KINSHASA (AFP) - La tension reste forte à Kinshasa à un mois du second tour de la présidentielle qui opposera le président Joseph Kabila au vice-président Jean-Pierre Bemba, dont les troupes se sont affrontées en août dans la capitale, menaçant l’issue pacifique du processus démocratique.

Le 29 octobre, quelque 25 millions d’électeurs seront appelés à élire leur président et leurs députés provinciaux pour les cinq prochaines années.

Le chef de l’Etat sortant, crédité de 44,8% des voix au premier tour contre 20% à M. Bemba, reste le favori de la course à la présidentielle.

La communauté internationale, qui finance majoritairement les 500 millions de dollars du processus électoral en République démocratique du Congo (RDC), a multiplié les appels au calme et à la responsabilité des politiques.

Après trois jours d’affrontements à l’arme lourde dans le quartier d’affaires de la capitale, les deux camps s’étaient engagés le 22 août à cantonner leurs troupes, consigne qui n’est toujours pas complètement respectée.

Un mois plus tard, le Conseil de sécurité de l’ONU est prêt à « prendre des mesures à l’encontre des personnes ou entités qui continueraient de menacer la tenue d’élections libres et justes, en particulier par le biais de +médias de la haine », mettant en garde contre toute tentative de contestation violente des résultats.

Malgré la présence de 17.600 Casques bleus et d’un millier de soldats de la force européenne Eufor, l’issue du processus paraît incertaine pour plusieurs diplomates en poste à Kinshasa, qui s’interrogent sur la volonté des présidentiables, deux ex-belligérants, de jouer le jeu démocratique.

« Tous deux ont montré qu’ils étaient capables de ramener la guerre à Kinshasa. Ils se disent prêts à jouer le jeu, mais la tension ne baisse pas, les armes circulent et on n’a absolument aucune garantie pour l’élection et pour l’après-élection », a déclaré à l’AFP un diplomate occidental.

Les deux camps se sont engagés « à faire de Kinshasa une ville sans armes, alors qu’ils ne respectent toujours pas l’accord de cantonnement des troupes », a remarqué un observateur militaire international, doutant de l’efficacité des missions de vérification lancées depuis fin août.

Le commandant de l’Eufor, le général français Christian Damay, estime qu’il faut « continuellement compter avec l’éventualité d’actions violentes » à Kinshasa.

Mais le mandat d’Eufor, dont la première intervention militaire à Kinshasa le 21 août a contribué au retour au calme, arrive à échéance le 30 novembre, dix jours avant l’investiture du nouveau président.

Alors que l’Allemagne, qui commande l’opération européenne et dont les soldats constituent le tiers de la force, a exprimé sa réticence à une prolongation du mandat d’Eufor, le général Damay a fait part des « attentes » de la population congolaise pour que « l’engagement soit prolongé jusqu’au 10 décembre ».

Outre la volatilité de la situation à Kinshasa, la stabilité du pays reste menacée par la présence active de différents groupes armés locaux ou étrangers dans l’Est, où l’ONU a déployé 80% de ses troupes.

Azarias Ruberwa, le vice-président en charge de la Défense, a reconnu des risques sécuritaires lors d’une tournée dans l’Est, après les récentes menaces du général dissident Laurent Nkunda de s’opposer par la force au déploiement dans son fief du Nord-Kivu de troupes de l’armée régulière.

Laurent Nkunda, visé par un mandat d’arrêt pour « crimes de guerre », vit retranché depuis deux ans dans les jungles du Nord-Kivu, où il disposerait de 2.000 hommes, selon des sources militaires congolaises.

Dans la même région sévissent des rebelles hutus rwandais, estimés à plus de 10.000 par l’ONU, et plus au nord, en Ituri, quelque 3.000 miliciens congolais refusent toujours de rendre les armes.