De quoi est mort l’avocat Hervé Ambroise Malonga ? L’idée macabre que la maison d’arrêt de Brazzaville est un cimetière des opposants politiques n’est pas un fantasme des anti-Sassou mais, au contraire, une vérité historique étayée par une foule d’exemples concomitants.

Directement ou indirectement l’incarcération politique au Congo-Brazzaville demeure, ipso facto, une transition inéluctable vers la mort. En témoignent le cas de Marcel Ntsourou mort subitement dans sa cellule et celui de Me Hervé Ambroise Malonga décédé a posteriori ce lundi 11 juin 2018 après un séjour musclé à la très sinistre DGST puis à la Maison d’Arrêt de Brazzaville.

Craintes

Du coup, la coalition incarcération/mort de prisonniers sous Sassou est d’une efficacité telle que nombre d’observateurs craignent désormais pour le sort de tous les hommes politiques aujourd’hui entre les griffes d’acier du tyran d’Oyo. Et il y a pléthore : Paulin Makaya, Jean-Marie Michel Mokoko, Ghys Fortuné Dombe Bemba, Anatole Limbongo-Ngoka, Jean-Ngouabi... et également Norbert Dabira.* Ce dernier, frappé par l’interdiction de voir un médecin alors qu’il est terrassé par une hernie discale, est un macchabée en sursis.

Au sujet de cette funeste interaction, ne parlons pas de la mort infligée dans la clandestinité des enlèvements nocturnes ou même diurnes et dans l’anonymat le plus absolu des tortures. Ces disparus de l’incognito, ces victimes inconnues devront également être comptabilisés quand on procèdera à l’algèbre globale du taux de mortalité sous le long règne (plus de quarante ans) de Sassou.

Dans les dictatures où, paradoxalement, la peine de mort est officiellement abolie, les tueries par la torture ou par empoisonnement jouent le substitut syntagmatique grâce auquel on se débarrasse en douce de l’adversaire accusé d’atteinte à la sûreté de l’Etat, le motif tarte à la crème. C’est précisément le cas du Congo de Sassou où, en raison de l’absence de la peine capitale, la vieille technique Ad’ hoc des éliminations parallèles continue son bonhomme de chemin.

Poison

Depuis la mythique assiette roumaine, la filiation du crime est demeurée monochrome. Le meurtre politique se situe dans la lignée soviétique du temps de Staline lorsque Beria et Molotov neutralisaient à tour de bras. Des murs des geôles badigeonnés de peintures radioactives aux chiffons imbibés de bactéries qu’on fait inhaler aux prisonniers, le concept de l’assiette a été élargi, la méthode mortifère s’est affinée. Il y a du progrès dans le morbide. Mes Ambroise Malonga et Hombessa incarcérés à la DGST ont été les cobayes de l’imparable finesse lugubre. Me Malonga est une occurrence de la thèse selon laquelle : tomber entre les mains de la police de Sassou correspond à la chronique d’une mort annoncée.

Structuration du meurtre par le feu, le moyen avec lequel Bruno Ossébi a été tué a fait long feu. L’immolation de Jacquet Ossebi ne fut qu’une exception rituelle. Bien qu’on ait vu encore avant hier la technique pyromane utilisée à Goma (RDC) contre un militant anti-Kabila, Luc Nkulula du mouvement citoyen la Lucha, on insiste que le sacrifice de Bruno Jacquet Ossébi, brulé vif avec femme et enfant, relève d’une mise à mort extraordinaire. Le système roumain de l’assiette travaillée au cyanure a encore du succès. Me Malonga et, avant lui, le colonel Marcel Ntsourou ont été occis à l’ancienne (entendez l’empoisonnement). La règle est au poison subtil de longue durée et de longue portée agissant comme une bombe à retardement. Il s’agit d’une mort, incolore, inodore, sans saveur, sans traces. Une mort propre en somme. Selon les mauvaises langues, Bernard Kolélas, André Milongo, Ernest Kombo sont de parfaits exemples de ce raffinement criminel où la relation de cause à effet est difficile à établir.

Stigmates

Poison sans séquelles ? Pas tant que ça. On n’avait pas besoin d’être praticien pour se rende compte qu’avant sa mort, l’avocat de Ntsourou (Me Malonga) n’en avait plus pour longtemps. Il portait des signes avant-coureurs. Déficit des facultés intellectuelles, crise de la voix, amnésie étaient autant de stigmates symptomatiques d’une mort annoncée. Idem pour son client Marcel Ntsourou dont l’apparence physique au procès des explosions de la caserne de l’Eccramu inquiéta plus d’un. L’histoire donna raison aux pessimistes qui n’auraient pas parié un kopeck sur la survie de l’ex-adjoint de Jean-Dominique Okemba (le Molotov de Sassou) après le verdict.

Le système chimique roumain éprouvé par Sassou depuis Marien Ngouabi ne fait pas de quartier. On pourrait se demander ce qui est arrivé à Norbert Dabira dont l’hébétude durant son procès stupéfia le public. On aurait dit un zombi. Il est indéniable que le sort du frère Mbochi, Obéla Dabira, restaure la thèse de l’égalité de tous (amis et ennemis de Sassou ) devant la mort et celle de la Maison d’arrêt de Brazzaville comme antichambre d’Etatolo.

Au dessus de tout soupçon

Au regard de Sassou, la prison est un investissement expiatoire à moindre frais. La procédure est une application inouïe puisque le meurtre de Ntsourou s’est fait sans coup férir et la non condamnation du crime contre le colonel Téké par l’opinion internationale était prévisible par le logiciel. Motus et bouche cousue. La ligue internationale des Droits de l’homme n’y a vu que du feu. La mort de Ntsourou est passée comme une lettre à la poste. Aucune voix chez les « droitsdelhomistes » ne s’est élevée pour condamner. Ce sera le cas de Me Hervé Ambroise Malonga dont la mort a juste suscité quelques molles interrogations chez ses compatriotes. Sans plus. Pas plus. « Ni vu ni connu » peut on dire du cerveau du crime.

Autrement dit, il est temps pour l’opposition de passer à l’attaque avant que Sassou ne décime tous ses adversaires incarcérés à la Maison d’arrêt avec cet affect que les criminologues appellent « crime parfait ».

Thierry Oko

* Annexe des prisonniers

– Paulin Makaya (En prison depuis le 23 novembre 2015)
– Jean Ngouabi (En prison depuis le 07 Mars 2016)
– Bruno Ngouabi (En prison depuis le 7 aout 2015)
– Dieudonné Dhir ( En prison depuis le 27 Mars 2016)
– Anatole Limbongo-Ngoka ( En prison depuis le 27 Mars 2016)
– Christine Moyen ( En prison depuis le 27 Mars 2016)
– Okombi Salissa (Résidence surveillée depuis le 03 avril 2016)
– Raymond Ebonga ( En prison depuis octobre 2015)
– Serge Blanchard Oba (Interdit de sortie du territoire sans aucun motif ni décision judiciaire)
– Martin Madébana (En prison depuis Mai 2016)
– Jean Marie Michel Mokoko
– Andy Bemba (En prison depuis Novembre 2015)
– Jacques Banangadzala ( En prison depuis Mars 2016)
– Joseph Kitsadi (En prison depuis le 11 mai 2016)
– Narcisse Mazouta (En prison depuis Mars 2016)
– Anthyme Bahimina ( Porté disparu depuis le 23 mars 2016)
– Patrice Legali (Porté disparu depuis le 23 Mars)
– Jean Claude Sita (En prison depuis Mars 2016)
– Geoffroy Danghat (En prison depuis le 1er Aout 2015)
– Cyr Mvoubi (En prison depuis décembre 2014)
– Et des milliers de congolais anonymes.

Liste de ces détenus arrêtés pour la cause du pasteur Ntumi :
1- Okandzé Elie Claver
2- Miénanzambi Noël
3- Bissihou Marc Fidèle
4- Ghys Fortuné Dombé Bemba
5- Miénantima Fidèle
6- Malonga Romain Amédée
7- Mahuidi Nina Raïssa
8- Voumboukoulou Flore Judicaëlle
9- Bakekolo Blaise
10- Bakoua Jonas
11- Boumbou Nganga Narinese
12- Zatakindila Mbemba André
13- Makita Jean Pierre
14- Banzouzi Grâce
15- Missakila Franck
16- Nzonzi Richard
17- Nkenzo Marie Audrey
18- Mboko Nkombo
19- Nzila Nguila Paul
20- Diatoubaka Gilbert
21- Baleola Noël
22- Meza Constant
23- Banzouzi Deo Gracia
24- MbenzaIver
25- Malonga Ghislain
26- Mbossa Nkousso
27- Lela Christian
28- Miansoukina Feder
29- Madieta Chrilin
30- Bazoungoudila Belvie
31- Batantou Milandou Gubert
32- Ngoma Christ
33- Banzouzi Fredilia
34- Massengo Brice
35- Mpoungui Jean
36- Mahamat Mboudou
37- Mfouani Flavie
38- Balou Bolvi
39- Boukaka Sylvain
40- Mamona David
41- Nzonza Bienvenu
42- Mbiza Trésor
43- Mampouya Daniel
44- Kinkonda Roland Armel
45- Samba Babekouabo Brel
46- Nzouzi Raphaël
47- Wakaloudi Mpassi Hervé
48- Loubaki Gerneze
49- Bazolo Belvani
50- Koubinda Arnauld
51- Louhemba Habib
52- Diafouka Belvi
53- Ntinounou Albert
54- Mamona Mpassi Albert
55- Bilouboudi Mbemba Euloge
56- Matondo Aimé
57- Koutiba Aimé
58- Diatoumba Ntondel
59- Nsemi Emmanuel
60- Diamesso Gaston
61- Loko Jean Christian
62- Milandou Wilfrid
63- Nzengui Bienvenu
64- Babakila Serge
65- Mounkouika Jospin
66- Malonga Romaric
67- Bibimbou François
68- Bintsindou Letty
69- Kimbembé Bouesso Wilfrid
70- Loubayi Mercele Hubert
71- Mbimbi Aubin
72- Fila Giscard
73- Bakana Gredat
74- Mibata Blaise
75- Matondo Elie Babyce
76- Boukoulou Jean Marie
77- Nkouka Bazolo Jhonsnel
78- Koussoukidi Gustave
79- Okandzé Okourou
80- Bazolo Arode
81- Ngoni Ibara Magloire
82- Mouounzi Guy Aimé
83- Bouzika Hermes
84- Bakadissa Gabriel