Sassou-Nguesso, les voeux et les étoiles

lundi 7 janvier 2013
  • L’aveu des voeux de Sassou

Les populations du Congo-Brazzaville, désabusées, humiliées, meurtries, ont entendu d’une oreille forcément incrédule, le soir du 31 Décembre 2012, les vœux du président de la République.

Parmi les enthousiasmes annoncées par Denis Sassou Nguesso à l’occasion des vœux à la nation le 31 décembre 2012, le mot d’ordre d’Apollinaire, «  Il est grand temps de rallumer les étoiles  ». Un comble pour les communistes de Brazzaville de citer un poète de la dénonciation des choses absurdes ! Quand Le Chemin d’avenir ne peut plus promettre le soleil, il se contente de rallumer les étoiles. L’avenir a donc, au Congo-Brazzaville, des couleurs sombres de la nuit, avec, au mieux, une obscure clarté, un clair-obscur. Les vœux de 2013, 2012, 2011, 2010, bref tous les vœux de Denis Sassou Nguesso depuis 1997 se ressemblent comme deux gouttes d’eau dans l’océan ou comme les chats dans la nuit. Ces vœux, tous gris, grisâtres, quelle que soit le niveau de la production pétrolière, quelle que soit l’année où ils sont formulés présentent un air du déjà entendu, du déjà-vu. Il s’agit rien moins que d’un remake des discours et des slogans des années 1980, un recyclage insipide des discours éculés de la période révolutionnaire du marxisme-léninisme. Tout le contraire de ce que les romanciers du 19ème siècle avaient comme vision du monde.

L’homme le noyau central

Sur l’air de « tout va bien, Madame La Marquise  », faisant fi de la démagogie passée, Sassou Nguesso, sans rire, a martelé : « Pour le gouvernement, il n’y a aucun doute que l’Homme est et demeure le noyau central de cette œuvre. C’est pour cela que 2013 sera l’année de l’enseignement de base et de la formation professionnelle. Il ne saurait y avoir de bel avenir pour un pays sans une population bien éduquée, bien formée. « (Congosite.com, 31 décembre 2012).

Dans le même élan, Sassou Nguesso a poursuivi : « Au-delà de ces contrariétés, 2012 nous lègue, par bonheur, quelques précieux acquis, dont trois méritent d’être mentionnés  :

Premièrement, le déroulement dans la paix et la transparence des dernières élections législatives qui ont permis à notre pays de franchir un pas supplémentaire sur la voie de la Construction démocratique ;

Deuxièmement, la bonne orientation prise par notre économie soutenue par la mise en place progressive des infrastructures de base ainsi qu’une dynamique prometteuse de sa diversification ;

Troisièmement, le desserrement de l’étau social, non seulement par la régularité du paiement des bourses, pensions et salaires ainsi que la reprise du règlement des droits et arriérés des travailleurs des ex-entreprises d’Etat, mais aussi et surtout par des offres d’emploi plus importantes du secteur privé.

Hausse des salaires

Sur la lancée de ces derniers acquis, instruction a été donnée aux ministères des Finances et de la Fonction Publique de revaloriser de 15% le salaire minimum des agents de l’Etat. De la sorte, « à compter de janvier 2013, le plus faible gain mensuel d’un agent de l’Etat sera de 90.000 francs CFA ». (CONGOSITE.COM, op.cit)

Au Congo-Brazzaville, amorcer l’année 2013 en sachant qu’il n’est pas impossible qu’elle se termine aussi mal que l’année 2012 avec son cortège de malheurs ponctués de catastrophes et de désolation n’incite guère à l’optimisme et à l’euphorie. Le discours de Denis Sassou Nguesso est sans relief, dégoulinant de bonnes intentions jamais suivies d’effets. Comme si, la seule évocation de bonnes intentions suffirait à faire du Congo-Brazzaville un pays émergent et transformer ce pays en petite Suisse, comme le promit sans le réaliser Pascal Lissouba.

Réactions de l’Opposition

Réagissant au message de fin d’année délivré par le chef de l’État, Denis Sassou N’Guesso, le collectif des partis de l’Opposition qui exige la convocation des Etats Généraux de la nation, regrette le refus de sa proposition. « Au Congo, il n’y a pas de dialogue entre le pouvoir et le peuple, entre le pouvoir et l’opposition politique. Tout est imposé d’en haut par la force, la ruse ou la corruption. Alors de quel dialogue permanent parle le chef de l’État ? Les roueries du pouvoir pour dorer la pilule au peuple ne peuvent pas être assimilées à un vrai dialogue  », a mentionné le collectif, critiquant les concertations politiques de Brazzaville en 2009 et d’Ewo en 2011 ; ainsi que le dialogue social instauré depuis lors par le gouvernement. Quant au processus électoral au Congo, l’opposition a indiqué qu’elle attendait que le président de la République annonce la fin du système électoral « frauduleux à l’œuvre depuis 2002. Il a, au contraire, encensé et validé la vaste tricherie électorale orchestrée lors des dernières législatives, estimant qu’elles se seraient déroulées dans la paix et la transparence  »

D’après ce collectif, les Etats Généraux de la nation qu’il revendique ne sont pas assimilables « aux grandes messes politiciennes », comme le pense le premier citoyen congolais. « Nous le redisons haut et fort, le Congo est au creux de la vague. Pour le sortir de la grave crise multidimensionnelle qui le mine, il y a qu’une seule et vraie solution : la convocation des états généraux de la nation. Hors de cette voie, le Congo va tout droit dans le mur  », ajoute-t-il, appelant le président de la République à privilégier le Congo et à lui éviter une catastrophe supplémentaire.

Sal air pour les fonctionnaires

Pour l’augmentation annoncée du salaire minimum garanti (Smig) à 15 %, l’opposition estime que cela ne va pas résoudre les problèmes des fonctionnaires ou de l’ensemble des Congolais. « Les fonctionnaires pouvaient espérer un doublement de la valeur du point indiciaire comme solution à la cherté du coût de la vie. Nous en sommes loin, bien loin. Les fameux 15 % d’augmentation du Smig ne concernent que 2 % de la population », a-t-elle critiqué. (Les Dépêches de Brazzaville, 5 janvier 2013).

Anachronisme

Comment ne pas souligner l’anachronisme de sa vision du Congo-Brazzaville dans la mesure où le fameux sujet de la révision de la grille salariale est remis à l’an 13 alors qu’en l’an 10, au discours du cinquantenaire, le pouvoir salarial des Congolais était prévu figurer dans la hotte du Père Noël que Papa Bonheur (autre nom de l’auteur des vœux) allait porter sur son dos pour cette année nouvelle (Congopage.com, 3 Janvier 2011). En2013, la refonte de la grille salariale de la fonction publique n’est plus à l’ordre du jour. Sassou Nguesso parle d’une augmentation de 15 % des bas revenus. Comme d’habitude avec Sassou Nguesso, le projet de refonte de la grille salariale est jeté aux oubliettes, consacrant ainsi la quasi-disparition de la classe moyenne au congo-Brazzaville.

On cherchera vainement donc dans l’adresse de Sassou Nguesso aux populations du Congo-Brazzaville la moindre petite once d’enthousiasme dans les vœux présidentiels et les commentaires qui les ont suivis. Il a promis une augmentation des salaires mais en vérité c’est un sal air que vont respirer les fonctionnaires cette année 13.

Benjamin BILOMBOT BITADYS





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