Technocratie, système de gouvernement qui tend à confier la gestion des affaires publiques à des spécialistes au détriment des hommes politiques.
Apparue aux États-Unis après la Première Guerre mondiale, la doctrine technocratique considérait que le progrès technique et scientifique devait nécessairement amener une modification de la gestion économique. Dans cette perspective, elle proposait de confier le gouvernement à des techniciens, seuls susceptibles de gérer rationnellement la société et de mener à bien les modernisations nécessaires. La technocratie s’est lentement développée dans les États industrialisés, en particulier à partir des années cinquante et de la généralisation des planifications économiques.

"Je résiste à tout, sauf à la tentation"
Oscar Wilde

Plus les hommes s’éternisent aux postes de grande responsablilité, plus ils sont l’objet de sollicitations, plus ils sont soumis à la tentation.

En ce monde bien rares sont les hommes politiques qui n’ont tiré aucun profit personnel de leur passage au pouvoir. Les exemples de Nelson Mandela, de Marien Ngouabi ou de Thomas Sankara, qui jusqu’au moment de son assassinat se déplaçait toujours en Renault 5 sont des exceptions que l’on peut compter sur les doigts de la main. Ne nous faisons aucune illusion, la corruption et la concussion sont endémiques y compris dans les plus hautes sphères des Etats et le resteront, encore faudrait-il qu’elles se maintiennent dans des limites "raisonnables".

Si la France, puissance tutélaire, a commis bien des exactions dans notre pays, elle y a aussi favorisé l’éclosion d’une classe de bureaucrates qui ont été fort prisés dans toute sa zone d’influence africaine. La formation de ces fonctionnaires s’est faite au détriment du transfert de technologie que la France réservait jalousement à ses ressortissants. L’élite congolaise rompue aux magouilles s’est naturellement dirigée vers des fonctions politiques. C’est ainsi qu’à l’avènement de l’indépendance le Congo s’est retrouvé avec pléthore de politiciens et une évidente carence de techniciens de haut niveau.

La colonie laissait en place ses réalisations, le Congo aurait dû en profiter, mais, en manque de vrais ingénieurs, il n’a jamais été en mesure d’assurer l’entretien courant de l’héritage colonial qui n’a fait que se dégrader.

La politique "Ngouabiste" de rapprochement avec les pays du bloc de l’est a permis la formation de quelques milliers de techniciens en Russie, Ukraine, Roumanie ou Cuba. Malheureusement, le centralisme démocratique qui prévaut alors, les place, dès leur retour à des postes de responsabilités dans lesquels ils ne peuvent en aucun cas mettre en application leur formation et acquérir l’expérience terrain, indispensable complément de la formation théorique. Avides de carriérisme ils négligent le développement.

La glasnost change la donne, de nombreux jeunes congolais sont désormais formés en occident. Ils reçoivent des formations gratifiantes dans des écoles d’ingénieur. Une fois diplômés ils tentent de trouver un emploi au pays. Les bureaux sont pourvus de cadres encore jeunes et très éloignés de la retraite et le secteur privé est incapable de payer raisonnablement cette élite technicienne [1]. Les ingénieurs préfèrent trouver un emploi plus rémunérateur dans leur pays de formation, privant le Congo de cette nouvelle élite qui lui fait tant défaut.

Conséquence majeure, aucune réalisation n’est congolaise. On fait venir des entreprises étrangères, des cadres venus d’ailleurs, des ouvriers hautement qualifiés à la peau blanche, des matériaux exogènes. Seule la main d’oeuvre peu spécialisée est autochtone. Le coût des réalisations et par voie de conséquence leur nombre s’en ressent.

Le pays est rongé par la lèpre du "je m’en foutisme", de la mendicité et de l’argent facile. Les richesses du pays sont hypothéquées pour rembourser les emprunts faits pour des structures qui ne fonctionnent déjà plus par manque de respect pour elles et par l’avidité de dirigeants qui se préoccupent davantage de leur intérêt propre que de celui de la nation. La tentation à fait son oeuvre.

La Congo a un potentiel énorme et il préfère l’ignorer. Il doit faire revenir ses ingénieurs et techniciens expatriés. Il doit faire en sorte de les motiver à ce retour. Il doit utiliser ces hommes aux tâches pour lesquelles ils ont été formés et les rémunérer en conséquence. Il doit développer son secteur recherche, diminuer l’apport étranger et entreprendre par lui même.

[1Mis a part le secteur pétrolier qui entrevoyant très vite l’intérêt que présentent ces jeunes ingénieurs locaux dans les économies salariales congolise bien des postes.