Les Congolais ont voté dimanche dans le calme pour départager le président sortant Joseph Kabila et le vice-président Jean-Pierre Bemba au second tour d’une présidentielle sous tension, marquée par un seul incident meurtrier dans la province de l’Equateur (nord-ouest).

A Bumba, ville du bord du fleuve Congo au coeur de la forêt équatoriale dans le fief électoral de l’ex-rebelle Bemba, la découverte d’une tentative de fraude en faveur de M. Kabila a dégénéré en affrontements contre les forces de police et fait au moins un mort et un blessé, selon la Mission de l’Onu en RDC (Monuc).

Douze centres de vote, une radio locale et une maison ont été saccagés avant une baisse de la tension dans l’après-midi.
Les électeurs de ces centres voteront mardi, a annoncé le président de la Commission électorale indépendante (CEI), l’abbé Apollinaire Malu Malu lors d’un point de presse dimanche soir.

En Equateur, mais aussi au Katanga (sud-est) et au Kivu (est), des incidents isolés ont été signalés, sans entraver le vote.

Dimanche, les deux candidats se sont engagés, dans une "déclaration d’intentions" parrainée par la Monuc, "à appeler publiquement au calme et au retour à l’ordre en cas de troubles dans lesquels (leurs) sympathisants seraient impliqués" et à ce que le gagnant garantisse la sécurité du perdant qui de son côté renonce à contester les résultats par la violence.

Ce scrutin historique, premier vote libre en 41 ans dans l’ex-Zaïre, est combiné à l’élection des députés provinciaux, dont 632 sont à élire parmi 13.476 candidats et 58 seront ensuite cooptés parmi les chefs coutumiers.

"On ne sent pas l’enthousiasme du premier tour. Les gens ne se sont pas précipités partout dès l’aube, mais sont venus voter tranquillement, et assez massivement, au fil de la journée", a déclaré à l’AFP Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la Monuc au Sud-Kivu (est), où les bureaux ont fermé vers 17H00 locales (15H00 GMT).

Aucun chiffre de participation n’était immédiatement disponible.

Plus de 25 millions d’électeurs étaient appelés à départager deux ex-belligérants de la dernière guerre sur le sol congolais (1998-2003), dont les troupes se sont affrontées à l’arme lourde du 20 au 22 août à Kinshasa à l’issue du premier tour.

Arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, le président Laurent-Désiré Kabila, le jeune sortant est le favori du scrutin. Crédité de 44,8% des voix au premier tour contre 20% à M. Bemba,
Joseph Kabila s’est assuré du soutien de poids du vieil opposant Antoine Gizenga (13%).

La campagne électorale a été tendue, marquée par des heurts violents entre partisans des deux présidentiables et des appels répétés au calme de la communauté internationale et de la société civile congolaise.

Partout, les électeurs affirmaient vouloir "en finir avec le 1+4", l’exécutif compliqué (un président et quatre vice-présidents) de la transition politique initiée en 2003 après des années de guerre.

L’est, ravagé par la guerre et encore sous la menace de groupes armés locaux et étrangers, restait largement acquis au président sortant, l’homme qui "a amené la paix".

A Kinshasa, capitale frondeuse de l’ouest, où Jean-Pierre Bemba a séduit les foules, le vote a démarré tardivement, après des pluies diluviennes qui ont paralysé la ville toute la matinée.

Dans le quartier populaire de Kitambo, Reagean Bunga, élève de 18 ans est venu voter "Jean-Pierre". "C’est un fils du pays. Il nous a convaincus. L’autre (candidat), il y en a qui disent qu’il est rwandais, ou tanzanien. En tout cas, il y a des doutes", a-t-il affirmé, relayant le discours des adversaires de Joseph Kabila, dont les accents xénophobes ont empoisonné la campagne.

Au-delà des polémiques, Lucien Lokwa, 66 ans, professeur de droit s’est réjoui d’avoir pu voter "sans pression ni contrainte". "Il faut maintenant que le choix que nous avons opéré soit vraiment respecté", note-t-il.

Le dépouillement a commencé dès la clôture des premiers bureaux. Les résultats provisoires de la présidentielle seront connus d’ici le 19 novembre.

Les scrutins étaient placés sous la surveillance de 80.000 policiers congolais, 17.600 Casques bleus et 1.400 soldats européens et leur régularité scrutée par 40.000 observateurs nationaux et 1.100 internationaux, ainsi que plus de 200.000 témoins de partis politiques.