Le Congo va mal, son système économique bat de l’aile. Les fondamentaux de l’économie (PIB, taux de chômage, investissement, taux d’endettement...) sont au rouge. La propension à consommer des congolais a dramatiquement baissé. Or, l’activité de consommation est le but final de tout système économique.

Le ver est dans la pomme

Comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, le mode de production capitaliste porte les germes de la crise disent les économistes marxistes inspirés par le célèbre ouvrage de Karl Marx, Le Capital,. Un parallèle peut être établi entre cette observation et la situation catastrophique de l’économie du Congo-Brazzaville. La politique économique conduite par les différents gouvernements depuis l’accession du Congo-Brazzaville à l’indépendance revêt en son sein les germes de son cycle de régression politique, économique et sociale. Mais, les autorités congolaises sont-elles aussi naïves à ce point pour ne pas le savoir ? Tel un malade qui aurait conservé le teint frais, le Congo, pays producteur de pétrole et d’essences vertes, entre autres, présente des symptômes qui dissimulent sous leur apparence rassurante (la mise en exploitation de la plus grande barge flottante) la pathologie qui le ronge. Le Congo va mal, son système économique bat de l’aile. Les fondamentaux de l’économie (PIB, taux de chômage, investissement, taux d’endettement...) sont au rouge. La propension à consommer des congolais a dramatiquement baissé. Or, l’activité de consommation est le but final de tout système économique. Les autorités économiques s’en préoccupent-t-elles ? Sont-elles au moins conscientes qu’en économie, lorsque la consommation va, tout va ? Assurément non.

1- CONSOMMER, C’EST EXISTER

Au Congo-Brazzaville, les temps de crise fonctionnent comme de véritables révélateurs et tordent le cou aux rêveurs de la petite Suisse et de la Nouvelle Espérance. Après les espoirs suscités par le lancement du plan quinquennal 1982-1986 et les promesses électoralistes de 1992et de 2002, place maintenant à une société congolaise à deux vitesses, place à la dureté, à la misère, à la mendicité. L’économie des chiffres, les prévisions généreuses du ministère de l’Economie, les promesses chaleureuses de combattre la fracture sociale (selon Emmanuel Todd) n’y peuvent rien. Les faits sont têtus : le réel l’emporte toujours sur les velléités. Les données économiques sont impitoyableset implaccables. Dans ce pays de moins de trois millions d’habitants, la crise rend les pauvres de plus en plus pauvres ; plus de 70% de la population vit avec moins de 2$ par jour ; 75 % de jeunes en âge de travailler sont au chômage. La loterie, qui a la même finalité de paupérisation, fait rêver les congolais en plein jour (un degré de plus dans l’escalade des illusions de la Nouvelle Espérance). La divisibilité des produits dans les marchés de Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Jacob et Kinkala témoigne de l’extrême pauvreté de la population congolaise préoccupée par leur survie. En l’absence du crédit à la consommation et face à la pénurie d’argent frais dans le circuit économique, le commerce de subsistance a pris de l’ascendant au point de faire planer le spectre du système de troc qui avait cours au XIXè siècle. Le destin des pauvres, au Congo aujourd’hui, c’est la consommation de subsistance. Le bon sens sait d’expérience qu’on ne prête qu’aux riches. Ceci explique le fait que le crédit soit entre les mains de quelques privilégiés et dignitaires du pouvoir, devenus les nouveaux riches de la société congolaise en pleine déliquescence. C’est très dur. Mais dans sa perversité, ce système ajoute désormais l’humiliation. Mendier en ne pouvant rien désirer ou s’endetter (auprès de qui ?) au point de rendre gorge. On peut mesurer les termes du choix offert quand consommer, c’est exister. La perte de moral des particuliers est spectaculaire. L’inauguration de la barge flottante de Nkossa n’a pas permis de galvaniser le moral des ménages congolais fortement convaincus que les pétro-CFA, dans ce pays , ne représentent pas un support de développement. Il existe une corrélation très étroite entre l’évolution effective du chômage et celle de la consommation des ménages. Lorsque celui-ci augmente pour atteindre le niveau record de 600000 chômeurs, celle-là se restreint. En bonne logique, les Congolais qui, dans leur majorité, s’attendent au pire tant qu’une équipe de managers incompétents continuera de régner sans coup férir au Congo-Brazzaville, auraient donc pris la résolution de limiter leurs achats de biens de luxe et, de renforcer leur épargne de précaution (pour ceux qui peuvent encore se le permettre). Les Congolais en ont assez de se serrer la ceinture depuis plus d’une vingtaine d’années sans qu’en contrepartie leur sacrifice ne profite au front du chômage. La consommation des produits manufacturés et des biens d’équipement a chuté après la dévaluation du franc CFA de Janvier 94, présentée comme la panacée pour les économies africaines en proie à la plus grande crise de son histoire.

2- PAS DE CONSOMMATION, PAS D’EMPLOIS

Utiliser l’arme de l’austérité budgétaire pour réduire le déficit des finances publiques congolaises est justifiée. Le faire pour traiter de la relance de la consommation et donc de la création d’emplois repose sur une erreur fondamentale de diagnostic. Dans certains pays comme la Tunisie, la demande a été stimulée par des créations d’emplois(centres d’appel, usine-ateliers…) et une politique active de répartition des revenus. Dans d’autres comme la Côte d’Ivoire (un pays membre de la zone Franc au même titre que le Congo qui a maladroitement procédé à une réduction des salaires et à une politique réactionnaire d’allocations de ressources), la demande a bénéficié essentiellement de hausses de salaires relativement fortes couplée avec de fortes incitations à la créations d’entreprises. Le principal problème de l’économie congolaise réside dans ce que l’on peut qualifier d’exception congolaise. En effet, le Congo a combiné à la fois baisse de salaires, augmentation de prélèvements fiscalo-douaniers, réduction de la durée du travail, accroissement des disparités salariales et très faibles créations d’emplois. L’accroissement des inégalités de revenus, de situation socioprofessionnelle et de perspectives d’avenir a ainsi joué un rôle capital dans le recul de la demande effective. Il ne faut donc pas s’étonner que dans certains domaines d’activités, comme le téléphone fixe, le logement, l’électricité, l’informatique grand public, les services, le Congo souffre de sous-consommation. Le secteur pharmaceutique, par exemple, a vu la demande congolaise diminuer de 22,1% en volume et de 20,6% en chiffre d’affaire sur une période d’un an, de Juin 1993 à Juin 1994. (Le CONGO, Les Editions du C.F.C.E, Paris 1995). Un effort particulier a été consenti dans le secteur de la téléphonie mobile où l’on assiste à une explosion de la consommation et à de taux de pénétration louable.

3- SAUVER LA POULE AUX ŒUFS D’OR

La situation dans le secteur industriel n’est guère rassurante. La consommation industrielle a chuté de manière exponentielle pour atteindre le niveau de 1970. Les carnets de commande des entreprises sont vides en raison de la baisse de la production industrielle du Congo qui présente un tassement depuis la seconde moitié de la décennie 80. Les mises en chantier dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) sont en chute libre. Les dernières poses de la première pierre d’envergure remontent à la période de lancement du plan quinquennal de triste mémoire pour les finances congolaises, pendant que coulaient le lait et le miel. Pour que les ménages retrouvent un élan, ils doivent sentir que le pouvoir public s’intéressent à eux. Il est difficilement compréhensible que l’establishment politique refuse de croire que la seule poule aux œufs d’or pour l’économie congolaise, ce sont les consommateurs. On ne peut parler de relance, d’emploi et de croissance que s’il y a des richesses à partager. Il y a un temps pour souffrir et, un autre pour ... souffler. Ainsi va l’économie. C’est l’objectif même d’une bonne politique économique qui devrait s’interpréter comme une politique dynamique en faveur de différents agents économiques (ménages, producteurs, entreprises). La rigueur dans la gestion des finances publiques imposée par la communauté financière internationale dans le contexte des P.A.S (à juste raison d’ailleurs même s’il faut débattre des modalités de leur application, car à vouloir toujours vivre au dessus de ses moyens, on finit par ne plus avoir les moyens de vivre) n’est sûrement pas un handicap à la conception et l’exécution d’une politique économique incitative présomptueuse. La consommation est le miroir de la vitalité d’une économie. Les autorités de Brazzaville (NGOUABI, YHOMBI, SASSOU, LISSOUBA et encore Sassou et la Nouvelle Espérance) feignent de s’y dérober. A tort bien sûr.