Avec Satya Nadella, devenu mardi son directeur général, Microsoft a fait le choix prudent d’un « insider » plutôt discret, ayant fait ses preuves dans son coeur de métier, les entreprises, et le créneau porteur des services dématérialisés dans le « cloud ».

A 46 ans, le nouveau patron n’est pas une star du secteur technologique comme ont pu l’être l’ex-patron d’Apple, Steve Jobs, ou ses deux prédécesseurs chez Microsoft, Bill Gates et Steve Ballmer.

Satya Nadella a toutefois acquis le respect de ses pairs grâce à un solide profil d’ingénieur : originaire d’Inde, il a d’abord étudié l’ingénierie électrique dans son pays, puis l’informatique et la gestion d’entreprises aux États-Unis. Bill Gates a encore vanté mardi ses « profondes compétences en ingénierie » et sa « capacité de rassembler les gens ».

C’est surtout un pur produit de Microsoft, chez lequel il a passé ces 22 dernières années après un bref début de carrière chez Sun Microsystems, racheté depuis par le géant des logiciels professionnels Oracle.

Il représente un choix logique, selon Ted Schadler, un analyste du cabinet Forrester. « Microsoft est une entreprise unique dans un secteur très spécialisé, les logiciels, et amener quelqu’un de l’extérieur serait difficile », explique-t-il à l’AFP.

Satya Nadella présente aussi l’avantage d’avoir de l’expérience —et « de bonnes relations »— dans plusieurs divisions du groupe, relève l’analyste. Il a notamment collaboré au développement du moteur de recherche Bing, travaillé sur la suite de bureautique Office et ses célèbres logiciels Word ou Powerpoint, passé du temps dans les activités de services aux entreprises, etc.

Artisan du coup d’accélérateur dans le cloud

« Le boulot qu’il a fait jusqu’ici chez Microsoft, il l’a fait plutôt bien », résume Roger Kay, un analyste d’Endpoint Technologies.

Il salue plus particulièrement les accomplissements de Satya Nadella dans le cloud, une tendance de fond actuellement dans le secteur informatique à laquelle Microsoft s’est adapté avec beaucoup plus de succès qu’à l’essor du mobile.

Pour l’analyste, « il a amené Microsoft à un niveau compétitif face à des entreprises comme Amazon » qui, derrière ses activités grand public de distribution, est un important fournisseur d’infrastructures dématérialisées.

Avec la réorganisation de Microsoft l’été dernier, Satya Nadella est devenu vice-président chargé des entreprises et du « cloud ». C’était la reconnaissance de son travail durant ces dernières années à la tête de l’une des plus grosses divisions du groupe, celle des « serveurs et outils ». Il a été au coeur du développement d’une importante architecture d’informatique dématérialisée, utilisée par des services aussi variés que Bing, l’écosystème de jeux en ligne de la console de salon Xbox ou encore la nouvelle version sur abonnement en ligne d’Office.

De par son parcours professionnel, Satya Nadella est plus au fait des activités pour les entreprises de Microsoft que de celles destinées au grand public. Cela devrait néanmoins être compensé par le rôle de « conseiller technologique » assumé par Bill Gates.

Autre handicap : « il n’a jamais dirigé une entreprise cotée en Bourse », souligne Ted Schadler. « Il va avoir besoin de beaucoup de nouvelles compétences, (...) très importantes, sur lesquelles il n’a pas fait ses preuves. Ils prennent un risque là-dessus ».

Un risque apparemment mesuré puisque le nouveau président du conseil d’administration, John Thompson, a fait savoir mardi que c’était lui qui se chargerait désormais principalement des relations avec les investisseurs.

Dans un courriel adressé mardi aux salariés de Microsoft, Satya Nadella insiste aussi sur sa « curiosité et soif d’apprendre », relevant : « J’achète plus de livres que je ne peux en lire. Je m’inscris à plus de cours en ligne que je ne peux en suivre ».

Cet amateur de cricket, marié depuis 22 ans et père de trois enfants, n’hésite pas non plus à « paraphraser une citation d’Oscar Wilde : nous avons besoin de croire à l’impossible et de supprimer l’improbable ».