Le gotha black de France

lundi 10 décembre 2012
  • Eveline et un des artistes présents à la soirée

Les Africains qui pensent avoir réussi, c’est-à-dire ceux qui ont réussi pour avoir pensé avec intelligence les rouages d’intégration dans la société française se sont retrouvés samedi 1er décembre à Paris, pour la deuxième édition 2012-2013 du gala du "Gotha Noir", dans les salons d’Aveyron Paris-Bercy village. J’y étais. Le bureau du gotha a présenté au public, trié sur le volet, une brochette sur laquelle ils se sont représentés, tous autant qu’ils sont, comme élite c’est-à- dire comme agents occupant sur le champ social, une position de privilégiés. Par conséquent, on pourrait dire, qu’il s’agit moins d’un message adressé à La France, pays d’accueil, qu’aux pays africains pour des éventuels "positionnements" cela, dans un contexte où se conteste de plus en plus l’afro-pessimisme au profit de l’afro-optimisme. Oui, j’y étais car, en toute sincérité, j’adhère entièrement à la problématique de l’égalité des chances selon ses mérites surtout quand celle-ci est assortie d’une once de discrimination positive.

Mimétisme culturel

Elaborer des typologies a toujours été le propre de l’élite, quelle que soit l’origine ethnique de ses membres. Les Noirs de France (en Angleterre on préfère la notion de "Black") ont alors mimé ce que font les autres communautés (à l’image des Juifs, des arméniens, des Italiens, des Indiens etc.) en distinguant suivant un système de classement qui pour être arbitraire n’est pas neutre (ou pour être neutre est donc arbitraire) en distinguant, disais-je, ceux qui dans la diaspora ont réussi et ceux qui n’ont pas réussi. Le concept de réussite est ici entendu, bien sûr, en fonction du critère économique (le poids financier de l’agent social) et suivant sa capacité de réaliser un parcours professionnel modèle. C’est le cas de ceux qui se classent comme personnalités de l’aristocratie, acteurs du monde culturel, hommes de science, hauts cadres, chefs d’entreprise, médecins, chercheurs, sportifs de haut niveau ou hommes politiques etc.

Dynamique de la soirée

Cette époustouflante soirée communautaire placée sous le haut patronage de Madame George Pau-Langevin, Ministre déléguée auprès du Ministre de L’Education nationale, chargée de la réussite éducative, a débuté à 19h, heure de l’accueil des invités dans le petit salon pour le cocktail. A 20h : ouverture du grand salon, début des festivités suivi d’un exquis diner. L’évènement a été animé par deux figures de la télé : Amobé Mévégué de France24 et Dee Lay. Les intervenants se sont succédés : artistes chanteurs, poètes, comédiens. Ensuite a eu lieu un défilé de mode pour agrémenter la soirée.

Initié par le chirurgien-dentiste Elie Nkamgueu, fondateur et Président du Club Efficience depuis 2008, le Gotha Noir est plus qu’un concept. C’est un ouvrage original et unique en son genre. Sa spécificité est de sélectionner l’élite au sein des diasporas afro-française et antillaise en France. On peut, certes, rester dubitatif quant au critère de sélection, mais il n’existe pas de classement qui ne soit arbitraire, refoulant à la périphérie du réseau des gens qui n’ont pas moins de mérite mais auxquels l’opportunité de monnayer leur capital social sur le marché professionnel ne se présente toujours pas, des cracks qui ne parviennent pas de passer de l’ombre à la lumière ; bref d’avoir une visibilité. Oui, ça courre les rues, les génies après lesquels le succès ne courent pas...encore.

Le Gotha noir de France dresse donc un portrait de la place des Noirs et de leur contribution dans la société française d’aujourd’hui. « Le Club Efficience, synergie des compétences, a pour ambition de donner une meilleure visibilité aux hommes et aux femmes qui composent la diversité française. Mieux vivre ensemble, est la devise du Gotha noir.  »

« La crème de la crème » a dit le président, a été sélectionnée selon différents critères. Il ne s’agit pas, pour autant, d’un annuaire, genre bottin mondain a ajouté Elie Nkamgueu. «  Ce sont des biographies qui racontent des histoires et des parcours de réussite. Un outil aussi qui se veut pratique  » a-t-il continué. J’ai eu peur qu’il ne nous dise qu’il s’agit juste d’un club d’amis formant un groupe informel et, peut-être même ajouter qu’il n’était pour rien dans cette typologie ! (rires)

« Le Gotha Noir, je le crois, est une excellente initiative qui permet aux jeunes de croire que des Français venant d’Afrique noire peuvent réussir dans tous les secteurs : politique, économique, culturel, artistique, sportif et…je crois que c’est une très bonne chose car, il y a vraiment des exemples de réussite, mais qui ne sont pas toujours connus ! » C’est bien ce que je pense. Le gotha gagnerait d’être enrichi chaque jour d’illustres anonymes perdus dans la jungle de la société diasporique.

« Les jeunes ont l’impression que leurs origines africaines sont un frein à la réussite. Ce n’est pas vrai. Et, le Gotha Noir est un exemple qui leur montre concrètement qu’on peut réussir en étant issu de la diversité, que l’on vienne d’Afrique ou d’Asie, d’ailleurs ; parce qu’il y a des Français qui viennent de l’Inde, du Viêt-Nam, du Cambodge, du Laos…qui ont aussi réussi.  »

Noir silence

Plus de 500 invités prestigieux : Jean Louis Borloo (Ministre) et d’autres Ministres français et africains notamment de la Guinée, Léon ( chanteur soul musique de la RDC).

J’ai noté la présence de Gaston Kelman (écrivain), Iman Ayissi (créateur de mode), Madame Colle, Pascal Légitimus (comédien), Claudy Siar (homme de média) et bien d’autres ; que du beau monde.

La seule crainte est de voir le gotha se transformer à la longue en ghetto sur lequel se couvre un... noir silence. A la manière d’une société secrète.

Vivement 2014 pour la 3ème édition.

Eveline Mankou Ntsimba, écrivaine





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