en même temps chef du gouvernement. Je ne prétend détenir le monopole de la vérité sur cette question. J’estime cependant que la nomination d’un Premier ministre au regard de la constitution de 2002 ne change pas fondamentalement la nature du régime.

Source : http://www.planeteafrique.com