KINSHASA (AFP) - La première intervention conjointe cette semaine à Kinshasa des Casques bleus et d’une force européenne, couplée à des efforts diplomatiques, a permis d’éviter l’embrasement de la capitale de République démocratique du Congo (RDC) secouée par 48 heures de violences.

Plusieurs partis congolais ont salué l’action des forces internationales, que la population kinoise était jusqu’à présent très encline à critiquer.

L’un des quatre vice-présidents de RDC, Azarias Ruberwa, a noté l’« apport significatif » de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) et de la force européenne dans ce pays (Eufor), qui ont permis de « décrisper » la situation.

De même, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), proche du président Joseph Kabila, a remercié « la Monuc et l’Eufor dont la contribution et le savoir-faire ont été d’un apport précieux pour la sécurisation de Kinshasa ».

La Monuc, qui dispose d’environ 17.600 militaires, et l’Eufor, avec un millier d’hommes en RDC, ont été déployées pour veiller au bon déroulement des élections présidentielle et législatives du 30 juillet, financées en grande partie par la communauté internationale dans ce pays qui sort de près de cinq années de guerre (1998-2003).

La Monuc, souvent critiquée comme lors de la brève prise de contrôle de Bukavu (est) par des soldats congolais dissidents en 2004, joue gros. L’Union européenne également, avec Eufor, sa deuxième mission militaire hors de l’Otan, après l’opération Artemis qui avait permis de faire cesser les massacres interethniques à Bunia, dans l’est de la RDC, en 2003.

Tout commence dimanche soir, quelques heures avant l’annonce des résultats du premier tour de la présidentielle, qui donnent M. Kabila en tête (44,8%) devant l’un de ses vice-présidents, Jean-Pierre Bemba (20%).

M. Kabila, qui pensait l’emporter au premier tour, est « très frustré », selon Jason Stearns de l’International Crisis Group (ICG).

Des tirs à l’arme automatique puis à l’arme lourde éclatent entre la garde présidentielle et les militaires de Bemba, provoquant l’intervention de la Monuc et, pour la première fois, de l’Eufor.

Casques bleus et soldats européens, qui n’interviennent qu’en cas de « troubles graves », mettent en place une « zone tampon » entre les deux camps, selon M. Stearns.

Mardi soir, sous forte pression internationale, les deux parties, qui se rejettent la responsabilité du déclenchement des violences, s’engagent à cantonner leurs troupes. Depuis, le calme est revenu.

Bilan de ces affrontements circonscrits dans le centre de Kinshasa : au moins 23 morts.

« L’Eufor a montré que sa présence était importante », a estimé vendredi à Paris la chancelière allemande Angela Merkel lors d’une conférence de presse commune avec Jacques Chirac.

« La présence de la Monuc et de l’Eufor a permis de ramener le calme », estime une source militaire occidentale, sous couvert d’anonymat.

« Sans ces forces, on serait arrivé à une violence extrême », selon un fonctionnaire congolais.

En quelques jours, l’attitude de la population vis-à-vis de la force européenne « a changé », affirme le porte-parole de l’Eufor, le lieutenant-colonel Thierry Fusalba.

Il y a deux semaines, circulait encore un tract affirmant « Eufor = gestapo. Si on impose Kabila au peuple congolais, on aura un génocide ».

« Des civils, qui étaient sûrs qu’il y avait un montage pour faire élire Kabila (au premier tour), ont été rassurés » que la Monuc et l’Eufor interviennent contre la garde présidentielle qui tirait sur une résidence de Bemba, ajoute la source militaire occidentale.

Cependant, tempère M. Stearns, « la pierre angulaire (pour mettre fin aux hostilités à Kinshasa) a été l’action diplomatique, qui a été renforcée par l’action militaire ».