Post-Scriptum : Lettre à Nono Ngando

dimanche 29 juillet 2012
  • Cet homme était bon

Inhumée avec fastes à Brazzaville, la dépouille de Nono Ngando (voir notre article) a créé une dynamique de foule incroyable au passage du cortège dans la ville. Les commentateurs jubilent : Nono Ngando (de son vrai nom Laurent Bidié ) aurait ravi la vedette aux Chefs d’Etats de la CEMAC réunis à Brazzaville. Nganga Daf, un admirateur rend un dernier hommage au dandy congolais. Emotions.

Cher frère

Te voilà désormais sous terre, après tant d’humiliations... Je n’ai pu t’accompagner dans ta dernière demeure, et je ne m’excuse pas. En revanche, je me réjouis de l’immense hommage que Brazzaville, ta ville chérie, surtout notre quartier Makélékélé, t’a rendu ce Vendredi 27 juillet. Un dernier « scanten » comme tu savais le faire. Oui, ya Laurent, tant à Paris qu’à Brazzaville, les Congolais de tous rangs se sont déplacés en masse pour te témoigner de leur amour, de leur amitié, mais encore de la douleur de ta disparition.

Jamais le temps ne suspend son vol, alors je ne pataugerai pas dans la boue du jugement de valeur et à l’emporte-pièce. Ne pas juger/Ne pas se moquer/Mais analyser pour comprendre, telle est, ya NONO, l’épitaphe que j’avais choisie, dès l’annonce de ta mort. Une prolèpse en quelque sorte. Je savais que l’analyse sur ta disparition serait unidimensionnelle, une seule cause : le verre facile. Mais qui n’a jamais été adicte à un poison, qui n’a pas son point faible, quel qu’il soit ? Les jeux de hasard, les psychotropes, les infidélités, etc. sont aussi redoutables que le houblon ou le malt. Loin de moi l’envie de cautionner ton côté festif excessif ! Seulement, je ne prendrai pas la tête du peloton des apprentis-procureurs.

Te souviens-tu de notre dernier vendredi chez Taty à Château-rouge ? Nous devisions gaiement à bâtons rompus. Entre autres thèmes de débat, nous abordâmes un sujet relatif à la facilité langagière.

Mais ce qui m’a ébaubi ce soir-là, c’est que tu n’as pas hésité à évoquer plusieurs sujets à la fois, comme si le temps t’était compté.

Tu étais un homme affable, généreux extraverti.

Et, si tu le permets, ya NONO, remontons le temps. Tu nous as connu gosses, Cerko et moi . Et, dans les années 70, Tu revenais alors de Pointe-Noire. Cerko (paix à son âme) et moi-même étions toujours près de toi. Mais le meilleur était à venir : le jour où tu t’envolais pour la première fois pour la France, surprise agréable, tu nous laissas, à cerko et à moi, tes vêtements. De même, à ton retour, tu nous gâtas. J’ai la fierté et le plaisir de dire que c’est grâce à toi que j’ai porté et découvert Cerruti et Renoma en 1979 ; c’est grâce à toi que mon nom est connu de générations en générations.

Te souviens-tu de ce lundi matin à "Bourreau" ? Tu étais merveilleux : tu arborais un costume en lin blanc avec un bandeau, tu chaussais des triples semelles. Ton corps dégageait une odeur suave - depuis ce jour-là, je ne m’asperge que de ce parfum que tu m’as fis découvrir. Tu apparaissais comme un ange, tellement tu étais beau. Pourtant, tu affichais une simplicité sans faille. Oui, toi le maître du classicisme, tu as aimé la sobriété, la marque des esprits sagaces. C’est sans doute la raison pour laquelle tu poursuivais tes études à Javouhey tout en nous montrant au même moment et le chemin de l’école et celui de la Sape. Mes propos peuvent paraître légers, mais je tenais à les dire pour montrer l’homme multidimensionnel que tu étais.

Te souviens-tu que tu avais tenu à être présent le jour où j’ai apporté la compensation matrimoniale à ma belle-famille ? C’était en 1986. Le jour de ma venue en France, tu es venu m’attendre chez mon hôte. Oui, que ce soit en 1982 ou en 1984, tu n’abandonnais pas tes jeunes frères.

Auparavant, le 19 septembre 1979, tu versas beaucoup de larmes pour Serko, car tu n’imaginais pas qu’il pût rejoindre les limbes si tôt. Je suis dans le même état d’esprit pour ta disparition. Malgré tes tourments ces quinze dernières années, j’avais encore besoin de toi. Il n’y a vraiment rien de plus con que la mort. Ton départ, ya Laurent, Nono Ngando, Magoret,Gazoula, ba dangéma, lestau, c’est une connerie que seule la vie est capable d’en réserver. Je perds en toi un grand-frère, un ami, un mentor (dans notre doctrine commune la Sape) d’une gentillesse et d’une bienveillance rares.

Tu as vraiment été un artiste.

Salut maître

Par Nganga Daf

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