NEW YORK (AFP) - Les Américains ont rendu hommage lundi aux quelque 3.000 morts des attentats du 11 septembre 2001, un 5e anniversaire marqué par les larmes et les divisions sur "la guerre contre le terrorisme".

A Ground Zero à New York, dans un champ en Pennsylvanie (est), et au Pentagone près de Washington, où s’étaient écrasés quatre avions détournés par 19 kamikazes d’Al-Qaïda, autorités et familles des victimes se sont retrouvées pour des moments de silence et de recueillement.

A Manhattan, les proches de victimes, photos serrées contre le coeur, étaient souvent en pleurs, écrivant des messages, déposant des fleurs. Deux bassins installés pour marquer l’emplacement des tours jumelles du World Trade Center ont été recouverts d’un tapis de roses. « Cinq années ont passé, et nous sommes encore debout ensemble. Nous revenons ici pour marquer cet anniversaire déchirant et nous souvenir de chaque personne qui est morte ici, les connus et les inconnus, dont l’absence est toujours avec nous », a déclaré le maire de New York, Michael Bloomberg.

Comme chaque année, les noms des victimes ont été lus dans une atmosphère chargée d’émotion. « A mon fiancé, mon amour et mon meilleur ami, mon ange gardien », a dit une jeune femme. « C’est bien de partager ce moment dans cet endroit », estime Ellis Crant, père d’une victime. Son beau-frère, John, exprime son mécontentement à l’égard de la politique américaine : « Quand on sème la haine, la haine nous revient ». Dans une allocution à la Nation, prononcée dans la soirée de la Maison Blanche, le président George W. Bush a appelé les Américains à « laisser de côté (leurs) différences » pour vaincre le terrorisme.

« Notre nation a subi des épreuves, et le chemin qui nous attend est difficile. Remporter cette guerre (contre le terrorisme) exige l’effort d’un pays uni », a-t-il dit. Les Américains sont profondément divisés par la guerre en Irak et les moyens employés au nom de la « guerre contre le terrorisme », tandis qu’Oussama ben Laden, responsable des pires attentats de l’Histoire, court toujours. Ce dernier « et d’autres terroristes continuent à se cacher. Le message que nous leur adressons est clair : peu importe le temps que cela prendra, l’Amérique vous trouvera et vous jugera », a promis M. Bush. « On a fait beaucoup, mais nous n’avons pas encore investi l’argent là où la menace et le risque existent », a déploré Hillary Clinton, sénatrice démocrate.

Les attentats de 2001 ont fait au total 2.973 morts. Cinq ans après, plusieurs dirigeants dans le monde ont réaffirmé leur volonté de vaincre le terrorisme. « Les attaques du 11 septembre 2001 nous ont tous meurtris jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car c’était des attaques contre l’humanité », a déclaré le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan. L’Otan et les Européens ont réitéré leur engagement dans la lutte contre le terrorisme, « une priorité pour l’Union » européenne.

A Wall Street et au siège de l’Onu, des minutes de silence ont été observées. En face de Manhattan, dans le New Jersey, une immense statue de bronze offerte par le président russe Vladimir Poutine a été dévoilée, en présence de l’ex-président américain Bill Clinton. A la nuit tombée, deux rais de lumière ont percé le ciel de New York, pour évoquer les tours disparues.

Dans la matinée, George W. Bush et sa femme Laura, vêtus de noir, s’étaient recueillis dans une caserne de pompiers new-yorkaise. Le couple présidentiel s’est ensuite rendu sur les autres sites du 11-Septembre, à Shanksville (Pennsylvanie) et au Pentagone, près de Washington. « Sur ce champ d’honneur, des vies ont été perdues pour que d’autres vies soient sauvées, et ainsi des héros ont été façonnés sous le ciel de Shanksville », a déclaré l’ex-gouverneur de Pennsylvanie (est), Tom Ridge.

Les passagers du vol 93 ont été érigés en héros pour avoir tenté en vain de reprendre le contrôle de l’avion aux terroristes qui voulaient le projeter sur le Congrès ou la Maison Blanche.

Au Pentagone, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ont aussi appelé à l’unité, alors que la controverse redouble sur la dégradation de la situation en Afghanistan et Irak, où sont intervenus militairement les Etats-Unis après le 11-Septembre. « L’ennemi est en échec », a assuré M. Rumsfeld. Un drapeau américain géant a été déroulé sur la façade du bâtiment. Le 11-Septembre est « un jour d’unité nationale », a renchéri le vice-président tandis que George W. Bush refusait à nouveau tout retrait militaire d’Irak. Dans un message vidéo de son numéro deux, Ayman al-Zawahiri, Al-Qaïda a affirmé que les « forces en Irak et en Afghanistan (étaient) vouées à la défaite », et que le Golfe et Israël seraient ses prochaines cibles.