Les paysans, en campagne, saluent l’arrivée de la saison des pluies. Ne dit-on pas : les premières pluies lavent les pioches. Bonne semence, bonne récolte ! A l’opposée à Pointe-Noire, les deux dernières pluies, les 15 et 16 mars 2006 et les 20 et 21 mars, de part la forte quantité d’eau tombée sur la ville océane ont tourné au cauchemar pour les populations.

Si, deux mois durant les ponténégrins ont souhaité la fin de la canicule, ils ont été exhaussés au-delà de leurs espérances en recevant sur leur tête « la mer et les poissons ». Dans une métropole où l’eau est un produit rarissime dans la plupart des robinets, il a plu par deux fois à verses en moins d’une semaine. Ce fut à croire que s’il avait plu ainsi dix jours d’affilée, telle la cité d’Ys, la ville de Pointe-Noire aurait été s’effacée de la carte du Congo Brazzaville.

Pour connue qu’elle soit des congolais et des météorologues Ndôlo, la grande saison des pluies, apporte toujours, en particulier en ville, son lot de malheurs et de catastrophes. Ses manifestations atmosphériques ne sont en rien un secret : vents violents accompagnés de fortes pluies, orages avec éclairs et grondement du tonnerre. La ville de plus en plus construite, perd sa dernière végétation qui ralentissait l’écoulement des eaux. Les marécages qui servaient de bassins de rétention sont aujourd’hui, pour la plupart, remblayés, plus rien n’arrête les flots déchaînés dans leur course vers l’aval, provoquant inondations et érosion.

Avenues et ruelles impraticables, quartiers entiers coupés du reste de la ville, habitations construites dans des zones marécageuses et des bas fonds inondées jusqu’à la toiture telle a été, la version diluvienne de l’arrivée de Ndôlo millésime 2006. Dans les quartiers Saint-Pierre, Culotte, Voungou, Mpaka, Tchimani, Loandjili, Nkouikou... bien des familles se sont vues contraintes à passer deux ou trois nuits à la belle étoile. La subite montée des eaux leur a fait perdre documents sociaux, vêtements, mobilier, électroménager et autres biens. Les véhicules bloqués là ont été détériorés. Pire, deux personnes du troisième âge incapables de se sortir des flots ont péri.

Les conséquences sont considérables : édifices endommagés, installations électriques hors d’usage, canalisations d’eau potable mises à nu, fosses d’aisance débordantes. L’eau en se retirant a laissée une boue nauséabonde où les détritus se mêlent aux déjections avec la cohorte des risques sanitaires qui viennent ajouter au malheur des populations.

Les autorités municipales et administratives n’ont été dans l’incapacité totale de faire face à la catastrophe. Aucune mesure d’hébergement des sans abris n’a été prise, aucune distribution de vivres et d’eau potable. Comme toujours, les plus démunis payent les pots cassés. Le constat est lamentable, aucune des directions départementales, municipales ou d’utilité publique n’est à même de remplir son office : santé, affaires sociales, action humanitaire et de la solidarité, construction, urbanisme habitat, sapeurs pompiers, SNE, SNDE. Toutes ne sont que des coquilles vides, fières de leur existence auto congratulée à la moindre occasion, et incapables d’agir quand elles en ont le devoir.

Les citoyens en manque de toit construisent où le terrain paraît libre. En l’absence de toute application des règlementations, si facilement contournées par l’indélicatesse de fonctionnaires plus avides matabiche que de la securité de leurs concitoyens et à cause de l’ignorance des populations les moins aisées, des terrains à haut risque ont été bâtis. Quand, enfin, les vrais responsables seront-ils clairement désignés et traduits en justice ?

En attendant la pluie fera encore des ravages durant les deux ou trois mois qui nous séparent de la saison sèche.