En l’absence d’opposition structurée, le numéro un congolais s’attache surtout à mettre un terme à l’insécurité résiduelle en accélérant la démobilisation des ex-rebelles Ninjas.

La tension est retombée. Après deux mois d’attente d’un « remaniement en profondeur du gouvernement », le président Denis Sassou Nguesso a profité du Conseil des ministres du 29 septembre pour siffler la fin de la récréation. Sur le ton de la récrimination, le chef de l’État congolais a évoqué « la cessation d’activité de fait du gouvernement » depuis plusieurs semaines, puis exhorté ses ministres « à se remettre au travail et à garder le cap de la Nouvelle Espérance ». Ce programme politique en douze points sur la base duquel Sassou a été élu le 10 mars 2002 attend toujours d’être réalisé

Le gouvernement espère accéder en juillet 2005 à l’Initiative de réduction de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) qui lui permettrait de disposer d’une marge de manœuvre financière pour faire face aux problèmes sociaux (…). Dans l’attente, les Congolais subissent un quotidien éprouvant marqué, depuis quelques mois, par des délestages du courant électrique et des interruptions répétées de la distribution d’eau. Environ 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Loin de ces préoccupations, le microcosme politicomédiatique s’agite. Les manchettes des journaux et les discussions de salon tournent depuis plusieurs semaines autour d’une cassette vidéo que Pascal Lissouba a fait parvenir aux responsables de son parti, l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (Upads). L’ex-chef de l’État, aujourd’hui en exil à Londres, y donne des directives pour réorganiser les structures de son mouvement. Au grand dam de son ex-ministre Martin Mbéri. Ce dernier, estimant la méthode « peu démocratique », a créé à partir de son fief de Pointe-Noire un embryon de dissidence au sein de l’Upads.

Au pouvoir de 1992 à 1997, cette formation continue de se désintégrer, avec la désertion récente d’anciens proches et compagnons d’exil de Lissouba, qui ont aujourd’hui rejoint Brazzaville. Dans un pays où les alliances se font et se défont au gré des nominations et des limogeages, et où la politique se résume souvent à des stratégies de positionnement personnel dans l’appareil d’État, on assiste à une « hyperinflation » d’organisations destinées à se faire entendre pour obtenir leur part du gâteau.

Le 7 août 2004, plus de vingt partis, associations politiques et parlementaires ont lancé la Coordination de l’opposition pour une alternance démocratique (Code A). Celle-ci se propose, à travers une charte en vingt points (notamment une commission électorale indépendante et un nouveau code électoral ; le retour de tous les exilés ; la gestion transparente des revenus pétroliers et forestiers ; la réactivation des syndicats), de « stopper par des voies démocratiques la descente aux enfers du Congo ». Dirigée par Me Ambroise Hervé Malonga, leader de la Convention des républicains (CR), Code A compte dans ses rangs le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) de l’ex-Premier ministre en exil Bernard Kolélas, ainsi qu’un groupe de députés de l’opposition.

Mais, au-delà de son vœu de « promouvoir la morale et l’éthique dans la gestion publique », cette coordination aux composantes hétéroclites ne semble pas disposer de

réels moyens d’action. D’autant qu’elle est contrée sur son propre terrain par un mouvement similaire, le Pôle républicain des rénovateurs (P2R), lancé le 19 mars dernier,

qui se propose de « soutenir l’action du président de la République en l’aidant à traduire dans les faits, au profit du peuple congolais, les engagements contenus dans la

Nouvelle Espérance ». Le Pôle se veut « une plate-forme d’action, de dialogue et de réflexions, de rénovation de la vie politique congolaise pour soutenir dans la cohésion et

la détermination les choix du président de la République ». Regroupement d’associations et de partis politiques, le P2R a été créé à l’initiative du Club 2002, de Wilfrid

Nguesso, le neveu du chef de l’État. Et, à l’instar de ce Club qui se veut depuis sa création, le 30 janvier 2002, un regroupement de cadres visant le changement des hommes et des méthodes dans la politique congolaise, la nouvelle structure se positionne contre les « dinosaures » du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir) présents dans la vie politique du pays depuis plusieurs décennies.

Débordé de toutes parts, indexé par l’opposition comme étant la source de tous les maux du pays, noyé dans la masse des mouvements hétéroclites de la mouvance présidentielle, le PCT a été contraint à l’autocritique. Comme pour couper l’herbe sous le pied à ses détracteurs, le parti a lancé sa propre rénovation (voir encadré). Un véritable pavé jeté

dans la mare politique congolaise.

Face à cette agitation politique, Denis Sassou Nguesso semble avoir des soucis d’un tout autre ordre. En l’absence d’une opposition forte dans le pays, il se préoccupe de la rébellion armée de Frédéric Bitsangou, alias « le pasteur Ntoumi », qui tient en otage le Pool depuis plusieurs années et empêche la tenue d’élections législatives partielles dans sept circonscriptions (sur neuf) de cette région jusqu’ici non représentées au Parlement. Depuis le début d’octobre, une série d’attaques perpétrées par des Ninjas ont contraint les autorités à interrompre le trafic voyageurs sur la ligne du Chemin de fer Congo-Océan (CFCO) qui relie Pointe-Noire à la capitale. En revanche, les trains de marchandises continuent à circuler.

A l’extérieur de son pays, le numéro un congolais est aux prises avec des organisations de défense des droits de l’homme emmenées par la Fédération internationale des Ligues de droits de l’homme (FIDH), qui lui ont intenté un procès, ainsi qu’à certains de ses proches, devant la justice française, pour leur implication présumée dans la disparition en 1999 de 353 réfugiés congolais débarqués de la RD Congo voisine au port fluvial de Brazzaville. La FIDH a même débordé du domaine des droits de l’homme pour produire un « rapport sur la gestion de la rente pétrolière au Congo » qui n’a pas été tendre avec le gouvernement congolais. La contestation du régime de Brazzaville s’est donc déplacée vers l’extérieur du pays. Sassou Nguesso fait face au « front des ONG et des petits juges ». A la différence de nombre de ses pairs, il ne craint aucune force politique interne. Sauf accident, il ne devrait pas s’inquiéter pour la reconduction aux affaires de son parti aux législatives de 2007 et pour sa propre succession en 2009.

Cheikh Yérim Seck, envoyé spécial à Brazzaville

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