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L’Eglise de France et celle du Congo auraient apporté leur soutien au projet de transfert des cendres de P.S de Brazza dans son mausolée à Brazzaville. C’est ce qu’affirment les "Dépêches de Brazzaville" sur la foi d’un simple sermon de curé.
Les évêques de France et du Congo apportent leur appui au transfert des cendres de Pierre Savorgnan de Brazza
Un lecteur s’était demandé de quoi l’Eglise se mêlait-elle ? Dans les Dépêches de Brazzaville, on peut en effet lire en gros titre que « Les évêques de France et du Congo apportent leur appui au transfert des cendres de Pierre Savorgnan de Brazza ».
Le gouvernement congolais doit être à bout d’arguments pour prendre désormais prétexte de tout afin de justifier son projet de rapatriement des cendres de Pierre Savorgnan de Brazza à Brazzaville.
Les évêques de France sont venus au Congo « dans le cadre du renforcement des relations entre la France et le Congo en général et, de façon plus particulière, entre l’Eglise du Congo et l’Eglise de France » Aussi est-on étonné d’apprendre qu’au cours d’une messe d’action de grâce allusion a été faite par un religieux congolais de ramener au Congo les restes de l’explorateur de Brazza.
L’évocation funéraire ne serait donc pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Elle aura permis aux partisans du funeste projet de rebondir.
Jugé impopulaire le projet du gouvernement congolais de donner une ultime sépulture brazzavilloise au colonisateur français mort d’épuisement à Dakar en 1904, inhumé à Alger fait, de plus en plus, l’objet d’une réactivation intermittente. Il ne se passe pas une occasion sans que la presse pro-gouvernementale (notamment Les Dépêches de Brazzaville) ne remette ça sur le tapis.
Aussi quand , répondant à l’homélie de Mgr Ernest Nkombo, Mgr Jean-Pierre Ricard affirme que les membres de la délégation épiscopale française sont " très touchés par la noble démarche qui consiste à transférer les cendre de Pierre Savorgnan de Brazza." Bélinda Ayessa boit du petit lait.
Quand le curé français ajoute "Soyez assurés que nous pèserons de tout notre poids pour que le procès de béatification de ce héros ait bien lieu. Les évêques de France ne ménageront aucun effort dans leur prière pour que ce transfert se passe dans les meilleures conditions. J’en prends l’engagement !" Bélinda Ayessa bondit de joie. Elle s’empresse de ranger l’Eglise catholique parmi les partisans de ceux qui aimeraient que l’explorateur français, décédé voici plus d’un siècle, vienne reposer dans un mausolée à Brazzaville.
Pourtant, quand on suit la prédication de Mgr Nkombo, l’idée ne vient pas des évêques français mais du prélat d’Owando qui, dans un discours iconoclaste sur le colonialisme, place au détour d’une phrase la requête spirituelle relative au retour des cendres de de Brazza dans la ville qu’il fonda en 1879 : « à l’occasion de la venue à Brazzaville des restes mortels de Pierre Savorgnan de Brazza, nous vous demanderons de nous aider à prier afin de discerner l’opportunité du procès de béatification de ce héros que nous avons confondu avec les colonisateurs de son temps » affirme l’évêque congolais.
En réponse à cette requête, les évêques français, dans un élan de piété commune, font naturellement promesse de prier avec leurs frères du Congo-Brazzaville, pays où la guerre a produit misère et désolation, afin que leur voeu soit exaucé, que Dieu accorde miséricorde.
Rien de plus normal, jusque-là, dans le cadre de la solidarité chrétienne.
cours d’histoire
Seulement, sortie de son contexte, cette homélie pourrait laisser croire que l’Eglise congolaise soutient le projet de rapatriement des ossements de Pierre Savorgnan.
En vérité, Mgr Nkombo en arrive à cette partie du discours lorsqu’il retrace l’historique des lieux (basilique Ste-Anne) où se tient la messe d’action de grâce. Montrant du doigt le stade Félix Eboué, Ernest Nkombo aborde tout naturellement le thème de la résistance à l’occupant allemand puisque le guyanais Félix Eboué sera le premier gouverneur des colonies à répondre à l’appel du général de Gaulle et que c’est toujours de Gaulle, via, André Malraux qui vint concéder l’indépendance du Congo. Puis par une technique du langage dont Ernest Nkombo (un jésuite) a le secret, le jubilé de 200O est évoqué dans la même homélie et, dans la foulée, il réussit à placer son son texte oral la thématique des saints dont il faudrait rechercher la présence chez nos ancêtres et , par conséquent, l’Eglise de France devrait aider celle du Congo dans la prière afin de faciliter (on va y arriver) le retour du corps de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo.
« C’est ici, dit l’"historien" E. Nkombo, que le Gouverneur Eboué répondit positivement à l’appel du Général de Gaulle, dans le stade qui porte son nom. Et c’est dans ce même stade, adjacent à cette basilique, que près de dix ans après le Général de Gaulle, suivi d’André Malraux, vint proclamer l’indépendance de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) et donc l’émancipation du Moyen-Congo. C’est ici qu’auraient pu reposer les restes mortels de Pierre Savorgnan de Brazza, ce qui nous aurait permis d’exorciser notre histoire, de jeter un regard évangélique sur les réalités socio-économiques et , dans la foulés de ce que nous demandait le Pape Jean-Paul II lors du Jubilé de l’an 2000, de regarder parmi nos ancêtres s’il y a des saints. A partir de cette mémoire à purifier, de notre histoire à exorciser, des chocs de cultures à exploiter, du dialogue interreligieux à approfondir en tout cas, à l’occasion de la venue à Brazzaville des restes mortels de Pierre Savorgnan de Brazza, nous vous demanderons de nous aider à prier afin de discerner l’opportunité du procès de béatification de ce héros que nous avons confondu avec les colonisateurs de son temps"
Face à une telle requête, que pouvait dire d’autre Mgr Jean-Pierre Ricard sinon , lui et sa délégation, de peser de tout leur poids « pour que le procès de béatification de ce héros ait bien lieu. Les évêques de France ne ménageront aucun effort dans leur prière pour que ce transfert se passe dans les meilleures conditions. J’en prends l’engagement ! »
Récupération
Cela fait tilt dans l’esprit de Bélinda. Elle entend "soutien" (sans préciser la nature du soutien ) quand les évêques parlent, eux, de prière ou (pour être plus précis) d’ « effort » dans la prière. De là à dire que l’Eglise de France (associée à l’Eglise du Congo) milite en faveur du projet gouvernemental de donner une deuxième tombe à l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza, il n’y a qu’un pas. Belinda n’hésite pas à le franchir.
La grande majorité des Congolais est hostile à l’idée de ramener les ossements de de Brazza à Brazzaville. Or,rien de tel qu’une alliée de poids (l’Eglise de France) pour convaincre la population congolaise très ancrée dans la foi religieuse.
Dieu le veut
A tous ceux qui osaient encore se moquer du projet de faire voyager de Brazza au Congo, Bélinda peut désormais rétorquer que le gouvernemnt congolais a désormais un allié solide, l’Eglise française. En somme Dieu en personne soutient le projet de Sassou.
La technique est, ici, habile. Elle procède dans la transversalité. Au lieu de consulter, justement, le peuple par un référendum par exemple, on le contourne. On guette plus haut. On quête le soutien métaphysique. La voix du peuple, semble dire Bélinda, c’est la voix de Dieu.
Traquenard
Quelque part les prélats français se sont faits piéger. On les a eus par un traquenard mystique et nationaliste. Un thème, dont la mystique religieuse a toujours fait son cheval de bataille, la mort, aura servi d’appât. Comme il s’agit d’un Français, un compatriote, la fibre nationaliste a fait le reste.
"Vous voulez nos prières ?" ont raisonné les grands prêtres français. Qu’a cela ne tienne. Vous les aurez. C’est gratuit.
Ca serait le comble si une prière demandée courtoisement, publiquement, à un prêtre, était refusée !
Aussi, promet le président de la Conférence épiscopale de France, vos prières, vous les aurez. Et, en quantité industrielle si vous voulez.
Il le dit sans se douter qu’il apporte l’eau dans le moulin de la Nouvelle Espérance. Le coup a réussi.
Quand on détourne les propos d’un tiers à des fins stratégique, ça porte un nom. C’est de la récup.
La question est la suivante : pourquoi Mgr E. Nkombo a-t-il fait son coq à l’âne sur de Brazza ?
Bikwa
Mgr Ernest Nkombo ne semble pas avoir retenu la leçon lui, qui, déjà, dans une prière aux morts (bikwa) qu’il adressa avec ferveur à nos ancêtres faillit se faire expédier outre-tombe. C’était à l’occasion des obsèques de Mgr Batantou. Voilà qu’il remet ça. Opportunisme ou tactique ? Que gagne-t-il à se soucier du retour de la dépouille de Savorgnan à Brazzaville ? Mais surtout à quoi rime ce zèle pour ouvrir un procès de béatification de Pierre Savorgnan de Brazza alors qu’on ne l’a jamais entendu se battre pour ouvrir celui du cardinal Emile Biayenda ? Pire, toutes ces personnes tuées pendant la guerre civile, tous ces disparus, a-t-il clairement prié pour qu’on leur donne des sépultures dignes de ce nom ou simplement pour qu’on leur érige un monument aux morts ?
On se souvient que Jean-paul Pigasse fustigea Mgr E. Nkombo quand il prononça sa mémorable oraison, l’accusant de confondre le séculier et le temporaire, le sacré et le profane. L’Eglise, hurlait-il, devrait s’occuper des affaires du Ciel, Sassou des affaires de la terre. Cette fois-ci l’intrusion de Nkombo dans les affaires des hommes ne choque plus. Au contraire, Bélinda n’a pas de mots assez doux pour féliciter Nkombo d’avoir apporté son soutien à un projet auquel tient l’homme des masses.
St-Pierre & St-Ilo
Pierre Savorgnan de Brazza un saint ? Pourquoi pas. Je ne sais pas s’il était catholique. On le savait, en revanche, franc-maçon. Les critères de béatification sont rigoureux. Les francs-maçons n’ont jamais été en odeur de sainteté avec Vatican. Mgr Ernest Nkombo le sait.
De Brazza est connu pour avoir signé le traité de Mbé avec Ilo Makoko. C’est-à-dire qu’il fut l’artisan de la mainmise de la puissance coloniale française sur le Congo. On impute à ce Français d’origine italienne un humanisme exemplaire. Ecoeuré par la brutalité des sociétés concessionnaires, de Brazza milita pour un assouplissement du système colonial. Sa philanthropie exaspéra son employeur, la France, qui le muta hors du Congo. C’est à sa remontée vers la France qu’il mourut de fatigue à Dakar, vaincu par la malaria (paludisme). Certains disent qu’il fut empoisonné, que les compagnies concessionnaires n’étaient pas étrangères dans ce crime à la Agatha Christie parce que son humanisme, contraire aux intérêts en jeu dans les colonies, gênaient énormément les spéculateurs et autres négociants en or et ivoire.
Une seule objection : de Brazza peut être canonisé. Il n’y a rien à redire. Les desseins de la providence sont impénétrables. Seulement si de Brazza est sanctifié, son pote Makoko Ilo devra l’être aussi . Le traité qui nous a scellés à la France pour le meilleur et le pire fut tout de même signé par les deux potes, non ?
Source des photos : Jacques Clémens Mémoire en images Congo-Brazzaville. Editions Alan Sutton. 2004
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