ABIDJAN (AFP) - La multinationale Trafigura, affréteur du navire qui a déversé les déchets toxiques fin août à Abidjan, s’est dit prête à collaborer avec les autorités ivoiriennes, alors que plus de 10.000 personnes ont consulté des médecins en raison des émanations des déchets.

« Nous allons passer aujourd’hui le cap des 10.000 consultations » depuis la fin août, a indiqué cette source sous couvert d’anonymat.

Celle-ci a souligné que le nombre de personnes intoxiquées était inférieur au nombre des consultations, seule chiffre (avec le nombre de morts) donné jusqu’ici pour évaluer les conséquences sanitaires de la pollution.

« Il y a moins de personnes intoxiquées que de consultations, car les mêmes patients viennent parfois se faire examiner plusieurs fois », a-t-elle expliqué.

Le gouvernement avait fait état de près de 9.000 consultations lundi.

Le nombre de morts dus à ces intoxications était toujours de six mardi, selon cette source.

Les victimes, des habitants d’Abidjan, ont été intoxiquées par les émanations de déchets chimiques déversés dans la nuit du 19 au 20 août dans une dizaine de décharges publique de la ville par une compagnie ivoirienne qui les avait déchargés d’un navire grec.

La multinationale Trafigura, affréteur du navire qui a apporté les déchets toxiques à Abidjan, s’est déclarée mardi « très inquiète » et a indiqué avoir envoyé des responsables sur place pour aider les autorités à déterminer « ce qui s’est passé après le déchargement ».

« Trafigura est très inquiète au regard des informations publiées sur la santé de la population d’Abidjan et recherche activement par quels moyens elle peut aider les autorités », indique la multinationale, dont le siège est aux Pays-Bas, dans un communiqué publié sur son site internet.

« De hauts responsables de la compagnie sont actuellement à Abidjan et travaillent avec les autorités pour essayer d’établir ce qui s’est passé après le déchargement des déchets », ajoute-t-elle.

Trafigura est l’affréteur du Probo Koala, un navire appartenant à la compagnie grecque Prime Marine Management INC, qui a déchargé selon le gouvernement ivoirien 581 tonnes de déchets toxiques fin août à Abidjan.

Comme elle l’a fait au début de l’affaire, Trafigura clame son innocence en réaffirmant avoir respecté « toutes les conventions internationales » sur le traitement des déchets et toutes les dispositions prévues par la législation invoirienne en fournissant les documents nécessaires.

Elle précise que les déchets sont issus du mélange de résidus pétroliers (essence notamment) et de la soude caustique utilisée pour nettoyer les cuves du navire après chaque livraison. Ce mélange est stocké après chaque lavage dans un compartiment spécial du navire prévu à cet effet, précise-t-elle.

Le déchargement de ce qui devait être des « eaux usées », selon le port d’Abidjan, a été effectué par la société locale Tommy, qui a ensuite déversé les déchets dans une dizaine de décharges publiques d’Abidjan, entraînant l’intoxication de près de 9.000 personnes et la mort de six d’entre elles.

Trafigura souligne avoir « demandé par écrit à Tommy » de s’occuper de ces déchets en respectant les normes de sécurité.

Elle précise en outre que le Probo Koala est arrivé à Abidjan en provenance du Nigéria, où il avait livré de l’essence convoyée depuis Paldiski (Estonie).

Selon Trafigura, le navire devait, entre l’Estonie et le Nigéria, décharger ses déchets à Amsterdam, mais que cela n’a pas été possible « car la société qui devait le faire a voulu renégocier les termes du contrat ».

Les autorités néerlandaises ont de leur côté indiqué début septembre que l’opération, qui devait se faire en juillet, avait été annulée en raison de plaintes concernant la nocivité des produits déversés.

Pour ne pas retarder la livraison de sa cargaison au Nigéria et « récolter une amende de 250.000 lors du prochain voyage à Padilski », dit-elle, elle a alors décidé de déverser ses déchets ailleurs, après la livraison au Nigéria.

Trafigura a alors choisi le port d’Abidjan, « l’un des ports les mieux équipés d’Afrique de l’Ouest », jugé « le plus approprié en raison de sa position géographique et de sa capacité à traiter les eaux usées ».

Trafigura se définit comme un groupe de trading spécialisé dans le marché de l’énergie et des métaux de base, avec 55 bureaux dans 36 pays.