"La cigale , ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue
quand la bise fut venue." Au Congo où l’Etat est une cigale, l’immense foule des travailleurs se retrouve démunie quand sonne l’heure de la retraite malgré les cotisations dont ces fourmis se sont acquittées. L’Etat/cigale escompte résoudre le déficit des caisses en avançant l’âge de la retraite, autrement dit en exigeant aux fourmis de se tuer à la tâche.

Après plusieurs années perdues dans des activités de loisir (Route de L’Equateur, Fespam…) le Congo-Brazzavillea mis enfin les pieds dans le plat en s’attelant à l’un des plus grands chantiers structurels de l’économie : celui de l’âge de la retraite des fonctionnaires. Voici donc venu le temps de grandes reformes car même si un vent frais souffle sur l’économie du Congo-Brazzaville (recettes pétrolières en hausse, 9% de croissance du PIB, baril à 70$...) au bord de l’asphyxie, il faudra davantage que le relèvement de l’âge de la retraite pour le faire bouger Et le réanimer totalement. Ainsi donc , l’âge de départ à la retraite est passé à 57, 60 et 65 ans selon les catégories à compter du 1er janvier 2007. Quid du nombre d’années de cotisations ? Comment va-t-on financer ces retraites ? A-t-on étudié la question de la pénibilité du travail ? Avec l’allongement de la durée de la vie et le déséquilibre sans cesse croissant entre actifs et retraités, conséquence d’un fort taux de chômage de plus de 50% de la population active, le déficit de l’assurance vieillesse devrait s’accroître en 2007 et encore se dégrader les années suivantes si rien n’était entrepris pour renverser la tendance. Au Congo-Brazzaville, 70% des jeunes en âge de travailler sont sans emplois. Leur mobilisation augmenterait le nombre de cotisants. Toutes les études prospectives montrent que si rien n’est fait, notre système de répartition volera en éclat. A défaut de réformes structurelles qui mettraient chaque citoyens à contribution, les Congolais sont condamnés à creuser un trou sans fin ou accepter, la mort dans l’âme, de voir fondre comme neige au soleil les maigres pensions des retraités. Il sera alors bien temps de pleurer sur la défunte solidarité entre les générations :
- 1°-les jeunes financeront la dette (fin 2005, la dette du Congo-Brazzaville représentait 120% des recettes d’exportation) insupportable que nous leur aurons léguée, pendant que les anciens vivront d’expédients ou au crochet de leur famille.
- 2°-une réforme si importante, si structurante que celle des retraites
ne saurait se borner à une simple mesure d’âge. Il est plus que temps d’inventer les instruments financiers efficaces et stimulants qui permettront à chacun de préparer, à titre privé,
le financement de ses vieux jours. C’est le système de capitalisation qu’il convient de faire coexister à côté du système de répartition héritée de la colonisation. Toutefois, sur ce terrain libéral, au Congo-Brazzaville, il vaut mieux avancer avec prudence.

Benjamin BILOMBOT BITADYS