Un lourd accident ferroviaire ayant coûté la vie à une soixantaine de personnes et blessé plus de deux cents passagers est survenu aux environs de Pointe-Noire dans la nuit de lundi au mardi 22 juin 2010. A en croire les survivants, la tragédie serait due, a priori, à une erreur humaine : un virage amorcé à grande vitesse.

Causes structurelles.

En réalité c’est l’état de cette vieille ligne de chemin de fer qui est à l’origine de la catastrophe. Soumise à une foule de plans de réparation et de réhabilitation, la voie ferrée reliant Pointe-Noire et Brazzaville a, en définitive, fait l’objet d’un incroyable abandon de la part du gouvernement. Le réseau ferré congolais compte deux lignes (Brazzaville/Pointe-Noire - Mont-Mbelo/Mbinda). Désigné par une métaphore organique (épine dorsale de l’économie congolaise) le Chemin de fer Congo-Océan - CFCO- affiche un état de santé fort préoccupant. L’axe Brazzaville-Pointe-Noire est en crise. Situé dans la région sud-est du Congo, le CFCO, depuis les années 1990, fait l’objet d’une féroce lutte entre les miliciens cobras fidèles à Sassou-Nguesso et les miliciens Ninjas fidèles, d’abord, à Bernard Kolélas, puis au Pasteur Ntoumi. L’enjeu de cette lutte : contrôler le trafic sur ce tronçon qui gère l’import/export du Congo et des pays voisins comme le Centrafrique.

Mamiwata ou la main noire

Sur le site internet du CFCO, on peut lire ce qui pour son directeur, Sauveur Joseph El Bez, passe pour la modernisation de la voie :
"Notre objectif est la remise à niveau de l’entreprise qui intègre un vaste programme de redressement que l’’Etat Congolais a mis en œuvre pour assurer la survie et le développement de notre entreprise. Ce programme comporte 3 volets dont le premier concerne la restauration de la rigueur dans la chaîne des recettes et des dépenses pour rapidement parvenir à l’équilibre."
Balivernes !

En vérité, depuis l’inauguration de la voie en 1934, celle-ci n’a jamais fait l’objet d’une modernisation structurelle. Au contraire, la ligne a toujours représenté un danger pour ses usagers. L’horreur fut déjà atteinte en 1991 lorsque deux convois entrèrent en collision au lieu-dit Mvoungouti. Bilan : plus d’une centaine de morts et un profond traumatisme psychologique de la population, au point de faire de ce drame moderne un mythe de fondation alimenté par la croyance aux génies des eaux dont le site, dit-on, serait le siège magique. Cette fois-ci, en juin 2010, faute de trouver une causalité rationnelle, interrogé sur la catastrophe, le maire de Pointe-Noire s’est réfugié derrière l’hypothèse fantasmagorique d’une main noire qui serait à l’oeuvre dans cette tragédie.

Pourtant des causes plus empiriques existent. En effet, malgré la vétusté du matériel, le service d’exploitation n’hésite jamais à mettre en circulation des convois combinant le transport des passagers et des marchandises, dans des wagons d’un autre âge et, pour couronner le tout, avec des passagers qui s’entassent littéralement dans des voitures comme des sardines.

Deux styles de président

Suite à la catastrophe pluviométrique dans le Var (11 morts dans le Sud de la France) cette semaine, Nicolas Sarkozy a personnellement fait le déplacement sur les lieux de la catastrophe afin de remonter le moral de ses compatriotes. Nice-Matin a titré "Var Solidaire" pour souligner l’humanisme dont ont fait preuve la société civile et la société politique. On pourrait mettre le geste de Sarkozy sur le compte d’un début de campagne pour les élections de 2012. Mais là n’est pas le problème.

Que pensez-vous que son homologue congolais de la françafrique, Denis Sassou-Nguesso, a fait pour ceux de Bilala (+60 morts aux environs de Pointe-Noire) ? Rien. Aucun mot de compassion. Selon une dépêche AFP, seul Isidore Mvouba, un second couteau, a daigné faire le déplacement de Pointe-Noire, en avion, sur les lieux du...crime. En effet c’est le moment de rappeler ici le rôle capital du Ministre Isidore Mvouba dans la chute mortelle du CFCO vers le néant économique. Cet ancien cheminot formé dans les pays du Pacte de Varsovie est, paradoxalement, l’homme à cause de qui "l’épine dorsale de notre économie" s’est brisée en mille morceaux.

Avec ses nombreux partenariats à géométrie variable entre les Indiens, les Sud-Africains et les Coréens, Mvouba a démontré qu’il avait davantage étudié l’idéologie à L’Université Lumumba de Moscou que la science ferroviaire dans un pays (l’ex-Urss) qui compte pourtant l’une des plus longues lignes au monde ( Moscou/Vladivostok) et qui, par conséquent, est doté d’une solide tradition du rail. En tout cas ce n’est pas avec le binôme Sassou/Mvouba que le Congo gagnera la bataille du rail.

Sur le site progouvernemental Congosite, la tragédie de Mvougouti-bis est annoncée par un communiqué lapidaire. On aurait dit que le drame a eu lieu sur Mars et non au Congo de Sassou.

Il faut surfer sur le site français Le Point.fr pour avoir plus de détails sur cette seconde hécatombe qui a eu lieu dans notre pays sur le vieux chemin de fer légué par le colonisateur.

Malheureusement, aussi tragique soit cette info, les lecteurs du site français n’ont pas daigné réagir comme les y invite le cadre en bas de l’article sur le CFCO. Pour eux, c’est loin, c’est trop loin cet accident qui touche un train digne de figurer (c’est déjà fait) dans le célèbre documentaire commenté par François Gall "Des trains pas comme les autres".

Après tout, on ne va pas demander à Sarkozy de pleurer plus fort que le parent des morts congolais (Sassou). Faut pas exagérer !