Jean-Pierre Missié, congolais, est décédé ce 23 septembre 2017 en Afrique du Sud. La sociologie congolaise est en deuil. Elle a perdu un éminent représentant de son élite.

Parcours - Après un bref passage à Nice puis un brillant parcours à Nancy à la fin des années 1980 Jean-Pierre Missié était rentré au Congo où il enseignera la sociologie à Bayardelle. Il sera ensuite nommé chef de département, succédant à l’illustre professeur Côme Manckassa qui fut son maître alors que la sociologie siégeait encore dans l’enceinte de l’INSSED.

Travaux - Ce sociologue laisse une remarquable bibliographie. Le terrain du professeur Jean-Pierre Missié sera les religions africaines dont il s’emploiera de construire et déconstruire les mécanismes de l’aliénation. Le sociologue éclairait sa démarche en faisant usage des concepts de la praxéologie bourdieusienne. En raison de la crise économique majeure qui frappe les sociétés modernes africaines, les agents sociaux ont alors intériorisé l’idéologie du désenchantement et extériorisé une pratique sociale par la force de l’habitus. Cette extériorisation des normes intériorisées prend cours dans l’expression religieuse des sujets d’étude, notamment dans leur implication dans les églises dites « de réveil », représentation idéologique catégorisée déjà par Marx comme « opium du peuple ».
Par ailleurs, Jean-Pierre Missié s’est méfié de l’homo politicus dont il n’a cessé de souligner la part de responsabilité dans la fuite des classes populaires dans l’opium religieux. Il a d’ailleurs eu maille à partir avec certains représentants de l’homo academicus enrôlé dans les circuits du pouvoir dominant.

Hommage - Jean-Pierre Missié a rejoint dans l’éternité un autre ami qui lui était cher, parti très tôt à l’occasion d’un crash aérien en 1989, au-dessus du Ténéré. L’ami en question, c’était Barnos, sociologue aussi. Musicien également comme J.P Missié. Excellent ténor, J.P Missié vient de chanter son champ de cygne en cosignant un travail de recherche. Les co-auteurs ont promis le lui dédier à titre posthume. Ce n’est que justice pour un intellectuel décrit par le doyen de la Fac des Lettres, Dieudonné Tsokini (ancien niçois également) comme quelqu’un qui « a su ne pas quitter l’école. » Belle oraison funèbre. Belle épitaphe.

En effet, l’éthique et l’esprit scientifique n’avaient jamais quitté ce penseur.

RIP, J.P

Simon Mavoula