Personnalité de très haute sacralité, l’évocation du Cardinal E. Biayenda a toujours fait recette dans l’imaginaire des Congolais, peuple chrétien à 95 %.

Pour preuve, l’affluence du public à la réunion de commémoration de sa mort organisée par l’association Objectif Kutana. Une centaine pour son porte-parole Charles Madédé ; près d’une soixantaine en toute objectivité. Présidée par Huguette Lébanitou Objectif Kutana se réunit un vendredi sur deux, en région parisienne.

Vendredi 22 mars 2019 l’évocation de la mémoire du Cardinal a eu lieu au Café Nord Paris, en face de la Gare du Nord. Notons que le mois de mars, au Congo-Brazzaville, est une période symbolique douloureuse en raison de blessures mal cicatrisées. De l’assassinat de Marien Ngouabi (1977) aux explosions de Mpila (2012), beaucoup de sang a coulé dans ce pays sans que justice équitable n’ait été rendue. Ca fait mal tout ça.

Pour ce faire, Objectif Kutana a soumis un thème à la réflexion des invités : 42 ans après l’assassinat du Cardinal Emile Biayenda, existe-t-il des risques d’un Bis Repetita (crime d’un leader politique sans châtiment) ?

La réponses est Oui ainsi que le montrent le meurtre de Bruno Ossébi, de Marcel Ntsourou et les assassinats des douze jeunes au commissariat de Chacona. Ne parlons pas des Disparus du Beach en 1999, premier pogrom congolais depuis les Indépendances.

On a noté la présence de Guy Mafimba, Sadio Kanté Morel (journaliste), Me Amédé Nganga (avocat du colonel M. Ntsourou), Godefroi karanda, Marc Mapingou, Alexis Passi, l’abbé Séverin Nkounkou, Commandant Castor, Richard Samba Dia Nkoumbi, Euloge Mavoungou , Tony Louya, les médias Ziana-TV, Congopage.
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Un exposé d’Alain Kounzilat sur la vie du Cardinal Emile Biayenda a permis aux organisateurs de poser le cadre de la discussion. Editeur, A. Kounzilat a publié plusieurs ouvrages sur le Saint Homme. Le dernier en date a été écrit par le propre neveu du Cardinal résidant au Cameroun.

Histoire de rafraîchir les mémoires, une projection vidéo de la biographie du Saint Homme né dans le Pool a été faite. A propos du Pool, il y a lieu de noter que ce lieu de naissance du Prélat ne sera pas neutre dans la décision des autorités politiques des années 1977 de le tuer.

C’était un vendredi, veille des vacances de Pâques, quand tout bascula avec l’assassinat de Marien Ngouabi suivi peu de temps de celui du Cardinal, un scabreux mélange où le politique et le religieux fusionnèrent dans les règles de l’amalgame (Sadio Kanté Morel).
A ce jour les assassins courent toujours. Tant qu’on ne les aura pas juger, demeurera un contentieux historique dans notre pays. L’unité nationale pâtira de cette impunité (Guy Mafimba). Mais peut-on désigner des coupables tant qu’aucune procédure judicaire n’aura été ouverte ? Comme il n’y a jamais eu d’enquête criminelle, les présumés criminels de la période du 18 mars au 22 mars bénéficient de la présomption d’innocence (Me Amédé Nganga). Oui mais il y a eu procès en 1979. L’affaire n’est-elle pas déjà entendue ? Si, mais ce ne sont pas les coupables mais les témoins de l’assassinats de Marien Ngouabi qui furent jugés. Jusqu’aujourd’hui ni le procès des assassins de Marien Ngouabi ni celui de ceux Cardinal Emile Biayenda n’ont jamais eu lieu (Me Amédé Nganga, avocat de Marcel Ntsourou).

Procéder de cette sorte, n’est-ce pas tomber dans du formalisme juridique ? (Antoine Page Kihoulou) D’autant plus qu’on a tous entendu les présumés coupables avouer leur forfait par la fameuse injonction en langue mbochi « Kia ngui é wo ! » (William Otta)
Et d’ailleurs pourquoi parler de contentieux historique et de vérité réconciliation. On tombe dans un mimétisme juridique si on s’aligne sur l’Afrique du Sud ou sur le Rwanda. Les partisans de l’Apartheid avaient tué les populations noires. On comprend qu’à la chute du régime blanc, les communautés se demandent pardon. On peut admettre que Hutus et Tutsi se réconcilient après le génocide. Mais dans le cas du Congo sur quelle base va-t-on se faire mutuellement un Mea Culpa ? (Antoine Page Kihoulou)

Personne n’est dupe. Ceux qui ont tué Marien Ngouabi cherchaient un bouc-émissaire. Il fut trouvé en la personne du Cardinal Emile Biayenda qu’ils exposèrent à la vindicte publique grâce à la formule en lingala « Ba kongo ba bomi Marien ». (Guy Mafimba, proche du général Ngouolondélé et ancien conseiller politique de Yombi) Les chansons en mbochi étaient sans équivoque : « Marien Ngouabi a kongo a bomi, Céline otémo o soundi ».

Le sang des mbochi ne fit qu’un tour. La société kouyou étant réputée ancrée dans la vendetta, assassiner le Cardinal accusé d’avoir neutralisé le pouvoir mystique de Marien Ngouabi ne fut qu’un jeu d’enfant. Les véritables auteurs du double assassinat se frottèrent les mains. C’est ce qu’on appelle « manipulation », « instrumentalisation ». Le coup d’Etat de palais fut un franc succès.

Quant au procès de 1978, ce fut un bel exemple de la justice stalinienne. Onze têtes tombèrent. C’était des faux coupables. Les vrais circulent dans la nature, libres comme le vent.

Qu’est-devenue la voiture Peugeot à bord de laquelle avaient pris place des militaires vus en face de la station d’essence située en face de la Mairie Centrale de Brazzaville ? (William Otta)

D’où venait la jeep aperçue devant les appartements du Cardinal le 22 mars 1977, qui était à bord, et où se rendit-elle par la suite ? La question mérite d’être posée puisque, le lendemain, on apprit la mort du Prélat survenue sur les collines situées à une quinzaine de kilomètres au nord de Brazzaville. Comme la relique de la main de Saint-Jean-Baptiste, la posture de la mort du Cardinal Emile Biayenda symbolisait le Pardon (Marc Mapingou).

L’enfant de Maléla Bombé (entendez Emile Biayenda) était amour. Dans son exposé liminaire ce vendredi 22 mars 2019, Alain Kounzilat, pose que l’amour divin reste une dimension de la paix au Congo. Suivons cette piste (Abbé Séverin Nkounkou).

Il ne demeure pas moins que les générations passées ont démérité dans le combat. Les jeunes, les plus jeunes n’ont pas reçu de mots d’ordre de combat. Dommage. (Commandant Castor)

Prochaine rencontre d’Objectif Kutana, vendredi 5 avril 2019. Le thème : Conjoncture et perspectives économiques du Congo Brazzaville par Verlin Beka Beka Consultant en gestions d’entreprises, Analyste financier.
Lieu : même endroit, même heure.

Objectif kutana, association née en novembre 2016 puis novembre 2018 dans sa structure actuelle. Présidente Huguette Lébanitou, Vice-président Christ Banzouzi, Secrétaire et directrice des programmes des vendredis du Congo, Nadège Mavoungou. Nzoumba présentatrice des vendredis du Congo (Ziana tv)